14
décembre 2001
L e
festival Africolor est un évènement majeur pour la musique
africaine. Pour les amateurs français, c'est un lieu de découvertes
de musiciens inconnus sans pareil, pour les artistes africains, c'est
très souvent un point de départ pour une carrière
européenne. Chaque édition du festival Africolor propose
des rencontres inédites. Cette année, Neba
Solo,
le groupe familial de balafonistes maliens croise rythmes et mélodies
avec la famille
Chemirani,
percussionnistes iraniens de haute volée. Leur réunion,
qui a pour nom "Falak", la voûte étoilée,
est un rêve pour mélomanes qu'il ne faut manquer sous aucun
prétexte.
Mais Africolor ne peut se résumer à ce seul évènement.
Par exemple, la diva malienne Nahawa
Doumbia
va se présenter pour la première fois sur une scène
française avec sa fille Ramata Doussou. Amakwaya est une autre
création qui réunit l'ensemble vocal français Soli-Tutti
et churs de polyphonies zouloues Colenzo.
Habituellement circoncis au seul Théâtre Gérard
Philippe à Saint-Denis, durant les trois jours précédents
Noël, Africolor sillonne cette année de nombreuses villes
de Seine Saint Denis. Le premier concert se déroule au Centre
Dramatique de Montreuil et nous permet justement de découvrir
"Falak"
Falak
Sous
la voûte étoilée s'harmonisent des rêves qui
courent de l'empire Perse à l'empire Mandingue. Cette précieuse
mission revient à des ambassadeurs de premier ordre. Le trio
familial iranien Chemirani ou les trois frères maliens de Néba
Solo, tous sont habitués à tirer de leurs instruments
respectifs de persistantes étoiles destinées à
créer des voies lactées dansantes.
Entre les résonances du zarb et des percussions et les éclats
boisés des balafons, la frontière est mince, il serait
vain d'attribuer aux uns des vertus mélodique et de n'entendre
que les rythmes des autres, tant ces fonctions sont partagées
par les deux groupes de musiciens.
A droite les iraniens frappent et frottent les peaux et les bois pour
en extraire des histoires universelles, alors qu'à gauche les
maliens, armés de leurs baguettes, caressent et percutent les
lames des balafons qui par le biais des calebasses nous parlent d'éternité.
La voix de Souleymane Traoré, suave et vibrante parfois se mêle
aux riches notes communes créant un pont entre la terre et la
céleste architecture musicale. A d'autres moments les iraniens
mènent le bal entraînant en orient la vérité
africaine.
La virtuosité évidente de ces musiciens pourrait nous
contenter, mais celle ci ne s'exprime jamais seule. Iraniens et maliens
sont guidés par une délicate sensibilité, qui leur
permet de doser avec justesse écoute et audace et de nous offrir
ce qu'ils nous ont promis, une promenade inoubliable dans le ciel.
Benjamin
MiNiMuM
Images
: Jorane Castro