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décembre 2001 Mardi 18 décembre. Africolor a pris ses quartiers à Saint-Ouen aux Mains d'uvres, un lieu culturel alternatif étonnant installé dans un ancien bâtiment de l'ancienne usine Valéo. C'est dans cet espace de 4000 m2 situé à quelques foulées du mythique marché aux Puces que se poursuit la formidable expérience de l'Hôpital Ephémère basée sur des échanges inter-disciplinaires entres des artistes de tous horizons évoluant dans le théâtre, la musique, la peinture, la danse, le cinéma, le multimédia Un bouillon de culture tout à fait approprié donc pour accueillir le tonitruant Néba Solo, un coutumier des chemins de traverse. Souleymane Traoré, alias Néeba Solo ( Néba pour son village d'enfance Nébadougo au Mali et Solo pour Souleymane) s'est imposé en l'espace de deux albums, Kenedougou Foly et Kene Balafo comme le maître absolu du balafon. Il a fait évoluer cet instrument traditionnel majeur du continent africain en ajoutant jusqu'à neuf lames supplémentaires au modèle classique à douze clés. Plus de notes graves et un gain de rythme ont transformé le balafon en une machine à fabriquer des sons très prisés par les DJ's. Frédéric Galliano, l'un des chantres de la techno du moment l'a bien compris en remixant Noumou Foly dans son album Frikyiwa.(label Cobalt). Neba Solo est devenu au fil de ses concerts et de ses tournées un leader indéniable de la nouvelle musique africaine. Autant
dire que cette soirée aux Mains d'uvres est un véritable
événement. Le public cosmopolite qui s'est déplacé
en nombre ce soir témoigne de l'effervescence qu'il y a autour
de cette formation malienne. Cette
intro fût vite oubliée lorsque Néba et les siens
montèrent sur scène. Aussi surprenant que cela puisse
paraître, on eu droit pour commencer à un petit cours de
géopolitique sur le Mali. Sur sa région du Kénédougou
au sud du pays, ses cultures d'arachide, de mil, de sorgho et le fameux
coton, or blanc des maliens. Des enfants assis sagement au pied de la
scène semblaient très intéressés par cette
façon simple de parler de la géographie. Certains enseignants
auraient été bien inspirés s'ils avaient été
présents ce soir-là. Il faut rappeler au passage que le
balafon rythme les grandes rencontres sociales dans les villages du
Mali avec des chants à forte portée éducative composés
de maximes et de sentences. On y aura également droit tout au long de la soirée avec des petits intermèdes sur la place de la femme dans la société, la protection des arbres, le respect de soi et des autres un vrai programme politique qui n'a d'ailleurs pas laissé insensible un spectateur qui a crié "Neba Solo président". C'est
sur un débit très lent que Souleymane entame le premier
morceau. Le rythme s'emballe peu à peu et les baguettes martèlent
de plus en plus fort les lames en bois de bènè du balafon.
La formation s'emballe avec l'intrusion des baras, instruments de percussion
traditionnelle Sénoufo, d'un karignan et d'un titiara. Comme
une traînée de poudre le tempo infernal s'empare du public.
Impossible de rester en place. Les têtes bougent, suivis des pieds
et ensuite des mains. La musique agit comme un fluide dans l'assistance.
Le barman loin de se calmer exulte à nouveau et s'agite. Les
amateurs de punch et autres pilier de bars attendront patiemment la
fin du morceau pour être servis. Manque
de pot voilà que surgissent deux danseurs des tréfonds
de la scène. Leurs corps bougent à peine mais leurs pieds
et leurs jambes virevoltent . Subjugué des spectateurs se rapprochent,
jouent des coudes et s'agglutinent au plus près de l'estrade.
Les deux hommes sont en nage et le son des balafons qui ne cesse de
revenir à la charge ne leur laisse aucun répit. C'est
le déluge ! Il n y a que Noé qui peut encore faire quelque
chose. Il faudrait si c'était possible voir la scène au
ralenti pour se rendre compte de la rapidité de jeu de jambes
des danseurs. C'est impressionnant ! Infatigables et déchaînés
ils sautilleront en non-stop jusqu'au bout. La
musique de Néba se déchaîne et les sonorités
sont tantôt funk tantôt techno ou rap. Seuls les dictons
scandés par Néba Solo leur permettront de souffler un
peu. Celui sur les arbres mérite d'être médité.
" C'est grâce à l'arbre que je fabrique mon balafon,
c'est grâce au balafon que je joue de la musique et c'est grâce
à la musique que je nourris ma famille et que je voyage dans
le monde. Il faut toujours respecter les arbres." Tonnerre
d'applaudissements. La soirée file aussi vite que le punch servi
au bar. A 23 heures c'est déjà fini. Brahim
Benamar |
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