Reportage du Concert : cliquez ici

Angélique Ionatos, femme de cœur dont le nom résonne d'îles sauvages et d'écorces d'oliviers, pose ses valises de saltimbanque au Café de la Danse (Paris) du 23 janvier au 17 février 2001 à l'occasion de la sortie de son album "D'un bleu très noir" sorti sur le label Naïve en octobre 2000.
Mondomix est très fier d'être associé à cet événement et nous en profitons pour consacrer ce modeste reportage à cette grande artiste.

Portrait
Chronique de l'album "D'un bleu très noir"



 

Interview:

Partie I : L'album " D'un bleu très noir " et les musiciens qui y ont participé [5'40'']
Partie II : Poésie, chanteuses greques et les thèmes abordés sur le disque[10'27'']
Partie III : La lumière, élément premier de ses spectacles et les liens avec sa terre natale[4'39'']




Les pierres fondatrices de l'univers d'Angélique Ionatos


Il y a des personnalités des rencontres que l'on fait dans la vie et qui sont des tournants, qui infléchissent notre itinéraire ou le confirment dans sa raison d'être.
J'ai eu la chance de rencontrer quelques personnes qui ont été d'une importance capitale pour ma musique et pour mon être.
Je préfère parler des vivants parce que les mythes, nous en avons tous (et puis nous, les grecs, nous sommes parfois pollués par les mythes).



Mikis Théodorakis

Il marque une période. Lorsque j'avais 14 ans, à l'époque de la dictature, la censure a interdit Théodorakis. Du coup, on chantait Théodorakis parce que c'était indispensable de le chanter pour survivre. Et puis je l'ai vu sur scène (j'avais 16 ans). Je pleurais du début à la fin de son récital. Et je me suis dit "Si on peut parvenir à générer une émotion pareille, un jour je ferais de la musique ." . Je jouais déjà un peu de guitare et je chantais, mais c'est en le voyant sur scène que j'ai vraiment décidé de devenir musicienne. Donc une première rencontre importante. Mais si on m'avait dit qu'à 40 ans, je ferais un disque avec lui, composé de titres inédits, et que j'interpréterais ses chansons alors qu'il était dans la salle, je ne l'aurais jamais cru. Et pourtant, c'est ce qui s'est passé.


Spyros Sakkas

Baryton magnifique qui avait l'habitude de chanter Xenakis et John Cage et que j'ai sollicité pour que nous chantions ensemble "Marie des Brumes" . Il a tout de suite accepté de chanter avec une jeune femme qui était une inconnue en Grèce et il a pris le risque de faire cette cantate qui s'intitule "Marie des brumes" , de me défendre bec et ongles contre tous. Il est venu de Grèce pour chanter cette oeuvre et il m'a appris les fondements de mon métier, à savoir le respect de la scène. Il me disait : "Quand tu es sur scène, c'est comme si tu étais dans une église. Il faut que tu sois recueillie pour donner le meilleur de toi même". Il m'a enseigné des choses incroyables sur la voix, car il est un magnifique pédagogue et comme il a une quinzaine d'années de plus que moi, j'écoutais cet homme d'expérience. Il reste un de mes plus grands amis, un de mes maîtres. Nous avons ensuite fait "Paroles de juillet", que j'ai composé pour lui.


Ma famille de scène

Ils m'enseignent tant . Cette famille, ce sont d'abord tous les musiciens avec qui j'ai travaillé avec qui il y a toujours existé un amour et un investissement infini. Jamais il ne me viendrait à l'idée de saluer seule lorsque le public applaudit, tant pour moi il est évident que nous sommes tous ensemble sur cette scène et que nous devons saluer tous ensemble. Je me considère avant tout comme une musicienne, comme une chanteuse et je prendrais toujours leur parti. Ils sont ma famille et sans eux, je ne peux pas faire ce que je veux. Je pourrais toujours travailler seule sur scène à la guitare (je l'ai fait pendant dix ans), mais tout ce que j'ai envie maintenant de faire, c'est avec eux. Et quand je parle de ma famille de scène, bien évidemment, cela ne comprend pas que les musiciens mais aussi tous ceux qu'on ne voit pas et grâce à qui, nous, on nous voit et on nous entend.


Le théâtre de Sartrouville

Il y a eu une véritable rencontre avec ce lieu. Depuis 1984, toutes les créations que j'ai faites ont commencé là bas. S'il n' y avait pas eu ce théâtre, je ne suis pas sûre que tous ces spectacles auraient existé. Peut-être ou peut-être pas. C'est un lieu qui m'a porté et qui me porte encore car je suis toujours artiste associée à cette salle. On connaît la formule " artistes en résidence " et sa limite dans le temps (généralement 1 an). Satrouville a voulu donner aux artistes une place d'éléments " fécondants " au sein d'une équipe. Donc ils ont décidé d'aller au delà des résidences d'artistes en nous associant sans limite dans le temps, ni cahier des charges, ni même d'obligation à monter les créations chez eux (nous avons la possibilité d'aller dans d'autres théâtres). Et cela fait dix ans que ça dure. Cela peut paraître bizarre pour une artiste apatride telle que moi de citer un lieu dans ses pierres fondatrices, mais on sait que le paradoxe est né en Grèce.


Propos recueillis par Magali Bergès