Wijdan (Création)


Vendredi 13 décembre, Centre dramatique national de Montreuil


"Ce qui se ressemble", en Arabe, Wijdan s'est assemblé. On dit des chasseurs bambara qu'ils sont les fondateurs de l'empire Mandingue. On dit de musiciens gnawi qu'ils sont les guérisseurs des âmes en détresse. Les chasseurs peuvent, paraît-il, se transformer en êtres ou objets habitant la brousse. Les gnawis, qui dans leurs chansons emploient de nombreuses expressions bambara, descendent vraisemblablement du pays mandingue..

La vibration unique du donzon n'goni retentit dans l'obscurité, le son de la guitare des chasseurs et son ombre portée sur un coin du mur de fond de scène nous plongent dans le mystère. Ensuite la voix profonde de Sibiri Samaké emplit chaque espace et nous saisi.

En une lente procession rythmée par la musique, les musiciens rejoignent leurs places : à gauche les enfants de Sibiri et la fille de Brahim el Belkani, à droite ses trois fils, et au centre le Malien et le maâlem qui empoigne son gumbri.
La rondeur qui s'évapore de la guitare marocaine s'immisce agilement à travers les accords secs du donzon n'goni pour ne former qu'un tout difficilement dissociable. Les percussions des deux familles sont également similaires, les karignans, tubes de fer crantés par une baguette sont cousins des karkabous, les castagnettes métalliques des gnawis.

Morceau après morceau chaque sensibilité prend l'avantage en alternance, mais il faut tendre l'oreille pour percevoir la dominance ou tirer une conclusion après observation des danseurs.
Les fils du marocain après des génuflexions respectueuses vers leur père, vers l'autre famille puis vers le public, exécutent des figures alertes, des sauts rituels, des danses acrobatiques, spectaculaires mais toujours brefs.

Sans cesser de jouer du karignan, le jeune fils du chasseur tourne sur lui-même comme un derviche qui hésiterait sur le sens à donner à sa méditation : de droite à gauche, de gauche à droite puis inversement. A d'autre moment, à l'aide d'une canne il jouera le vieil homme qui en bon chasseur se ragaillardi et pointe le ciel de son fusil, chasseur parfaitement conscient de son pouvoir qui jamais ne tire par plaisir, mais pour entrer humblement dans le cycle de la nature.

Les filles aussi ont leurs danses, elles jouent de leurs foulards, rouge pour Kadija Samaké et jaune pour Zaïra Belkani. Leur joie est évidente, leur jeune complicité aussi.
Gaies et lumineuses, elles sont la vie qu'un jour ou l'autre elles seront appelées à porter.

Pendant ce temps leurs pères refont le monde. Leurs deux énergies siamoises, longtemps séparées se réunissent enfin, nous donnant des preuves de la solidité de leurs puissances mystiques et de leurs vérités cosmiques.

Malgré ce fort parfum spirituel, jamais leur spectacle ne tourne à l'obscurantisme. Le fruit de leur croyance musicale peut nous pousser à la réflexion, mais reste accessible au premier degré, celui du simple plaisir d'une musique originale et pertinente.

Benjamin MiNiMuM
 
 
Chaque sensibilité prend l'avantage en alternance
 
 
Des sauts rituels, des danses acrobatiques
 
 
Brahim el Belkani et Sibiri Samaké
 
 
Le chasseur jamais ne tire par plaisir