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Conscience musicale

20/05/2010

Appliquer les idées du commerce équitable à la musique ? Des artistes et des producteurs y ont plus ou moins mûrement pensé. Panorama des initiatives en cours.

 

L'écologie

 

C'est sur le plan de la protection de l'environnement que les avancées les plus concrètes ont lieu. Cet été, si vous vous rendez à un festival, il est quasiment certain qu'une navette ou un service de co-voiturage vous sera proposé pour réduire vos déplacements individuels, principale cause de pollution au cours de ces événements. De même, vos consommations vous seront probablement servies dans des gobelets réutilisables, qui permettent de réduire de 75% le volume de déchets à évacuer après la fête. Réduction de la consommation électrique, toilettes sans eau, affiches imprimées sur du papier recyclé avec des encres non-toxiques, les festivals de l'été, qui doivent chaque année renouveler leurs installations, sont souvent à l'avant-garde de la réforme écologique. Les salles de concert les suivent d'un pas plus lent. Les producteurs de disques, eux, restent handicapés par le CD, qui, comme le vinyle, est essentiellement constitué de pétrole. L'association FairPlayList tente de mettre sur pied un réseau de recyclage de CDs; de nombreux disques ne se présentent plus que dans un cocon de papier et de carton, parfois recyclés ... mais cette évolution est freinée par la crise économique.

 

La mutualisation

 

Est-ce un autre effet de la crise ? Festivals, salles de concert et producteurs cherchent à se regrouper. Depuis une dizaine d'années, des réseaux se créent ou se renforcent pour unir les professionnels d'un même département, d'une même région. Les producteurs de disques indépendants se sont dotés d'une structure de diffusion commune, CD1D, une formidable boite à idées. Les structures parisiennes concernées par les musiques du monde partagent des outils au sein de Parismix. Mais certains vont plus loin, comme les Auvergnats de Sirventès ou les Grenoblois de Tchookar, et adoptent le statut de coopérative, si cher au commerce équitable : les artistes sont responsables de la structure, au même titre que ceux qui les entourent.

 

Une filière trouble

 

Sur le front financier, en revanche, aucune avancée. Le commerce équitable, qui recommande le pré-achat d'une partie de la production, n'a pas fait d'émules. Pour preuve : Spidart, le premier site français à proposer aux internautes de produire des artistes, a déposé le bilan. Son aîné anglophone, Sellaband, est dans une situation comparable. Pour se produire, les artistes doivent avant tout compter sur leurs propres économies et sur les coups de main de copains musiciens ou propriétaires de studio plus ou moins artisanaux. S'ils parviennent à intégrer la filière de diffusion des spectacles ou de distribution des disques, ce sera au travers d'intermédiaires. Certains de ces professionnels sont irréprochables : ils pratiquent une forme de partage avec les artistes qu'on pourrait sans risque qualifier d'équitable. D'autres – on en connaît – escroquent les musiciens, pariant, souvent avec raison, qu'ils n'auront pas les moyens de payer un avocat pour réclamer leur dû. Entre ces deux extrêmes, le spectre est large. Quelques structures utilisent le terme équitable ou un terme analogue dans leur présentation. C'est le cas, notamment, de FairPlayList, qui cherche un moyen de distribuer les disques ailleurs que dans le réseau habituel et monte chaque année un festival baptisé « Ménilmontant, capitale de la musique équitable et écologique ». C'est le cas également de Dyade, une association de Grenoble qui produit et fait tourner des musiciens maghrébins. Sens Unique, de son côté, permet à des artistes indépendants de se réunir sous une même bannière. Reshape Music, enfin, anime un site internet, fairtrade-music.com, qui se veut un réseau social de la musique équitable. Mais, en dehors de ces trop rares initiatives explicites, rien ne permet de distinguer les bons producteurs des mauvais.

 

Ethique, responsable ou durable?

 

 

C'est ce manque de transparence, pourtant l'une des vertus cardinales du commerce équitable, qui donne tout son sens au questionnement sur une musique plus « éthique », « responsable » ou « durable » (le choix du mot adéquat étant généralement la première étape de la réflexion). Qu'ils prennent la forme d'un label ou de chartes communes, l'amateur de musique et le musicien en marge du système manquent de repères pour savoir quelles structures ou quelles initiatives soutenir ou interpeller. Les rencontres se multiplient pour nourrir ce débat, souvent à l'instigation des associations FairPlayList ou Jouer Juste.

 

François Mauger


Et aussi sur Mondomix.com:

 

 

-Le dossier "Commerce équitable"

 

-Paris, capitale des musiques du monde et le blog de l'événement

 

-La musique assiégée. D'une industrie en crise à la musique équitable de Charlotte Dudignac & François Mauger

 

Et sur le web:

 

-Découvrir Paris Mix

 

-Le site de FairPlayList

 

-Le site de Jouer Juste

 

-Le site de CD1D


20/05/2010
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