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Edito : Pourquoi les musiques du monde?

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EDITO SOCIETE MUSIQUE SOUAD MASSI

Edito : Pourquoi les musiques du monde?

01/04/2003

Il y a d’autres “ voix ” possibles que celles des canons. En ces temps difficiles (troubles, troublants), il peut sembler utopique voire désuet de lancer un magazine mensuel, qui plus est gratuit et consacré aux musiques du monde. Mais nous pensons profondément que cela vaut la peine de se “motiver” pour exposer au plus grand nombre des richesses musicales et humaines souvent ignorées. Après, à chacun de faire ses rencontres et son chemin au travers la culture de l’autre. Nous ouvrons donc un peu gravement ce n°2 de Mondomix Papier en vous proposant deux éditos dans lesquels, bien sûr, les musiques sont en prise directe avec la vie quotidienne. Pour parler musique, nous aimons employer les verbes “écouter” et “partager”. Mais nous luttons contre les termes “uniformiser” ou “imposer”. Parfois, en peu de mots, à la lecture de quelques citations, les moments que nous vivons se trouvent résumés avec humour ou gravité : « Je préfère glisser ma peau sous des draps pour le plaisir des sens, que de la risquer sous des drapeaux pour le prix de l’essence » (Raymond Devos) « Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » (Pascal) Sinon, bonne lecture.

 

Philippe Krümm

 

Souad Massi est une artiste dont nous nous sentons proches. Elle est métisse dans l’âme, ouverte sur le monde et attachée à ses racines qu’elle réinvente sans cesse. Sa musique a su dépasser les frontières musicales et culturelles pour s’adresser dire ctement à nous, que l’on soit Algérien ou non. Beaucoup de ses chansons sont devenues en Algérie des chants de résistance au marasme et à la folie des hommes qui font de ce pays un lieu de désolation. Elle se défend d’être une artiste engagée. Mais par sa seule sincérité, elle permet à toute une génération de puiser des forces intérieures pour faire face à ce monde qui se brouille et s’embrase. Avec la guerre en Irak et depuis le 11 septembre, des fro n t i è res qu’on c royait abattues se re d ressent. Une scission dangereuse entre le monde arabe et occidental commence à se faire sentir. Et il nous semble urgent de combattre coûte que coûte ces amalgames empoisonnés, ces rumeurs ravageuses, l’ignorance de la culture de l’autre qui fait le lie du mépris et de l’agression .

 

Marc Benaïche

 

 



La musique du monde aujourd’hui ? Andante pour bruits de bottes, cris de Tchétchènes « butés dans les chiottes » , tempi nerveux des uzis israéliens… Une symphonie en rut rageur, avide de sang impur pour abreuver nos sillons. Mais aussi, plus discrète, une petite musique mélancolique et solitaire couverte par le vacarme environnant, celle du quidam qui se demande ce qu’il fout là. La musique adoucit les moeurs, encore une foutaise de la sagesse des nations. Plus clairvoyant , Woody Allen affirme que lorsqu’il entend du Wagner, ça lui « donne envie d’envahir la Pologne ». Tiens, j’aimerais bien savoir ce qui se passe sous le casque du général Colin Powell, descendant d’esclave passé du côté des maîtres, lorsqu’il entend un blues. Pendant ce temps, le chanteur congolais Papa Wemba se retrouve en taule pour avoir fait passer pour membres de son groupe des émigrants clandestins — plusieurs centaines de personnes, un sacré big band — qui en sont venus à préférer l’exil, le racisme et les rigueurs climatiques, plutôt que leurs pays dévastés par les dictateurs à la solde des multinationales. Certes , comme disait un grand humaniste de gauche, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. En revanche, la créer soulève moins de réticences. Car la nécessité est un terreau fertile : cela vous donne tout de même quelques beaux footballeurs et à peu près autant de musiciens pour lesquels on déploie le tapis rouge, matelassé de dollars. Deux écueils cernent les musiques du monde : celui de la tradition perdue, muséifiée, objet d’étude pour l’ethnomusicologue, et d’un autre côté la tentation de la variété internationale, produits formatés auxquels on donne un vague parfum exotique appétissant comme un couscous en boîte. Avide de renouveler sans cesse les rayons du supermarché dans une course effrénée contre la lassitude du consommateur blasé, l’Occident pille ainsi les ressources culturelles comme les ressources naturelles, sans souci du passé comme du lendemain. D’autant plus méritants sont les artistes qui persistent à nous éclairer à la flamme de leur sincérité : ça chauffe tout de même mieux que le pétrole.

 

 

Philippe Farget

 

Avec l’aimable autorisation du magazine Ventilo (texte paru dans le n°53 de Ventilo).

 

 

Et aussi sur Mondomix.com:

 

- Retrouvez tous les éditos de Mondomix


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