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ACTUALITEVOYAGES MUSIQUE ILE DE LA REUNION MALOYAFet Kaf sur l'île de la Réunion06/04/2010
Le 20 décembre se déroulait à la Réunion la Fet Kaf, qui commémore l’abolition de l’esclavage sur l’île. A Saint-Pierre, deux piliers de la culture réunionnaise, Firmin Viry, le patriarche du maloya, et Gilbert Pounia, le leader charismatique du groupe Ziskakan, célébraient en musique la liberté et l’identité réunionnaise.
A quelques kilomètres de la ville de Saint-Pierre, au sud de l’île de la Réunion, se trouve un petit coin de paradis, coincé entre les champs de canne et quelques jardins maraîchers (igname, chou de chine, patates...). Sur le bord du chemin, les litchis mûrs font ployer les branches. On ne voit pas l’océan, mais on le devine ; il tape sur la falaise, en contrebas. A droite en haut du chemin, vit en famille Firmin Viry, le doyen du maloya réunionnais.
A plus de 70 ans, il est le seul rescapé d’une génération de maloyèrs militants qui sut, dès les années 60, donner une visibilité au blues de la canne à sucre alors interdit, de fact, par les autorités françaises. Aujourd’hui, il est une personnalité respectée de l’île et toute la maisonnée s’affaire pour honorer la réputation de la famille.
Plage de Saint-Pierre de la Réunion
Fêter avec fierté
On prépare des kilos de riz et deux énormes marmites, l’une de cari, l’autre de rougail, pour les nombreux invités qui viendront fêter ce soir la liberté à Ligne Paradis. Nous sommes le 19 décembre, veille de la Fet Kaf, la date la plus importante du calendrier réunionnais. Le 20 décembre 1848 correspond au décret d’application de l’abolition de l’esclavage à la Réunion.
Depuis plusieurs années, la famille Viry met un point d’honneur à organiser un grand kabar, une fête en plein air, pour réunir les générations autour du patriarche du maloya Firmin Viry. Radio Piquant et Azot Radio ont installé un studio dans la cour pour permettre à une partie du sud de l’île de vivre en direct ce véritable marathon du maloya, de 14 heures à… deux heures du matin ! Pour l’instant, les militants de la cause créole se succèdent au micro. Chez les Viry, la Fet Kaf est avant tout historique et militante. L’après-midi s’écoule vite, chacun se donne des nouvelles.
Firmin Viry, le patriarche du maloya
Firmin, propriétaire de sept hectares de canne qu’il cultive depuis toujours avec vigueur et philosophie, se dit plutôt content de la récolte qui vient juste de s’achever. La canne est bien sucrée : l’année a été bonne. Le soleil tombe derrière l’horizon et les gens commencent à affluer par grappes. La soirée démarre rapidement au son du maloya. La famille Viry entonne les succès de Firmin, devenus en quarante cinq ans de véritables hymnes de l’identité créole. "Valets", "Prêtez- Moi Vos Fizi", "Kafé Griyé", "Ti Mamizèl La Tèt Anlèr" sont bientôt repris par le public, toutes générations confondues.
"Chaque jour porte sa cause, on essaye de conserver notre petit bout d’identité", rappelle fièrement le doyen. La fête dure tard dans la nuit, au son du roulèr, du triangle et du kayamb, les instruments du maloya. L’un des refrains les plus connus de Firmin chante le quartier de Grand Bois, de l’autre côté de Saint-Pierre, à vingt minutes de là.
Une case créole à Grand Bois les Hauts
Protest songs en créole
Le lendemain, c’est d’ailleurs à Grand Bois que Gilbert Pounia, un autre pilier de la culture réunionnaise, célèbre la Fet Kaf et les trente ans d’existence de son groupe Ziskakan. Gilbert Pounia est en quelque sorte l’héritier de l’engagement des aînés comme Firmin Viry ou Granmoun Lélé. Fondé en 1979, Ziskakan, - "jusqu’à quand" en créole - interrogeait l’administration française sur la perpétuation de sa répression culturelle. Le groupe a en effet participé à une "movida créole", qui revendiquait le particularisme insulaire de la Réunion, autour de son histoire, sa langue et sa culture. En 1981, suite à l'élection de François Mitterand, la situation de l'île change et s'assouiplit considérablement. Avec ses protest songs en créole et son maloya métisse, Gilbert Pounia devient l’étendard de toute une génération. Après avoir tourné aux quatre coins du monde, notamment en Europe, aux Etats-Unis et surtout en Inde ces dernières années, Gilbert Pounia revient à Grand Bois, son village natal, pour fêter en "famille", ses trente ans de carrière.
Gilbert Pounia, le leader de Ziskakan dans l'usine en friche de Grand Bois
Sous le soleil vertical de l’après-midi, Gilbert Pounia se rappelle du quartier de son enfance. L’usine de canne de Grand Bois, son agitation et son odeur caramélisée. "L’histoire de ce quartier est étroitement liée à la culture de la canne commence- t-il. L’usine s’est implantée en 1833 et le besoin de main d’oeuvre a d’abord ramené des esclaves, puis, après le 20 décembre 1848, des "engagés". Ces travailleurs indiens, rodriguais, malgaches et comoriens étaient libres, mais tenus de respecter un contrat de travail de plusieurs années. Concrètement, ils vécurent souvent dans les mêmes conditions que les esclaves". Les arrière-grands-parents de Gilbert Pounia sont venus d’Inde et sont restés à la fin de leur contrat, comme beaucoup d’engagés. "Je me rappelle des petites cases, toutes construites autour de celles du grand-père", souligne-il en marchant vers l’usine en friche. La canne a tellement marqué l’histoire de la Réunion que lorsque l’abolition de l’esclavage fut proclamée, le 27 avril 1848, elle ne fut appliquée que huit mois plus tard sur l’île, afin de laisser les esclaves terminer la récolte. L’usine de Grand Bois a fermé en 1991, laissant désoeuvrés plusieurs hommes au sein de chaque famille.
L'usine de canne de Grand Blois au soleil couchant
La foisonnante créativité de La Réunion
Aujourd’hui, le village est coupé en deux par la route du littoral, qui relie toutes les communes du bas de l’île. Il s’asphyxie dans des bouchons encore plus interminables un 20 décembre que d’ordinaire. En ce jour, chaque commune rivalise d’imagination pour programmer les meilleurs artistes, qui tournent sur toute l’île avec parfois quatre ou cinq concerts le même soir. Sur la pelouse du stade de football de Grand Bois, l’association Pandiale de La Cafrine s’apprête à défiler avec ses tambours malbars (indiens). La jeune génération d’artistes réunionnais, incarnée par Maya Pounia, la talentueuse fille de Gilbert, Fabrice Bassonville, Gilles Lauret, Tiloun et Alex, défile sur scène.
Gilbert Pounia, devenu à son tour un patriarche rassembleur, veut désormais promouvoir leur foisonnante créativité. Alors qu’il fait déjà nuit, Ziskakan monte sur scène : les mamans ont amené des bancs, les enfants se poursuivent en courant et plusieurs centaines de personnes chantent à plein poumons les paroles de "Bato Fou", "Rico" ou "Madagascar". Datant des années 80 ou de l’année dernière, ces morceaux symbolisent toujours pour les Réunionnais l’ouverture et la liberté que Gilbert Pounia n’a jamais cessé de défendre en trente ans. Attablé à la buvette, un planteur des hauts sourit : "Gilbert, notre voisin, la fierté de Grand Bois, est revenu".
Eglantine Chabasseur
Et aussi:
-Les 24 et 25 avril La Cité de la Musique à Paris propose le cycle "Une île, Un Monde" autour des musiques de La Réunion et de Mayotte avec notamment Firmin Viry 06/04/2010 VOYAGES MUSIQUE ILE DE LA REUNION MALOYA
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// REACTIONSAnse 09/04/2010 La Réunion c'est une très belle Ile,avec des chansons propres à elle, rythmées et colorées. J'aime ses chansons et de Fred NICOLL "EXOTICA" soleil, plage,cocotiers... Pseudo * Votre réaction (2000 caractères maximum) * Code de sécurité >> En discuter sur le forum >> |
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