24
décembre 2001
LE NOEL D'AFRICOLOR est une des plus belles fêtes
à laquelle il soit possible d'assister. Le public, les artistes
et les journalistes le savent et s'en réjouissent à l'avance.
Les organisateurs sont un peu plus anxieux. Avec le succès grandissant,
la jauge de places du Théâtre Gérard Philippe est
devenue un problème. C'est pourquoi le même spectacle est
présenté deux fois durant la nuit.
Koutiakan
Le groupe de Modibo, petit frère de la star malienne Abdoulaye
Diabaté génère un funk inédit, où
le balafon remplace les cuivres et les percussions traditionnelles tricotent
des rythmes irrésistibles. En regardant les santiags jaunes de
Modibo Diabaté, on se croit presque à un concert de "
Funkadelic " mais nous sommes à mille lieues des grooves
psychédéliques de la formation américaine. Ici,
l'univers est organique et convivial. Le petit frère aborde ce
concert avec beaucoup de retenue. Mais à 5h00, lorsqu'il revient
pour clore la treizième édition d'Africolor, sa timidité
laisse beaucoup plus de place à son charisme et retrouvant son
énergie de griot, il enflamme la salle.
Nahawa
Doumbia et Ramata-Doussou Bagayoko
Sa voix surgit des coulisses, pure comme du cristal, soyeuse comme du
velours, ces quelques notes suffisent à nous électriser.
Un sourire aussi radieux sur les lèvres qu'au fond des yeux,
Nahawa Doumbia irradie de bonheur. Venir chanter à Africolor
la nuit de Noël, accompagnée de sa fille et de ce nouveau
groupe énergique et inventif, semble la combler. Le mix entre
instruments organiques et pulsations de synthèse laisse à
chaque composante son arôme naturel et son élégance
En quelques chansons époustouflantes, on comprend qu'elle est
en train de passer à la vitesse supérieure. La diva au
chant gracieux et mordant se transforme, sous nos yeux, en demie-déesse
et quand je dis demie je ne le pense qu'à moitié. A sa
gauche, Doussou, la fille qu'elle a eu avec N'Gou Bagayoko, son chef
d'orchestre, semble elle aussi touchée par la grâce et
le talent familial. Elle est jolie à faire rougir la lune, elle
se meut et chante comme une princesse. Les jeunes maliens, venus à
Africolor pour approcher au plus près leurs idoles, seront aussi
insistants à se faire prendre en photo avec elle qu'avec Nahawa.
Lors du second concert, la jeune fille sera soulevée du plancher
comme on brandit un trophée. Par moment Nahawa, se lasse de ces
hommages insistants et renvoie quelques prétendants hors de la
scène, préférant élargir son propre espace
pour danser pieds nus que le tas de billets à ses pieds. Ils
reviendront vite envahir la scène et elle laissera faire. Nahawa
Doumbia est maintenant plus proche des étoiles que du plancher
et n'est pas prête de redescendre.
Neba
Solo
Eux
aussi sont en grande forme, envoûtants et élastiques comme
à chaque concert, mais plus souriants et décontractés
qu'à l'accoutumé. Les fans prennent la pause à
côté de Solo, une spectatrice au fier boubou bleu vient
danser pendant l'hymne féministe "Mousso". L'avant
scène peu à peu s'envahit de danseur. La transe des balafons
agit à fond.
Difficile
de sortir après tant d'éclats, tout le monde ne joue pas
le jeu et la sortie des derniers spectateurs de la première partie
de la nuit ne se passe pas sans frictions.
Prévu à 1h00, le programme reprend avec une heure de retard.
Articulé dans un ordre inversé de Néba Solo à
Koutakian. Cette deuxième partie de la nuit sera plus électrique,
plus malienne, portant encore davantage les couleurs de l'Afrique.
Benjamin
MiNiMuM
Photos:
Benjamin MiNiMuM
Vidéos: Jorane Castro