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Baryton
magnifique qui avait l'habitude de chanter Xenakis et John Cage et que
j'ai sollicité pour que nous chantions ensemble "Marie des Brumes" . Il
a tout de suite accepté de chanter avec une jeune femme qui était une
inconnue en Grèce et il a pris le risque de faire cette cantate qui s'intitule
"Marie des brumes" , de me défendre bec et ongles contre tous. Il est
venu de Grèce pour chanter cette oeuvre et il m'a appris les fondements
de mon métier, à savoir le respect de la scène. Il me disait : "Quand
tu es sur scène, c'est comme si tu étais dans une église. Il faut que
tu sois recueillie pour donner le meilleur de toi même". Il m'a enseigné
des choses incroyables sur la voix, car il est un magnifique pédagogue
et comme il a une quinzaine d'années de plus que moi, j'écoutais cet homme
d'expérience. Il reste un de mes plus grands amis, un de mes maîtres.
Nous avons ensuite fait "Paroles de juillet", que j'ai composé pour lui. Ils m'enseignent
tant . Cette famille, ce sont d'abord tous les musiciens avec qui j'ai
travaillé avec qui il y a toujours existé un amour et un investissement
infini. Jamais il ne me viendrait à l'idée de saluer seule lorsque le
public applaudit, tant pour moi il est évident que nous sommes tous ensemble
sur cette scène et que nous devons saluer tous ensemble. Je me considère
avant tout comme une musicienne, comme une chanteuse et je prendrais toujours
leur parti. Ils sont ma famille et sans eux, je ne peux pas faire ce que
je veux. Je pourrais toujours travailler seule sur scène à la guitare
(je l'ai fait pendant dix ans), mais tout ce que j'ai envie maintenant
de faire, c'est avec eux. Et quand je parle de ma famille de scène, bien
évidemment, cela ne comprend pas que les musiciens mais aussi tous ceux
qu'on ne voit pas et grâce à qui, nous, on nous voit et on nous entend.
Il y a eu
une véritable rencontre avec ce lieu. Depuis 1984, toutes les créations
que j'ai faites ont commencé là bas. S'il n' y avait pas eu ce théâtre,
je ne suis pas sûre que tous ces spectacles auraient existé. Peut-être
ou peut-être pas. C'est un lieu qui m'a porté et qui me porte encore car
je suis toujours artiste associée à cette salle. On connaît la formule
" artistes en résidence " et sa limite dans le temps (généralement 1 an).
Satrouville a voulu donner aux artistes une place d'éléments " fécondants
" au sein d'une équipe. Donc ils ont décidé d'aller au delà des résidences
d'artistes en nous associant sans limite dans le temps, ni cahier des
charges, ni même d'obligation à monter les créations chez eux (nous avons
la possibilité d'aller dans d'autres théâtres). Et cela fait dix ans que
ça dure. Cela peut paraître bizarre pour une artiste apatride telle que
moi de citer un lieu dans ses pierres fondatrices, mais on sait que le
paradoxe est né en Grèce. |