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24 décembre
2000
Saint
Denis, 17h 30 : La dernière soirée s'amorce et déjà
on devine que le public va affluer. Pour éviter les débordements
de l'an dernier (où de nombreuses personnes étaient restées
dehors car la plupart des places étaient parties lors des pré-achats
et où quelques uns s'étaient énervés), impossible
de prendre sa place à l'avance. Il faut dire que ce Noël mandingue
est avant tout une fête destinée à la communauté
malienne exilée, un public qui n'a pas l'habitude de réserver.
A l'intérieur du théâtre Sibiri Samaké va d'interview
en interview, traversant régulièrement les couloirs en grand
costume de chasseur. On l'entend arriver de loin grâce au "
cling-cling " de tous ses pendentifs.
Afin d'anticiper la cohue qui ne va pas manquer de se produire, des spectacles
ont été rajoutés dans une petite salle. Les spectateurs
qui ne pourront entrer dans la grande salle assisteront ainsi à
des prestations solo d'artistes programmés sur la scène
principale. C'est pourquoi à 19h 30, Sibiri Samaké et sa
famille viennent donner un récital pour les enfants, mélangeant
contes et musique. Sans doute un joli moment car en sortant de là,
le chasseur irradiait de bonheur.
Sur la grande scène, le spectacle débutait à 20h
30 avec un groupe de percussions composé de lycéens de Saint
Denis et mené par un maître tambour de Bamako. Mais les choses
sérieuses ne commençaient vraiment qu'à 21h 30 avec
un show de Mamou Sidibé, une jeune chanteuse malienne dont c'était
là le premier concert européen. Très attendue par
ses compatriotes, elle fait un triomphe dans une salle comble (et encore,
c'est un euphémisme
). De l'extérieur, on entend des
clameurs et sur scène, les billets pleuvent. Pour quiconque n'est
jamais venu à Africolor, il est surprenant de voir dans un festival
français les spectateurs monter sur scène pour faire des
offrandes (argent, bijoux
) aux griots et se faire prendre en photo
avec eux. En Afrique, c'est monnaie courante : Abdoulaye Diabaté
s'est même vu offrir une voiture lors d'un concert au Burkina. Mamou
Sidibé maîtrise parfaitement son affaire ; elle sort de scène
avec un joli pactole et en ayant gagné un grand nombre de nouveaux
fans.
Pendant ce temps, Moriba Koïta ravit les curs des spectateurs
de la petite scène. Il y raconte des histoires légendaires
et son récit est seulement ponctué par le n'goni. C'est
magnifique.
Lui succèderont Djigui et son m'bolon puis le balafoniste virtuose
Néba Solo. Tous trois se produisent au sein du "Mali Dambé
Foly" mais offrent en prime au public de petits joyaux lors de leurs
prestations solo.
Dehors, la situation commence à s'envenimer. Depuis un moment,
les entrées ont été stoppées et les gens attendent
dans le froid. La tension monte.
A 22h 30 Sibiri Samaké monte sur scène, entouré de
ses enfants. Là encore on assiste à un défilé
d'offrandes (Sibiri est un puissant artiste-chasseur, détenteur
de pouvoirs). Une scène étrange pour qui n'est pas africain
se déroule à un moment sur scène : bénédiction,
désenvoûtement ? Une cohorte de danseurs entoure un homme
tandis que Sibiri lui passe un fétiche sur les épaules en
plasmodiant. Il est parfois gênant de se retrouver spectateurs de
rituels qui nous sont étrangers, d'entrer dans l'intimité
d'une autre civilisation : c'est un peu comme si on poussait la porte
d'une salle de bain.
Après une troupe de percussionnistes et un entracte, le très
attendu Issa Bagayogo monte sur scène. "Techno Issa"
est l'idole des jeunes maliens et ils sont nombreux dans la salle. Difficile
de trouver un peu de place. Issa est accompagné par le même
groupe que Mamou Sidibé, qui d'ailleurs assure les churs.
Moussa Koné est à la guitare et la machine tourne bien.
Mes jeunes voisins s'énervent contre les hommes qui montent sur
scène pour danser avec Mamou et lui donner de l'argent. "Oh
! Ca alors !" s'exclame l'un "Quoi, quoi ?" glapit l'autre
en se dévissant le cou pour tenter d'apercevoir quelque chose "
Il l'a embrassé sur la joue!" "Non! Pas possible!!!".
Le show d'Issa est efficace et il termine sans décevoir son public
(qui lui a visiblement laissé des étrennes conséquentes).
Dehors, la situation s'est radoucie. Véronique -du festival Africolor-
va parler à chaque personne, fait la navette entre l'extérieur
et la direction du théâtre en négociant pour que les
femmes en tenue de gala puissent au moins entrer à la cafétéria
pour se réchauffer. A 3 heures et quart, les dirigeants du TGP
accepteront. Dehors, certains sont là depuis onze heures
Sans trop de retard sur l'horaire prévu, "Mali Dambé
Foly" démarre. Pour leur deuxième représentation
parisienne, les musiciens sont plus à l'aise. La chanteuse Nanou
Coul nous gratifiera d'une imitation de son grand-père (l'un des
3 griots auxquels il est rendu hommage) qui fait s'écrouler de
rire ceux qui comprennent le bambara. Abdoulaye Diabaté, très
en forme, abreuve les jeunes de conseils de morale. Quant à Néba
Solo, il transforme sa partie en moment de gloire, faisant du balafon
un point d'orgue.
En repartant vers 5 heures du matin, s'esquisse déjà une
sorte de bilan. Cette 12ème édition a curieusement été
entachée par son succès car l'affluence gâchait presque
les concerts (il serait temps de songer à un lieu plus grand).
Et si le public répond en masse, fidèle et de plus en plus
nombreux, c'est que depuis douze années il sait qu'il découvrira
des concerts inédits. Cette fois encore Africolor a su nous proposer
des spectacles d'une qualité rare. Et comme tous ceux qui ont assisté
à la soirée du 23 décembre, je crois que je me souviendrais
longtemps de l'hommage rendu à Alain Peters
Magali
Bergès
Images : Jorane Castro, Camille Corau, Marc Benaïche et Magali Bergès
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Le Noël
Mandingue : entre fête africaine et spectacle européen. Les
spectateurs donnent leurs étrennes directement aux artistes, bousculant
les mises en scène.
Sibiri Samaké
Issa Bagayogo
Philippe Conrath
Issa Bagayogo & Mamou
Sidibé
Sibiri
Samaké
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