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ACTUALITELIVRE PHILIPPE BORDAS FREDERIC BRULY BOUABRE DOSSIER 50 ANS D'INDEPENDANCE AFRICAINE AFRIQUEFrédéric Bruly Bouabré, l’inventeur d’une écriture noire01/04/2010
Photographe rare, Philippe Bordas est aussi un grand écrivain. En ce 50ème anniversaire des Indépendances africaines, lire L’Invention de l’écriture, son troisième ouvrage, est l’occasion d’une initiation unique. "Témoin blanc d’une fable noire…une fable vraie", il signe un portrait ciselé de l’ivoirien Frédéric Bruly Bouabré, l’inventeur d’une écriture noire.
Enfant de la forêt, qui a "couru vers l’école pour fuir le travail forcé" et devenir le "meilleur apprenti de la langue des blancs", Bruly est aujourd’hui célébré comme "le plus grand artiste africain vivant". Ses dessins, réalisés sur papier cartonné aux crayons de couleurs et au stylo-bille, séjournent dans les galeries du monde entier. Sa littérature, elle, est ignorée. Une méprise à laquelle Philippe Bordas répond par un manifeste poétique. Son hommage à un créateur hors-norme : "dessinateur enlumineur" mais aussi "prophète poète".
Philippe Bordas a 30 ans lorsqu’il débarque à Abidjan. Il ne sait "rien, ni de l’ouest africain ni de l’œuvre du Vieux". Nous sommes le 11 mars 1993, soit quarante-cinq ans jour pour jour après la révélation solaire qui embrasa Bruly. Depuis, le "petit fonctionnaire ivoirien, gratte papier sous le colonat français", s’est dédié à sa prophétie. Il se fait appeler Cheick Nadro, "celui qui n’oublie pas" et a inventé une "écriture authentique d’Afrique". A partir du sol de sa terre – des petits cailloux noirs aux formes et aux reliefs singuliers, Bruly a donné une représentation graphique à une langue vernaculaire, la sienne, parlé dans l’ouest de la Cote d’Ivoire. Il n’a pas inventé dans sa langue, il a inventé l’écriture même : l’alphabet bété. Pour Philippe Bordas, c’est le choc. Cet enfant des lettres françaises, quasiment autodidacte lui aussi, a grandit dans le vide des cités h.l.m., sur un sol où rien ne s’enracine. Absorbé par le temps mythologique de Bruly, il se retrouve face à une "grande frappe", un "Champollion des bois", un "poète fondateur". Un homme, sommé par Dieu de renaître par le langage, de contrer le déficit d’arme de sa tribu par la puissance du verbe. Convaincu qu’il est impossible "de se libérer et de chanter sa liberté dans la langue d’autrui", Bruly a mis en place, au fil des années, une véritable mythographie. Il occupe ses matins et ses nuits "à l’établissement gigantique d’une encyclopédie". Une synthèse du monde, contenant notamment une adaptation bété de La Divine Comédie de Dante. Une œuvre poétique totale, déroutant "l’universel des blancs", et qui repose au milieu de la forêt, dans des sacs de riz, au fond d’une chapelle de terre rouge courue de fourmis et de termites.
Philippe Bordas a passé un mois aux côtés de ce "forgeron des mots". Son leica en main, il en a saisi la beauté et le tragique, l’aspect héroïque. Puis, il a "laissé la leçon murir…laissé le souvenir gercer". Dix-sept ans plus tard, Philippe Bordas a accepté d’être lui-même "une petite frappe", et dit qui fut Bruly devant lui. Pas de manière journalistique, voire ethnographique, "comme on fait tant sur l’Afrique pour en minorer la force". Non, à l’image de son modèle, son écriture est incantatoire, "piquante et légère comme une pluie d’Asie". Sa langue est frappante, violente, efficace. Elle bouscule le lecteur et lui impose la "jubilation d’une forte existence". Telle une adresse à l’atonie de la langue d’aujourd’hui, Philippe Bordas brasse les registres. Du donné français le plus lointain, au parlé des banlieues de Paris et d’Abidjan, il rassemble la puissance de la langue. En disciple de Ponge, Claudel et Céline, il refuse et l’oubli, sur son propre territoire, d’une écriture "batailleuse" et celui, au fond d’une chapelle-bibliothèque, du verbe noir. Car si "caillou", en bété, signifie "éternel", l’œuvre de Bruly, pourrait bien, si l’on y prend garde, "se perdre dans les sables de l’oralité".
Hortense Volle
L’invention de l’écriture, Fayard. En librairie.
Et aussi sur Mondomix.com:
-"50 ans d'indépendance africaine" : la fin des colonies
-Philippe Bordas présente "L'Afrique Héroïque" à la MEP 01/04/2010 LIVRE PHILIPPE BORDAS FREDERIC BRULY BOUABRE DOSSIER 50 ANS D'INDEPENDANCE AFRICAINE AFRIQUE
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// REACTIONSReinette 13/05/2011 En fait je ne comprends pas pourquoi vous parlez d'écriture noire.Ne s'agit-il pas d'un alphabet Bété?? L'Afrique n'est pas une grosse patate, c'est un continent avec plusieurs cultures qu'il ne faut à mon humble avis pas diluer dans le verre postcolonialiste occidental! Non? Mais bon, c'est peut-être moi qui ne comprends rien... Pseudo * Votre réaction (2000 caractères maximum) * Code de sécurité >> En discuter sur le forum >> |
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