23
décembre 2001
BIENVENUE
A MADAGASCAR !
Cet
endroit, l'un des plus pauvres de la terre est aussi une source à
partir de laquelle d'humbles et généreux musiciens répandent
une musique aux vertus joyeuses et apaisantes. Africolor a convoqué
ce soir des médecins de l'âme parmi les plus efficaces
de cette île.
INSTANTS
MALGACHES
Des mots couchés avec rage et passion, des phrases alignées
comme pour affronter un peloton d'exécution. Pour " Instants
Malgaches ", Jean-Luc Raharimanana fait ressortir les douleurs
encaissées par son île, la lutte quotidienne mais aussi
la fierté de son peuple. Pour lui donner plus d'ampleur, le journaliste,
écrivain et comédien Soeuf Elbadawi, a proposé
au brillant guitariste Solorazaf de saupoudrer de ponctuations musicales
la lecture à deux voix de ce texte émouvant. Linda, jeune
comédienne, est la narratrice. Soeuf prend la peau de Xamal,
personnage aux errances extrêmes, à la fois bourreau et
tortionnaire. Solorazaf, épaulé par un discret et efficace
percussionniste, tire de son intrigante petite guitare des notes bienfaitrices,
des virgules, des tirets et des points qui donnent la fluidité
syntaxique à cette ambitieuse création.
SENGE
Depuis la disparition de Sengeman, en décembre 2000, Jean Ramanambitana
et Yvon Félix Rakotonanahary ont maintenu la flamme qu'ils avaient
allumé à trois. Les basses veloutées de la voix
du fondateur de Sengé ne résonneront plus jamais à
nos oreilles, mais rien n'empêchera ses deux partenaires de toujours
les entendre, d'y puiser la fierté (Sengé) nécessaire
pour continuer l'aventure. A Madagascar le trio s'est recomposé,
mais de sempiternels problèmes administratifs nous privent de
la découverte de leur nouveau compère. Leur joie de retrouver
l'atmosphère unique d'Africolor comble toutes les absences et
leur indéfectible entrain fait le reste. Les roulements experts
de tambour et les accords de kabosy racontent les vieilles histoires
autrement et s'évadent aussi vers d'autres territoires. En restant
attentif au présent, Sengé a su trouver un nouvel équilibre
et évoluer dans la continuité. Sans rien renier, sans
rien brusquer, toujours guidé par une immense générosité.
RÉGIS
GIZAVO
Avec son accordéon, Régis Gizavo décrit les reliefs
de Madagascar avec plus de précision qu'une étude cartographique
détaillée et sa voix restitue toute la profondeur de l'âme
malgache. On a beau le savoir, il arrive toujours à nous surprendre
et à nous émouvoir avec la déconcertante justesse
de son art et son humanité sans filtre. Il démarre sans
filet, son a-cur-déon et le souffle pur de sa voix nous
cueille immédiatement. Seul au centre du trio que complète
le saxophone élégant de Nicolas et les battements subtils
de David Mirandon, Régis Gizavo ne triche pas. Avec une infinie
douceur, il nous offre les notes exactes de cet amour, que l'on devine
immense. Son amour de la vie.
A l'entracte,
un groupe de malgaches, mené par Sengé, assure gratuitement
un joyeux intermède de chants traditionnels, la salle alors applaudit
le public. Symbole juste de ce festival où les artistes sont
toujours plus.
"VALIHA
MALAZA" (JUSTIN VALI ET TAO RAVAO)
Rakotozafy est considéré par tous les musiciens de Madagascar
comme le maître incontesté de la valiha, avec lui, cette
cithare tubulaire de bambous est sortie du répertoire classique
réservé aux rois pour devenir l'instrument le plus populaire
de l'île.
Justin Vali a apporté avec lui des exemplaires de toutes les
déclinaisons existantes de l'instrument. Les habituels cylindres
de bambous aux cordes de fibres naturelles ou en câbles de freins,
un coffret de bois trapézoïdal et un coffre de tôle
qui se joue posé sur une table. Fabriqué par ses soins,
les accords de cet instrument résonnent en public ce soir pour
la première fois. Justin Vali est aujourd'hui considéré
comme l'héritier le plus doué du maître disparu
il y a plus de 25 ans.
Il est venu avec une partie de son groupe, dont le fameux guitariste
Doudou, vivement salué par les malgaches. A l'exception de ceux
qu'il exécute seul, les morceaux qui composent la création
"Valiha
Malaza" ont
été arrangés avec l'aide d'un autre figure essentielle
de la musique malgache. Tao Ravao manipule comme personne la kabossy,
la mandoline locale ou le dobroe emprunté aux blues du Delta.
Tao est accompagné d'un habituel compère, le grand harmoniciste
Vincent Bucher.
L'exceptionnel orchestre nous entraîne dans un périple
harmonique chatoyant, où les performances individuelles ne prennent
jamais le pas sur la sensible cohérence poétique de l'ensemble.
Brillant hommage, brillante soirée.
Benjamin
MiNiMuM
Vidéos: Sophie Bachelier
Photos : Benjamin MiNiMuM