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décembre 2001 " Je suis contente de vous voir, parce que je vous écoute beaucoup J'aime le Mali, mais je suis Sénégalaise ! " lance une femme à l'adresse de Nahawa Doumbia avec un grand éclat de rire contagieux. L'ambiance chaleureuse et conviviale conjure la bise glaciale derrière les vitres du Cap, scène de musique actuelle flambant neuve. Ange Andongui, en charge de la communication, accueille avec bonhomie la rencontre entre la chanteuse malienne et les femmes d'Aulnay. Nahawa Doumbia remercie ses hôtes avec simplicité, évoque sa carrière, les difficultés rencontrées en tant que femmes et nous présente sa fille, Ramata Doussou, fleur épanouie d'à peine 18 printemps. L'association Drôles de dames, dont l'action culinaire est réputée dans tout le 93, offre une collation de délicieux beignets, gâteaux et sucreries arrosés de jus de gingembre et de bissap. Tout le monde est donc de parfaite humeur en entrant dans la salle au gradin replié laissant l'espace libre. Enfants et femmes aux turbans et boubous de fête massés devant la scène sont rejoints en cours de concert par les hommes, tous décidés à goûter leur plaisir sans arrière pensée. Nahawa Doumbia assume encore une fois sa réputation sinon de révolutionnaire, du moins d'artiste qui n'aime ni les formules prédéfinis, ni le ronron d'un spectacle inamovible. Douze ans après sa petite révolution dans la musique malienne de 1987, elle faisait toujours figure de pionnière en acceptant le risque d'inviter dans son groupe un DJ, Frédéric Galliano, avec ses sons et séquences électros. En 2001, sa nouvelle formule de scène affine encore l'approche musicale dans cette direction. Si les interventions de Galliano, seulement sur certain morceaux, accentuaient le décalage avec le répertoire plus traditionnel de Nahawa, cette fois, les instruments électroniques, totalement intégrés à l'orchestration, ne cessent de dialoguer avec les instruments acoustiques. Un choix particulièrement approprié et savamment dosé. Entre les doigts experts du chef d'orchestre Ngou Bagayoko, la guitare sèche apporte l'indispensable soutien harmonique à la voix. Le kamale n'goni, devenu en une dizaine d'années l'instrument vedette au Mali, intervient en chouchou des danseurs aux mains de Paul Sidibé qui tient aussi le tambour doum doum. Le djembé d'Alhassane Sissoko apporte sa touche sèche, rebondissant sous la maîtrise de sa frappe magnifique. La guitare électrique demi-caisse de Bakari Traoré tisse un lien continuel entre les cavalcades du djembé, les pizzicati du kamele n'goni et l'assise électronique du duo électro de choc, Dany'O à la basse et Isaac aux machines. Ces deux-là, anciens du collectif parisien Malka Family, se sont aguerris au balancement et à la vibration mandingue avec "Techno" Issa Bagayogo, qu'ils ont accompagné dans ses dernières tournées. Fous de rythmes africains - comme le prouve leurs disques publiés sous la griffe Madioko - ils ont acquis le sens du jeux avec leur frères d'Afrique. En maîtresse de la scène, Nahawa Doumbia sait laisser libre court à leur invitation au délire, tout comme rassembler entre ses mains les énergies pour magnifier sa voix, toujours aussi puissante et belle. Ramata Doussou, sa fille, ne met pas bien longtemps pour prouver au public qu'elle a de qui tenir. Sa beauté de gazelle nous éblouit et son chant cristallin réjouit les curs. Avec ses jolis oiseaux-là, la soirée du 24 promet d'être torride. François
Bensignor |
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