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Beyrouth, capitale de la scène alternative du monde arabe

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MUSIQUE REPORTAGE BEYROUTH LIBAN

Beyrouth, capitale de la scène alternative du monde arabe

21/04/2010

Si vous montez dans un taxi à Beyrouth, il est fort probable que le chauffeur écoute la radio locale – volume maximum. Ce sera peut être votre première rencontre avec ce qui semble constituer la sainte trinité de la musique libanaise : chanson traditionnelle arabe, pop « bubble gum » des divas nationales et techno à vous rendre sourd. En apparence du moins. Car la capitale libanaise est devenue, depuis une quinzaine d’années, le théâtre d’une scène musicale underground à l’origine des sons les plus electro, rap et punk du monde arabe. (photos : Tanya Traboulsi)

 

Les groupes alternatifs de la capitale libanaise ne se découvrent donc pas sur les ondes, sauf à la faveur d’une émission animée par Ziad Nawfal sur Radio Liban, intitulée « Ruptures ». DJ, critique musical, promoteur et producteur de formations aussi essentielles que les Scrambled Eggs (punk rock) et Munma (electro), Nawfal a assisté et participé à la naissance de ce mouvement underground : « Au milieu des années 90, nous avons commencé à avoir du bon matériel d’enregistrement au Liban. Les groupes qui jouaient habituellement dans des restaurants, ont vu s’ouvrir des salles de concert et se sont produits en live » se souvient-il.

 

Fusion des rythmes orientaux et de l'electro

 

C’est le cas du groupe de trip-hop Soapkills, formé par la chanteuse Yasmine Hamdan et le compositeur-DJ Zeid Hamdan (aucun lien de parenté) en 1996. Bien que l’aventure Soapkills ait pris fin en 2005, Yasmine et Zeid symbolisent bien la scène musicale alternative. Par leur éclectisme, d’abord: Yasmine a sorti en 2009 un album electro pop produit par Mirwais, sous le nom de Y.A.S., tandis que le caméléon Zeid poursuit ses explorations musicales par le biais de divers groupes, parmi lesquels The New Government (rock) et un duo avec le musicien Guinéen Kandja Kora. Yasmine et Zeid ont, ensuite, une histoire étroitement liée à l'Occident, comme la plupart des musiciens underground actifs aujourd’hui : ils sont trilingues (arabe, français, anglais) et ont vécu à l'étranger pendant la guerre civile libanaise (1975- 1990). Fins connaisseurs du répertoire classique arabe – Oum Khaltum, Ismahan et Abdel Wahab, entre autres – le duo cite aussi Portishead, Massive Attack ou encore Chet Baker. A partir de cet éclectisme musical, Soapkills fusionne rythmes orientaux et électroniques, lançant à la fin des années 90 une nouvelle vague au Moyen Orient dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

 

Des sons qui reflètent le chaos du pays

 

Héritier de cette tendance, Jawad Nawfal, à l'origine du projet musical Munma, a sorti, aux lendemains de la guerre de l’été 2006, une trilogie qui puise dans les harmonies et rythmiques orientales pour les re-calibrer et les mélanger à des sons réels. Nawfal associe sonorités artificielles et bruits de la rue, extraits radiophoniques et discours poltiques, remixés jusqu'à perdre toute signification. Essentiellement contextuelles – ses sons distordus reflètent le chaos politique dans lequel le pays s'est trouvé plongé après l'été 2006 – les compositions minimales et abstraites de Munma s’adressent à un petit groupe d’initiés. Car comme pour la plupart des groupes alternatifs libanais, le succès commercial n'est pas une priorité, et peu importe si les albums sont autoproduits et ne se vendent qu’à une centaine d’exemplaires. Pour Nawfal, seules comptent la création et l'expérimentation et Munma peut se targuer de produire une musique orientale dénuée de tout exotisme.

 

Lumi, un duo branché sur « les musiques hors-circuit »

 

Mayaline Hage et Marc Codsi, qui se sont rencontrés à un atelier de musique improvisée libre avant de fonder le groupe d’electro-rock Lumi en 2006, sont eux, produits par rien de moins qu’EMI Music Arabia. A propos de leur influences musicales, ils citent « toutes les musiques hors-circuit », c'est-à-dire Mylène Farmer, Nirvana, Léo Ferré, l'electro française et allemande.

C'est justement à Dusseldörf – la ville allemande qui fait voir des étoiles à tous les fans de ce style de musique – que le duo a enregistré son premier album, « Two Tears in Water », avant de partir en tournée à Dubaï et dans différentes capitales européennes. « Nous chantons en anglais et il est évident que Lumi s'adresse à des Occidentaux ou aux Libanais anglophones. Notre musique ne pourrait être véhiculée dans une autre langue », précisent-ils.

« Contrairement aux rythmes lents et aux mélodies chantées en arabe de Soapkills, que nous adorons, nous avons voulu produire un son glam pop plus accessible », ajoutent-ils. Sarcastique et ironique dans ses propos, original dans son univers – il faut voir le clip de « Don't fuck with my cat », une parodie de l'univers de David Lynch – Lumi véhicule, mine de rien, une idée sophistiquée de la pop libanaise, plus acide que sucrée : « Dans la culture de notre pays, les chanteuses sont perçues comme des objets, et l'aspect artistique n'a presque aucune importance. Lorsque je monte sur scène et que je chante comme une punk, je compte bien aussi changer l'image de la chanteuse libanaise qui vend son corps. Les médias ont fait beaucoup de dégâts de ce côté-là » explique Mayaline.

 

 

 

 

Rap, hip-hop et « libanité »

 

Si l’on cherche un son militant, c’est du côté du rap et du hip-hop qu'il faut chercher, et que l’on trouve le plus de « libanité ». Il faut dire qu’avec l'affaiblissement économique, les assassinats politiques, la disparition de la classe moyenne et l'accentuation des inégalités sociale qui en résulte, les rappeurs trouvent de multiples raisons de taper le poing sur la table. Avec des paroles en arabe et en français, Wael Koudeih, alias Rayess Bek, l’une des figures les plus connues de la scène underground, dénonce la corruption et la superficialité de la société libanaise. Son univers hip-hop, teinté de beats orientaux, est à mille lieux de l'« industrie du rêve » de la pop arabe, qui diffuse ses clips kitch en boucles sur la télévision libanaise. Wael y porte justement un regard désabusé: « Je ne vend pas du rêve, mais du réel, c'est la différence entre moi et un chanteur pop » affirme-t-il dans une interview avec le réalisateur allemand Farid Eslam, qui est actuellement en train de monter un documentaire sur les différentes scènes atlternatives du monde arabe, intitulé Yallah Underground.

 

 

 

 

 Underground libanais

 

Et qu’en est-il du rock libanais ? En quoi est-il différent de l’anglo-saxon ? La question est à poser aux membres du groupe de punk rock Scrambled Eggs qui sont, comme Soapkills, des pionniers de la musique underground libanaise. « La découverte du rock alternatif, en particulier Sonic Youth, a été décisive. Après notre premier album, sorti en 2000, sur lequel nous nous prenions pour Radiohead, nous avons pris une direction plus expérimentale » raconte Charbel Haber, le chanteur et guitariste du groupe. « Nous chantons en anglais parce que l’arabe n’est pas une langue qui va avec le rock. Mais notre rock est libanais, car il décrit une ambiance particulière, le chaos et le bordel de notre ville, Beyrouth. » Les Scrambled Eggs rappellent bien que la musique alternative libanaise est avant toute chose l’expression de cette ville inspirante, et qu’elle est, à son image, multiculturelle, instable et en permanente (re)-construction.

 

Florence Thireau

 

Et aussi sur Mondomix.com

Produced by Mirwais

Reportage en Macédoine : "Rock en Skopje"


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