Slow Joe and the Ginger Accident, l'aventure continue
14/10/2010
Mardi 12 octobre, Paris. A quelques pas de la Bibliothèque nationale François Mitterrand subsiste un petit ilôt de verdure au pied des Frigos, espace industriel réhabilité en résidence de créateurs. En traversant le petit jardin qui entoure une petite partie du site, nous accédons aux trois entrées des Voûtes dont l'une est une charmante petite salle de concerts. Par cette journée fraîche mais ensoleillée au milieu des gens affairés, un Indien sexagénaire la tête couverte d'un bonnet en laine blanche, marche tranquillement une main derrière le dos. Il s'agit de Slow Joe, certainement l'un des plus grands crooners vivants. Révélation des Transmusicales 2009, Slow Joe & The Ginger Accident fêtent ici pendant trois soirs la sortie d'un maxi en attendant le disque prévu pour 2011. Retour sur l'une des aventures musicales les plus réjouissantes du moment. (Photo : Stéphane Ritzenthaler)
Révélation incontestée de l'édition 2009 Transmusicales de Rennes (voir la vidéo ci-dessous), il se produit ici pour trois soirs avec son groupe The Ginger Accident, l'occasion de fêter la sortie d'un premier maxi, "Slow Joe meets The Ginger Accident". Mais attention, il ne s'agit pas ici d'une opération promo au sens strict du terme, c'est avant tout un concert pour les amis, les gens qui suivent l'aventure depuis le début et pour les curieux bien sûr. Disons le de suite, ce premier concert aux Voûtes est dans la lignée de la session printanière au Café de la danse, jouissive. Et sans être madame soleil, tout laisse à penser que le succès sera au rendez-vous en 2011.
Cover du maxi "Slow Joe meets The Ginger Accident"
Sur scène, le blues-rock de SJ & TGA est remarquablement efficace, une pure merveille à la croisée des Doors, d'Elvis et de Franck Sinatra, mais avec un supplément d'âme incarné dans le personnage charismatique de Slow Joe. Sur disque, c'est le même constat, sept titres et rien à jeter. Nous avons même immédiatement le sentiment d'écouter des classiques "When are you comin'home". Et quand Slow Joe nous raconte sa vie ("Introducing") ou ses amours ("Just one touch", "One more time") nous avons du mal à croire qu'il a seulement une année de carrière professionnelle derrière lui. De sa voix grave et chaleureuse ce sont toutes les émotions d'un grand homme que nous ressentons. Quel artiste a connu un tel destin, connaître la scène et les studios à plus de soixante ans ?
Ce destin artistique et personnel hors du commun - Slow Joe a fait la une du Times of India l'année dernière (20 millions d'exemplaires !) - est intimement lié à celui de son jeune ami et compagnon de scène, le guitariste lyonnais Cédric de la Chappelle. Si aujourd'hui ce dernier avoue être lassé de raconter l'histoire de leur rencontre improbable en Inde, il préfère parler musique. Il a raison, dans le disque tout est dit, y compris dans le dernier titre du maxi, "Go slow Joe". Composée et interprétée par le guitariste, cette magnifique ballade vaut bien des discours. Elle est l'une des plus sincères et authentiques déclarations d'amitié qu'il nous ait été offerte depuis bien longtemps, à l'image de la musique de Slow Joe & The Ginger Accident. L'amitié, voilà ce qui semble bien être le ciment de cette incroyable formation à suivre de très près.
Petit rappel des faits pour ceux qui ne connaissent pas SJ&TGA.
L'histoire extraordinaire de ce groupe a déjà fait couler pas mal d'encre l'année dernière. Et pour cause elle est peu commune. Elle débute en 2007 par ce qu'il y a de plus banal, le voyage en Inde à Goa, d'un jeune musicien lyonnais, Cédric de la Chappelle. Le hasard le conduit à rencontrer un Indien d'une soixante d'année, Joseph Rocha alias Slow Joe. Ce dernier a passé sa vie en marge de la société, et a principalement vécu de petits boulots. Ce jour là il négocie pour le jeune français et son amie une chambre d'hôtel. Très vite les deux hommes se lient d'amitié et Cédric de la Chappelle découvre en Slow Joe un véritable poète qui écrit, compose et chante.
Cédric de la Chappelle décide alors d'enregistrer dans un studio de Dehli la voix de Slow Joe, a cappella, et revient en France. A partir de cet enregistrement il compose avec son groupe, The Ginger Accident, la musique, un rock efficace directement inspiré des 60's. La maquette parvient aux oreilles de Jean-Louis Brossard, directeur des Transmusicales de Rennes, qui décide aussitôt de programmer la formation. Après des péripéties administratives, Slow Joe parvient finalement à rejoindre le territoire français et rencontre pour la première fois les GA. La suite de l'histoire est un sans fautes : un live en direct sur Radio France suivi de trois dates aux Transmusicales. L'aventure de SJ&TGA est alors sur les rails.