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ACTUALITEMUSIQUE DOSSIER 50 ANS D'INDEPENDANCE AFRICAINE300 chansons pour 50 ans d'Indépendances Africaines21/06/2010
Producteur africain emblématique, Ibrahima Sylla était certainement la personne la plus à même de raconter 50 ans d’Indépendances en musiques et en plus de 300 morceaux.(Photo : Fela Kuti par Pierre René Worms)
Dans la foulée de la Gold Coast britannique (devenue le Ghana en 1957), puis de la Guinée l’année suivante, plus d’une quinzaine d’Etats du continent africain accèdent à l’indépendance en 1960. 2010 marque les 50 ans de cette vague irrésistible qui se forme alors essentiellement dans l’Afrique occidentale et centrale. Un tel anniversaire, cela donne des idées quand on est un producteur de musique avisé. Né à Dakar dans une famille guinéenne, Ibrahima Sylla s’est fixé à Paris dans les années 80 pour y développer ses activités de production musicale. Depuis la création de Jambaar (« guerriers » en wolof), devenu Syllart Productions en 1981, il a constitué un catalogue aussi essentiel à la musique africaine que peut l'être celui du label Fania à la salsa. Il ne pouvait pas rater cette célébration. Plutôt que de se limiter à recenser la bande-son de 1960 dans les pays ayant pris leur indépendance, le gaillard a vu les choses en grand : pourquoi ne pas dresser un panorama de la foisonnante créativité musicale africaine des cinquante dernières années ?
50 ans de musiques africaines urbaines
Aussitôt dit, (presque) aussitôt fait. « Cela fait deux ans que je suis sur ce projet, raconte Ibrahima Sylla. Il fallait faire quelque chose d’important, sous l’angle musical, pour célébrer cet anniversaire ». Au final, ce ne sont pas moins de 18 CD, accompagnés d’un livret conséquent, qui sont regroupés dans ce coffret. Soit plus de 300 titres. Les grands succès de la chanson et de la musique africaine, ceux qui ont marqué l’Afrique et les titres ayant fait mouche en Occident. Sans prétendre à une utopique exhaustivité, le projet possède incontestablement de la tenue. Un tiers du contenu provient de la malle aux trésors d’Ibrahima Sylla. Le reste a été négocié avec différents labels et les majors propriétaires des droits de certains des morceaux. Découpé en six zones géographiques, cet excitant voyage au long cours permet de découvrir ou retrouver des noms emblématiques, familiers au public occidental interpellé par les tempos d’Afrique, ou connus uniquement des amateurs éclairés. Du côté de l’Afrique lusophone, une aire où « en imposant sa langue, le colonisateur portugais a contribué à unifier des pratiques musicales assez dissemblables », selon Frank Tenaille dans Le Swing du Caméléon (Actes Sud), on croise Bonga et Cesaria Evora bien sûr, mais également Gabriel Chiau, du Mozambique, ou bien Teta Lando, « le premier artiste à introduire dans les années 60 des instruments électriques dans ses compositions » soulignent Sylvie Clerfeuille et Nago Seck dans le catalogue d’une exposition sur les grandes figures de la musique urbaine africaine qu’ils avaient créée à la fin des années 90.
L’Afrique de long en large
Du côté de l’Afrique australe, les tubes planétaires de Johnny Clegg et Myriam Makeba sont inévitablement là (Asibonanga, Pata Pata). Ils côtoient des moments de plaisirs tout aussi essentiels, offerts par des artistes au nom sans doute peu parlant pour beaucoup, tels Sagile Matse (Swaziland), Mulemena Boys (Zambie) ou Vaovy (Madagascar). Si Wendo Kolosoy manque hélas à l’appel, la plupart des ténors de la rumba congolaise, née dans les années 1950 à Kinshasa et Brazzaville, sont présents. Après avoir été le son des indépendances, notamment les fameux Indépendance Cha Cha et Table Ronde, de Joseph Kabasele Tshamala (1930-1920), le père de l'african jazz, la rumba congolaise a fait sensuellement tanguer pendant plusieurs décennies le continent noir et sa diaspora.
Le goûteux catalogue se révèle des plus vastes et complets. On voyage de l’Algérie, celle de Rimitti et de Takfarinas, à l’Egypte d’Oum Kalsoum ou Farid El Atrache, en passant par le Nigéria du grand Fela. On transite de l’Ouganda, avec le célébrissime Ye Ye Ye de Geoffrey Oryema, au Cameroun et ses pères de la chanson franco-africaine, comme Francis Bebey et Manu Dibango, avec bien sûr l'emblématique Soul Makossa de ce dernier. Ce coffret permet de sillonner l’Afrique qui danse et chante depuis 50 ans. Il met en lumière les grands courants musicaux qui l’ont traversée en tous sens. Après les excellentes compilations Golden Afrique du label allemand Network (qui démarrent en 1939 mais s’arrêtent en 1988 et couvrent beaucoup moins de territoires), ce projet ambitieux et osé en ces temps de crise du marché du disque restera, sans aucun doute, une référence en matière d’édition phonographique. Patrick Labesse
Et aussi sur Mondomix.com :
- "Indépendance Cha Cha" : histoire d'un tube
- Lire le dossier 50 ans d'indépendance africaine 21/06/2010 MUSIQUE DOSSIER 50 ANS D'INDEPENDANCE AFRICAINE
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