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ACTUALITEROMS SOCIETE MEDIAS REVUE DU WEB FRANCERoms : tristes chassés-croisés du mois d’août03/09/2010
Alors que les multiples rebondissements de l’affaire Woerth-Bettancourt monopolisaient les unes des journaux et jetaient le discrédit sur le parti majoritaire, l’Elysée organisait la contre-offensive : des mesures sécuritaires polémiques à l’encontre des gens du voyage, et en particulier des Roms. Retour sur la chronologie des événements.
Nuit du 16 au 17 juillet : Luigi Duquenet, un jeune homme de 22 ans issu de la communauté des « gens du voyage », est abattu par la gendarmerie après qu’il eut forcé, en voiture, un barrage à Saint-Aignan dans le Loir-et-Cher.
Le 18 juillet : Révoltés par la mort de Luigi, une quarantaine de « gens du voyage » attaquent la gendarmerie de Saint-Aignan et saccagent le centre ville. L’événement ne fait aucun blessé, mais 300 gendarmes sont envoyés en renfort.
Le 21 juillet : Au Conseil des Ministres, Nicolas Sarkozy s’empare du fait divers qui pour lui « souligne les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms ». Il ajoute qu’il tiendra une réunion le 28 juillet qui « fera le point de la situation de tous les départements et décidera les expulsions de tous les campements en situation irrégulière. » Une assimilation entre gens du voyage et Roms aussitôt dénoncée par la presse et notamment par Le Monde qui titre « Gens du voyage : les amalgames du gouvernement ». L’article rappel que « gens du voyage » et « Roms » ne désigne absolument pas la même communauté et relai les propos du sénateur UMP Pierre Hérisson, président de la commission nationale consultative des gens du voyage, pour qui « ce qui s'est passé à Saint-Aignan relève du droit commun. Ce n'est pas un problème lié aux gens du voyage ».
La machine est lancée et le fait divers, érigé en problème de société, sert dès lors à justifier la mise en place de mesures sécuritaires.
Le 28 juillet, a lieu la réunion sur la question des « gens du voyage et des Roms ». Sont réunis autour du chef d’Etat, le Premier ministre François Fillon, les Ministres Brice Hortefeux (Intérieur), Michèle Alliot-Marie (Justice), Eric Besson (Immigration) ainsi que des responsables de la police et de la gendarmerie. Une seule réunion pour deux populations pourtant très différentes : les Roms sont en grande partie sédentaires et souvent de nationalité Roumaine et Bulgare et les « gens du voyage », terme juridique instauré en 1972 qui regroupe des populations très diverses, sont majoritairement Français.
A l’issu de cette réunion Brice Hortefeux énonce les mesures décidées. Voire la vidéo.
Notons que la stigmatisation des gens du voyage n’est pas neuve, comme le montre cet article du Monde daté du 20 juillet 2002 et repris par le site de la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon. Nicolas Sarkozy, encore Ministre de l’Intérieur, évoquait déjà les « si belles voitures » de certains campements « alors qu’il y a si peu de gens qui travaillent ».
Le 30 juillet, lors d’un discours à Grenoble, le Président de la République pointe du doigt, non plus les Roms et les gens du voyage, mais « les Français d’origine étrangère » en proposant de les déchoir de leur nationalité française en cas d’atteinte à la vie d’un policier. Le discours provoque un tollé. Le 2 août Libération met en évidence l’illégalité des mesures annoncées. Même constat pour Le Monde, le 3 août.
Le 5 aout, le New York Times dénonce la politique de Nicolas Sarkozy dans un édito intitulé, « Xenophobia: Casting Out the Un-French » (Xénophobie : Rejeter ce qui n’est pas Français). Des journaux comme Libération ou Le Figaro synthétisent l’article américain qui évoque également le traitement des Roms en France. On en trouve une traduction sur le blog Reflet France-USA.
Le 11 aout, les experts du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU (CERD) critiquent les actions politiques françaises, notamment concernant l’expulsion des Roms, comme le relaye un article du Point, publié le 13 août.
Le 12 août, Brice Hortefeux annonce que 40 camps de Roms ont été démantelés en France en 15 jours.
Le 17 août, en visite à Toulon, Brice Hortefeux annonce que 84 Roms ont été expulsés d’un terrain communal de Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis. Il déclare également que « en tout, ce sont quelque 700 Roms qui seront raccompagnés dans leurs pays d'ici la fin du mois ». Des déclarations reprises notamment dans cet article du Monde où l’on apprend aussi que le gouvernement planche sur la mise en place de la biométrie pour ficher les Roms ayant accepté l’aide de 300 euros que propose la France en cas de départ volontaire.
Le 18 août, la Roumanie et la Bulgarie dénoncent à leur tour la politique française d’expulsion. Pourtant loin d’être les derniers en matière de discrimination des Roms, le gouvernement roumain s’est néanmoins dit inquiet des « risques de dérapages populistes ». A lire dans un article du Monde.
Le 19 août, Les gens du voyage dénoncent, dans La Dépèche, l’amalgame avec les Roms et se disent « choqués d'entendre le président de la République, président de tous les Français, faire cet amalgame entre les Roms qui viennent d'Europe de l'Est et qui vivent dans des situations très précaires, et nous, gens du voyages, qui sommes français et nomades »
Le 24 août, « La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (l’ECRI) est profondément préoccupée par le traitement dont font actuellement l’objet les Roms migrants en France. »
Le 25 août, un sondage commandé par le Parisien indique que 48% des Français se disent favorables à l’expulsion des Roms dans leur pays d’origine. Le chiffre passe à 70% chez les sympathisants de droite et à 83% chez ceux d’extrême-droite…
Le 26 août, alors que 284 Roms sont expulsés à la frontière, Libération rappel que l’ « On est loin du mythe de l’invasion ». L’article indique que le nombre de Roms en France est stable depuis plusieurs années et que le pays n’en dénombrait que 36 000 en 2007, contre 843 000 en Espagne, par exemple. A ce titre, le Monde Diplomatique publie une carte de la répartition des Roms en Europe. Pourquoi tant de mesures à l’encontre des Roms alors qu'il sont si peu nombreux en France ? C’est la question que se pose Rue 89.
Le 27 août, Le tribunal administratif de Lille annule quatre arrêtés de reconduite à la frontière. C’est ce qu’on apprend le lendemain dans Libération. « Le tribunal s'est appuyé sur un arrêt rendu par la cour d'appel de Versailles en juillet 2009, selon lequel l'occupation illégale d'un terrain communal ou privé ne suffit pas à caractériser l'existence d'une menace à l'ordre public »
Le 30 août : Comme on peut le lire sur le site de France Info, Brice Hortefeux redouble de virulence dans sa politique d’expulsion. Pour justifier son action, il invoque une série de chiffres. « Aujourd’hui, à Paris, la réalité est que près d’un auteur de vol sur cinq est un Roumain, un vol commis par un mineur sur quatre l’est par un mineur roumain.» Selon le ministre de l’intérieur, « sur les 18 derniers mois, les actes de délinquance, répertoriés par la police, ont augmenté de 259%. ». Le relevé de statistiques liées à l’ethnie étant interdit en France, le Ministre utilise les chiffre de la délinquance roumaine pour justifier des actions à l’encontre des Roms. Rue 89 met en évidence cette manipulation des chiffres et dénonce encore une fois l’amalgame entre Rom et Roumains sur lequel joue le gouvernement. En outre, les chiffres ne concernent que Paris.
Un article du 28 août rédigé par Maître Eolas et qui est certainement le plus complet sur la question, lève le voile sur toutes les ambiguïtés de langage liés aux Roms et évoque lui aussi la manipulation des statistiques.
Le 31 août, le soutien aux Roms s’organise. Sur Rue 89 (http://www.rue89.com/2010/08/31/au-camp-saint-martin-de-grenoble-les-soutiens-aux-roms-sorganisent-164619) on peut lire le témoignage de Caro qui tente d’aider les familles installées sur un camp non loin de chez elle. On apprend que les actions d’évacuation menées par la police seraient parfois illégales. Notons que plusieurs associations mènent régulièrement des actions pour venir en aide à ces populations.
Le Parisien avait filmé le 23 juillet une initiative visant à conduire en Belgique des Roms en cours d’expulsion. Le but du voyage : obtenir un tampon des autorités belges prouvant que les familles avaient bien franchi la frontière, ce qui leur permettait de revenir en France légalement. La vidéo souligne et explique le paradoxe.
Le 4 septembre, à l’initiative de 30 organisations, doivent avoir lieu des manifestations en réponse aux mesures du gouvernement. « Nous appelons l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de « guerre » qui menacent le vivre ensemble » peut-on lire dans le communiqué des 30 signataires (dont les noms sont détaillés sur le Post). Le collectif appelle à se réunir à 14h, Place de la République à Paris et partout en France, le 4 septembre, jour du 140e anniversaire de la République.
Mathieu Jouen 03/09/2010 ROMS SOCIETE MEDIAS REVUE DU WEB FRANCE
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