La douxième édition d'Africolor est dédiée au chanteur Sengemana, décédé deux semaines avant le début du festival.



22 décembre 2000

C'est devant une salle pleine que démarre cette douzième édition d'Africolor. Beaucoup de spectateurs et pas mal de caméras ; c'est la rançon de la gloire…
C'est finalement la chanteuse Moïra -et non le groupe Elima, comme il l'avait été annoncé- qui ouvre le spectacle afin d'établir un crescendo dans la programmation : commencer dans des ambiances douces et jazzy pour terminer dans la folie d'une vigoureuse symphonie malienne.
Un peu intimidée (mais pas plus que ce qu'il faut) et souriante, la jeune chanteuse s'avance sur scène épaulée par une formation composée de jazzmen français -pianiste, batteur et contrebassiste- et de musiciens africains. Et pas n'importe lesquels puisqu'il s'agit de Moriba Koïta au n'goni et de Yacouba Sissokho à la kora. Le métissage entre les genres se fait avec une douceur naturelle car Moïra, dont le prénom aux consonances étranges évoque le voyage et les contrées lointaines, est aux confluences des cultures. Peau blanche et yeux clairs, elle est totalement africaine aussi bien dans sa manière de porter sa future maternité que lorsqu'elle chante en bambara. Artiste encore en devenir, elle s'exprime plus dans les morceaux chantés en bambara et en portugais que dans ceux chantés en anglais (et de ce fait plus classiques). A souligner, Moïra ne se contente pas d'être interprète : elle est également auteur-compositeur et a co-signé un titre avec Yacouba Sissokho.
Changement de plateau, changement de style. L'entrée en scène d'Elima est spectaculaire. La troupe de percussionnistes congolais (mené par Maître Nono) est maquillée et costumée selon la tradition de l'Est du pays. Mention spéciale au travail de leur costumière/ maquilleuse, Esther Launois, qui a fait du fort joli travail. Tout en frappant leurs tambours et en chantant, ils haranguent la foule. Clou de leur set, ils invitent quelques personnes du public pour une leçon de danse sur scène, à la chorégraphie rythmée à coup de sifflet par un danseur imposant qui joue les méchants. Sympathique et rigolo. L'ensemble de leur prestation a fait indéniablement monté la température de plusieurs degrés et c'est dans une salle bien chauffée que monte en scène le très attendu "Mali Dambé Foly".
Tous les musiciens sont vêtus de leurs plus beaux atours : Abdoulaye Diabaté (le récitant/ maître de cérémonie) est habillé d'une superbe tenue en bazin blanche, Sibiri Samaké portent ses 17 kilos de gri-gris sur son habit de chasseur, Moriba Koïta s'est changé de costume depuis le premier set (où il accompagnait Moïra)….
Cette réunion de grands musiciens maliens a été conçue pour être un hommage à trois grands griots. Leurs histoires sont retracées comme une épopée à travers le Mali. Le spectacle a été mis en scène par Stanislas Nordey et la mise en place fonctionne parfaitement. Au sein de cette symphonie d'instruments traditionnels, ces grands interprètes auront chacun leurs moments de gloire : Néba Solo au balafon et au chant est particulièrement inspiré. Le public leur réserve une ovation et le rappel sera torride. En sortant les spectateurs boutonnent soigneusement leurs manteaux d'hiver; dehors, il fait si froid..

Magali Bergès
Images : Jorane Castro, Camille Corau, Marc Bénaiche et Magali Bergès


 


Mali Dambé Foly: une épopée musicale.





Abdoulaye Diabaté
Maître Nono



Elima
Moïra
Mali Dambé Foly