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Afrique du Sud : Sur le terrain des arts

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Afrique du Sud : Sur le terrain des arts

26/05/2010

Musique, danse, art contemporain, photographie, le paysage culturel sud-africain est un foisonnement où les modes se succèdent avec un dynamisme étonnant. Et de nombreux enjeux sociaux en filigrane.

 

Du rap blanc et du rock’n’roll noir... En Afrique du Sud, près de vingt ans après la fin officielle de l’apartheid (1991), les anciennes lignes de démarcation raciales se sont singulièrement brouillées. Les Black Jacks, un groupe de rock de Soweto, se sont réapproprié une attitude et une musique qui étaient encore blanches à 100 %, il n’y a pas dix ans. Les rappeurs blancs, eux, prouvent que la mixité et la fusion sont possibles, du moins dans les grandes villes comme Johannesburg ou Durban. La création contemporaine en Afrique du Sud frappe par son dynamisme et la rapidité de son évolution. Le kwaito, la musique post-apartheid des townships noirs, est déjà moribond... Une autre vogue lui a succédé, une house music qui fait danser tout le monde à Jo’burg, que les DJ soient Noirs ou Blancs. Les soirées de lecture de poésie sont aussi dans le vent : elles n’ont rien de ringard, dans la mesure où ce sont de jeunes Noirs ayant une conscience politique qui se relaient au micro, devant des audiences à l’écoute. 

 

 

Elites multiraciales et branchées

 

Arts on Main, nouvel espace artistique de Johannesburg, avec son cinéma, sa galerie et son café en terrasse, sur le toit, attire des élites multiraciales et branchées, même s’il est situé dans un coin peu fréquenté du centre-ville, réputé dangereux. Le quartier culturel de Newtown, lui aussi dans le centre-ville, concentre les grandes institutions artistiques de la nation : le Market Theater, le Museum Africa, la résidence d’artistes Bag Factory, la salle de concert Bassline et la boîte de jazz Kippies... S’y retrouve un public très mélangé, qui ne se contente pas des salles de cinéma dans les galeries marchandes ou des boîtes de nuit dans les banlieues chic du nord de la ville, à Rosebank, Sandton ou Rivonia.
 

A l’échelle de la nation, la culture et l’intérêt qu’elle suscite restent relatifs, dans un pays où l’on regarde beaucoup les « soapies » (feuilletons à la brésilienne) à la télévision, et les inévitables matches de foot, de rugby ou de cricket. L’exode des Blancs, après l’apartheid, a été relativisé par une vague de retours, après 2001, à la faveur de la reprise économique. Il n’empêche : beaucoup des grands artistes sud-africains ont fait le choix, inquiétant pour leur pays, de s’établir à l’étranger. La chorégraphe Robyn Orlin vit depuis 2002 à Berlin, tandis que le prix Nobel de littérature John Maxwell Coetzee enseigne depuis 2002 en Australie. Le jeune peintre Karl Gietl a quitté Johannesburg pour la ville française de Sète, en 2008, et beaucoup d’autres font des allers retours entre l’étranger et l’Afrique du Sud – où tout est possible, pour peu que l’on ait l’esprit d’entreprise.


Le soutien des pouvoirs publics aux activités culturelles et artistiques reste minimal, et ceux qui ne sont pas prêts à lancer leur label, leur galerie ou leur société de production sont condamnés à rester sur la touche. C’est ce qu’a compris Tracey Rose, plasticienne métisse de Johannesburg très prisée à l’étranger. Pour éviter de dépendre entièrement de la galerie d’art contemporain Linda Goodman, Tracey Rose a décidé de monter sa propre galerie, chez elle à Johannesburg. Le Français Henri Vergon, fondateur de la galerie Afronova, qui expose des artistes contemporains d’Afrique du Sud et de tout le continent à Johannesburg, estime qu’il y a un marché pour la peinture, grâce aux nouvelles fortunes du pays.


Réinvention permanente

 

En dehors de la musique, la danse et la photographie restent les domaines les plus foisonnants de la nouvelle Afrique du Sud. La photographie sud-africaine passe son temps à se réinventer, évoluant à très grande vitesse. Jodi Bieber s’est fait remarquer pour ses photos de gangsters des quartiers métis de Johannesburg (dans le livre Between dogs and wolves), tandis que Guy Tillim a documenté la réhabilitation du centre-ville de Johannesburg, avec des expulsions de squatters entassés dans des immeubles insalubres. Andrew Tshabangu, de son côté, travaille en noir et blanc sur les trajets en taxis collectifs de la population noire des townships, tandis que Pieter Hugo met en scène des hommes et des animaux. L’inclassable Mikhael Subotzky (voir la vidéo ci-dessous) s’intéresse, comme son aîné de grand renom David Goldblatt, à la structure sociale que révèlent les paysages, mais aussi à la rudesse de la vie dans des bourgades de province telles que Beaufort West.
 


 

 

Dénominateur commun de tous ces jeunes photographes : loin d’être préoccupés par des questions de forme pure, ils ont tous quelque chose à dire. Le grand flou qui persiste entre la photo de presse et la photo d’art, en Afrique du Sud, vient de la très grande richesse du « terrain », dans ce pays en mutation.

 

Sabine Cessou

 

Et aussi sur Mondomix.com :

 

- Afrique : quand l’art rencontre le foot

 

- Bitterkomix, le fanzine de la BD underground sud-africaine : Bitter, comics & Afrikaners

 

 


26/05/2010
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