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M.I.A, activisme sans frontières

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M.I.A, activisme sans frontières

08/07/2010

Née à Londres et d'origine sri lankaise, chanteuse et aussi graphiste, activiste politique ou créatrice de mode, M.I.A. est une artiste emblématique des années 2000. À l'heure de la sortie d'un troisième album plus sombre (voir ci-dessous le clip du premier single - très violent - réalisé par Romain Gavras), rencontre avec une jeune femme qui entend bien continuer à se jouer des frontières, géographiques ou mentales. (Photos : Youri Lenquette)



Vêtue d'un sobre pantalon noir et d'une veste en jean, Maya Arulpragasam, plus connue sous le nom de M.I.A., prend place de l'autre côté de la table d'un salon cosy de l'hôtel Murano, près de la place de la République à Paris. Menue, pas maquillée, d'aspect presque fragile quoique déterminée, la personne face à nous semble assez éloignée du portrait brossé quelques jours plus tôt par un article fleuve du New York Times, qui consacrait autant son statut d'icone mondiale qu'il faisait la peinture vacharde d'une rebelle chic préoccupée par son image, d'une passionaria un poil arriviste, tenaillée entre les causes qu'elle défend et sa soif de reconnaissance.


Confusion

Ulcérée par l'article auquel elle a répondu point par point sur son blog (la réponse n'y est plus aujourd'hui, ndlr), M.I.A. est pourtant dans de bonnes dispositions en ce jour de la fin mai, écoutant avec attention et répondant avec franchise. La discussion s'engage sur son troisième album, au fil duquel elle déclame ses textes souvent virulents, parfois légers, par-dessus un puzzle mouvant d'électro, de dancehall, de hiphop ou de dubstep. Moins exotique que les précédents mais plus sombre et tranchant, le disque a été enregistré dans le studio aménagé dans sa maison de Los Angeles, avec des productions de Blaqstarr, Rosco, Switch et Diplo. Comme toujours avec M.I.A., musique et politique sont indissociables.


« L'enregistrement a débuté quelques mois après la fin de la guerre civile au Sri Lanka (entamée en 1983, la guerre entre le gouvernement, dirigé par l'ethnie majoritaire cingalaise, et la minorité tamoule, l'ethnie de M.I.A., a fait des dizaines de milliers de victimes des deux côtés, NDR). Trop de gens étaient morts pour que je puisse faire un disque heureux et optimiste. C'était une situation troublante, car dans le même temps, des choses positives m'étaient arrivées : j'étais pour la première fois avec quelqu'un capable de contrebalancer mes instabilités, j'ai eu un enfant, je me suis posée quelque part. Et des tas de gens n'arrêtaient pas de m'appeler pour travailler avec moi. Et de l'autre côté, je voyais tous ces civils assassinés au Sri Lanka, sans que personne n'en parle... »
 


Le clip choc et controversé du premier single, Born Free. (Réal. par Romain Gavras)
 


Une situation de confusion aggravée par de sérieux démêlés avec l'administration américaine.


« Ils m'ont dit que si je quittais le pays, je ne pourrais jamais plus y revenir. Ils empêchent ma mère de me rejoindre depuis un an et demi... Une punition pour mes propos sur le Sri Lanka (M.I.A. a publiquement soutenu les Tigres tamouls, organisation considérée comme terroriste par Washington, NDR). Ils m'ont juste donné un visa d'un an, il me reste 9 mois. C'est dans ces conditions que l'album a été fait, alors que je ne me sentais pas vraiment libre, mais comme en prison. »
 

La musique come ticket de bus

L'histoire de M.I.A. a toujours été une affaire de frontières, à transcender, abolir ou redessiner. Née à Londres en 1975, elle retourne au Sri Lanka, le pays de ses parents, à l'âge de six mois, puis, après un passage à Madras, en Inde, revient dans la capitale britannique à 8 ans avec mère et soeurs, par la volonté d'un père qui entend protéger sa famille du conflit qui déchire l'ancienne île de Ceylan. Elle atterrit dans un quartier blanc du sud de la ville, totalement perdue. C'est la musique qui va venir à sa rescousse.


« Je ne comprenais pas mon environnement, ni pourquoi je me trouvais là. La musique a été mon ticket pour explorer Londres. Je prenais le bus ou le métro, je m'aventurais dans un quartier, à la recherche de clubs où je rencontrais des jeunes qui écoutaient la même musique que moi. C'est ainsi que j'ai côtoyé différentes communautés : à Brixton, les jeunes Mauriciens étaient branchés dancehall, soca ou calypso ; à l'est de Londres, les Bengalais avaient leur propre rave music, à l'ouest, c'etaient les Indiens et la scène bhangra. C'était une époque cool...».


Tragédies et espoir


Une époque où se trouvent les racines de sa musique en forme de synthèse des sonorités urbaines des 25 dernières années, si originale et accrocheuse qu'elle l'a portée au sommet. Sur la lancée du succès mondial de Kala, son précédent album, M.I.A. a ainsi été élue parmi les cent personnalités mondiales les plus influentes par le magazine Times en 2009. Une popularité dont elle use pour continuer de dénoncer le sort fait aux Tamouls au Sri Lanka, non sans conséquences fâcheuses.


« Un blog de l'armée sri lankaise a écrit qu'ils avaient une tombe qui m'attendait au Sri Lanka... dit-elle avec un sourire désabusé. Le Sri Lanka est un petit pays, le nombre de morts de la guerre ne se compare pas à des tragédies comme le Rwanda, mais les méthodes (du gouvernement, NDR) étaient les mêmes, écoeurantes. Le conflit était soutenu et alimenté par la Chine, qui a un poids suffisant aux Nations Unies pour que rien ne se passe. Il y a des milliers de preuves de crimes de guerre et personne n'est poursuivi. Aujourd'hui, les Sri Lankais sont dévastés, cassés, et l'aide ne leur parvient pas. L'argent du tsunami par exemple : seulement 13% des millions de dollars versés est arrivé à destination. »

 

 

 

L'engagement de M.I.A. n'est pas qu'oral, ni limité au seul Sri Lanka. Un séjour au Liberia l'a fait franchir le pas de l'investissement personnel.


« Je me suis rendu là-bas à la fin de la guerre et tout avait été détruit ou volé : trottoirs, câbles électriques, portes, chaises... J'ai visité des écoles avec des enfants de 4 ans qui essayaient d'apprendre l'alphabet sous un soleil de plomb car il n'y avait plus de toit. Le directeur m'a expliqué que construire une école ne coutait que 52000 dollars et je me suis dit, "Putain, c'est le prix d'une boucle d'oreille d'Eminem". J'ai alors songé à demander un bijou à chaque rappeur d'Interscope (sa maison de disque américaine, NDR), mais à mon retour aux Etats-Unis, MTV m'a proposé 100000 dollars pour un set de 25 minutes... Je n'avais jamais été pro-MTV, mais je me suis dit "on s'en fout", j'ai pris l'argent et je l'ai donné au directeur.»

 

Receuilli par Bertrand Bouard


- M.I.A., /\/\/\Y/\ (Beggars/Naïve), sortie le 13 juillet
- www.miauk.com
- M.I.A. sur Myspace

 

 


08/07/2010
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