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ACTUALITEMUSIQUE FESTIVAL GNAWA MAROCQui sont les Gnaouas ? Petite histoire d'un grand mouvement artistique et spirituel05/08/2010
Le 27 juin 2010 s'est achevée la 13e édition du festival des musiques Gnaoua d'Essaouira au Maroc, où, au coeur de la splendide cité alaouite, se rencontrent jazzmens, artistes world et maîtres de la musique gnaoua. L'occasion de faire un retour sur l'histoire riche et encore peu connue de la confrérie des Gnaouas. Entretiens vidéos réalisés à Essaouira avec : Amazigh Kateb, Karim Ziad, et quelques minutes de live avec Faiz Ali Faiz et les Issaoua de Meknès...
Essaouira, une ville somptueuse et un festival incontournable qui rassemble
C’est après l’expédition victorieuse du sultan Ahmed El Mansour (3e sultan de la dynastie saâdienne) à Tombouctou, surnommé alors El Dehbi (le doré) en référence à la grande quantité d’or qu’il y rapporta, que 12 000 esclaves auraient été emmenés vers le pays berbère des Haha, dans la région d’Essaouira.
Vidéo : Entretien avec Amazigh Kateb (ex-Gnawa Diffusion), invité du festival
Cette deuxième génération de Ganouas se réclamait de Sidna Bilal, né en esclavage et premier muezzin de l’islam, et dont le nom a été donné au seul lieu sanctuarisé par les Ganouas du Maroc : la zaouïa Sidna Bilal d’Essaouira.
Tandis que la musique des gangas employait déjà les tambours et les qrâqeb, littéralement « les crotales », sortes de castagnettes en forme de huit, qui par analogie du bruit produit servira ensuite à désigner les serpents à sonnettes, la musique de la deuxième génération de ganouas s’enrichit du guembri.
Le guembri est un luth à trois cordes, considéré comme un dérivé du n’goni, instrument d’Afrique subsaharienne. Cet instrument joue un rôle central dans le rite de possession des Ganouas : la Lila de derdeba.
La lila de derdeba : l’art sacralise le profane
Un des points essentiels de la tradition gnaouie est la croyance aux esprits, les mlouk. Leur musique se présente dès lors comme un moyen de libérer les âmes possédées par ces esprits, les memlouk. Il n’est pas évident d’expliquer l’origine de ces croyances. S’agit-il de vieilles traditions païennes ou est-ce le résultat du syncrétisme des cultes animistes subsaharien et de l’islam, dont le Coran fait d’ailleurs référence aux djinns, les esprits, semblables aux mlouk ? Dans la croyance populaire gnaouie, chaque melk (singulier de mlouk) se voit attribuer une couleur, (les blancs, les verts, les bleu-ciel, les bleu-foncés, les jaunes, les rouges et les noirs), une devise chantée et un encens particuliers.
A la nuit tombée, généralement à partir de minuit (lila signifie « nuit » en arabe dialectal), les musiciens Ganouas se réunissent afin de communiquer avec ces esprits et «d’exorciser » les personnes possédées. Autour d’un maâlem, littéralement un « Initié » maître musicien, dont le rôle est de mener la cérémonie du rituel, les musiciens se mettent en place pour les trois phases d’une Lila : l’aâda (la coutume), les koyyou (chants et danses de divertissement) et les mlouk (répertoire occulte entraînant l’entrée en transe des possédés).
L’aâda est une procession riche en couleurs, qui n’est pas l’apanage des seuls Ganouas. Ce défilé de musiciens se retrouve dans une autre confrérie : les Issaouas. Contrairement aux premiers, la Confrérie Issaoua est une voie Soufie fondée à Meknès au XVIe siècle par « le Maître parfait » soufi Mohamed Ben Aissa.
En scandant le nom d’Allah au rythme des neffar (grande trompe à une seule note – le vuvuzela marocain), les Issaouas de Meknès préfigurent une entrée en transe. Cependant, alors que la transe des soufis relève davantage d’un état d’extase transportant ses initiés hors du monde sensible par l’intensité d’un sentiment mystique, la transe des memlouk dans la tradition gnaouie revêt des aspects thérapeutiques. Sur la scène de Dar Souiri, devant un public volontairement restreint, trois memlouk vibraient aux rythmes des invocations des Issaouas.
La dimension « profane » de ces deux traditions est inscrite de manière indélébile dans leurs histoires marquées par l’esclavage. Et même si l’aâda se trouve sacralisée par les invocations des Issaouas, le caractère profane de la tradition gnaouie ressurgit lors de la 3e phase de la Lila, celle des mlouk.
Le maâlem se met alors à invoquer chaque melk, accompagné de son guembri et de qrâqeb. Ces esprits peuvent être des « saints » ayant réellement existé (Moulay Abdulkader Jilali, Bilal) ou des entités surnaturelles (Lala Mira, Sidi Hammou…). A l’évocation de la devise du melk, le memlouk possédé par l’esprit invoqué entre en transe. C’est alors que la chouwafa (en arabe dialectal « la voyante ») couvre le danseur en transe d’un voile de la couleur du melk l’habitant et brûle l’encens adapté à cet esprit.
La phase du mlouk a dans la tradition gnaouie, pour vocation de guérir les malades et d’agir ainsi, comme véritable cure. La Lila derdeba est considérée comme une initiation qui aurait pour point de départ la maladie car beaucoup de memlouk restent dans la confrérie et poursuivent leur initiation une fois l'équilibre retrouvé.
Le coup de maître du Festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira est véritablement celui de mettre à l’honneur toutes les traditions artistiques dont le Maroc a pu s’enrichir au cours de son histoire, en alliant les pratiques profanes aux pratiques sacrées. Le maître mot du festival semble d’ailleurs être celui du mysticisme, profane ou sacré, résonnant au milieu des remparts de la ville au son des crotales, du guembri et des neffar.
Jihane Bensouda 05/08/2010 MUSIQUE FESTIVAL GNAWA MAROC
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