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23 décembre
2000
L'heure
était à la fête réunionnaise et dès
l'après midi une "ti briz" tropicale soufflait doucement
dans tout le théâtre. Au rez de chaussée, une association
réunionnaise avait investit le restaurant du bas à l'aide
de grandes marmites de rougaille et de carri.
A l'étage, on préparait le stand où seraient vendus
les caïambes et les tambours fabriqués à la main par
Danyèl Waro lui même, dans l'atelier qui jouxte dans maison.
Et la salle vibrait déjà aux sons des caïambes et des
rouleurs tandis que les musiciens faisaient leur balance. Ce soir là,
le programme d'Africolor était dense une fois encore : René
Lacaille en apéritif, une réunion de grands musiciens (selon
une formule proche de celle des super groupes des années soixante
dix) en hommage à Alain Peters et un dessert comorien avec Baco.
Sur le papier les choses étaient bien séparées, mais
dans la réalité
. En coulisses, il régnait une
ambiance familiale (un peu comme là bas) et de grandes retrouvailles.
Danyèl était venu avec femme et enfants, René avec
une bouteille "d'eau minérale" (dont je déconseille
l'utilisation dans le biberon des bébés). Et dans les couloirs,
tous commençaient déjà à jouer ensemble. Bino,
le petit Waro âgé d'un mois et demi, a même eu droit
à une aubade collective du plus bel effet.
A 8 heures moins dix, René s'interrompt : "Eh ! Mais faut
que j'y aille !". Philippe Conrath presse tout le monde, les musiciens
attachent leurs instruments et fouillent leur poches à la recherche
des listes de chansons tout en dévalant les escaliers en colimaçon
qui mènent à la scène. Et ça démarre.
Avec sa barbiche blanche et son chapeau, René Lacaille a l'air
d'un pharaon débonnaire et jovial. Qu'il joue de l'accordéon
ou du charango, c'est la même générosité et
la même énergie qui atteint le public en plein cur.
Car sous ses dehors rigolards, sous ses airs de fêtard rôdé
à des nuits sans sommeil, transparaît toujours son côté
de grand sensible. Et s'il ne se prend pas au sérieux avec autant
d'ostentation, c'est pour ne pas jeter ses blessures à la face
du monde. Il est comme ça : grande gueule et pudique. Un sacré
bonhomme.
Bien évidemment ce bon vivant avait invité des copains à
jouer avec lui. En invité spécial, le public d'Africolor
a eu droit à la visite de Raul Barboza, le grand accordéoniste
argentin venu jammer avec les réunionnais. Et au cours du concert
de Tonton René, Danyèl Waro et Tikok (qui joue habituellement
avec Danyèl) ont parfois pointé le bout de leur nez.
Quelques minutes à peine ont séparé ce chaud prélude
et le concert d'hommage à Alain Peters. Joël Gonthier (l'ami
d'enfance), Danyèl Waro, René Lacaille, Bernard Marka, Tikok
et Loy Erlich était réunis pour la première fois.
Même lors de kabars (soirées improvisées dans les
cour des fermes réunionnaises), jamais ces musiciens n'avaient
joué ensemble. Mais tous avaient été liés
à Alain Peters, le poète disparu.
Pas de pathos, pas de larmoiements ; si l'émotion était
parfois visible, c'était toujours avec beaucoup de discrétion.
Quelques signes : avant qu'ils ne commencent tous à jouer, Loy
allume une bâtonnet d'encens. Et sur les premières mesures
de la première chanson, on voyait à l'expression de René
qu'il avait la gorge serrée.
Le répertoire était uniquement composé de chansons
d'Alain Peters. Sept morceaux au cours desquels de grands frissons parcouraient
l'assistance, en dépit de quelques problèmes de sons.
Pour le rappel final, quelques comparses supplémentaires sont venu
rejoindre le groupe. Parmi eux Laurent (qui joue habituellement avec Danyèl
et qui habitait en face de chez Alain Peters) et Patrick Persé,
que tous les musiciens ont appelé à monter sur scène
et que beaucoup considèrent comme le fils spirituel d'Alain Peters.
Pour le troisième set, changement total d'atmosphère avec
Baco. Accompagné de onze musiciens, le chanteur comorien assuré
une fin de soirée sans faille. Sur scène plus que sur disque,
se ressentent les influences de Fela et de Bob Marley. Un show bien mené
qui augure du meilleur pour l'avenir (l'album de Baco paraîtra en
février).
Cette deuxième nuit d'Africolor nous a amené au cur
de ce qui nous rassemble dans ce théâtre : la fête
et l'émotion, une alchimie de profondeur et de légéreté
où l'une vient sans cesse contrebalancer l'autre comme pour nous
dire
nous dire
que tout ceci est bien informulable et que
la musique en est le seul langage.
Magali Bergès
Images : Jorane Castro, Camille Corau, Elise kamm et Magali Bergès
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Joie et
émotion, sans pathos inutile. Un bel hommage à l'image du
poète disparu. Amitié et musique ont salué Alain Peters
Tikok
Villaye
Loy Ehrlich
Raul Barboza
hommage à Alain
Peters
René Lacaille
Baco
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