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ACTUALITECINEMA FESTIVAL DU CINEMA ESPAGNOL DE NANTES CARLOS SAURACarlos Saura présente "Io, Don Giovanni" au Festival du Cinéma Espagnol de Nantes01/04/2010
Le réalisateur espagnol Carlos Saura est venu présenter sa dernière création au Festival du Cinéma Espagnol de Nantes. Coup de projecteur sur Io, Don Giovanni, un film entre opéra, théâtre et cinéma.
Venu présenter son nouveau film à Nantes dans le cadre du festival du Cinéma Espagnol, Carlos Saura a reçu à l’issue de la projection un tonnerre d’applaudissements. "Io, Don Giovanni est un film entre opéra, théâtre et cinéma" a précisé le cinéaste à son public, réuni pour l’occasion dans le Théâtre Graslin, haut lieu de la culture nantaise qui se prêtait particulièrement bien à cette diffusion. Nous l’avons rencontré le lendemain à l’Hôtel de Ville, lors d’une conférence de presse au sein de laquelle le quasi octogénaire a fait preuve d’un dynamisme redoutable.
Avec plus de quarante films à son actif, Saura fait partie des mastodontes de la culture espagnole, et rejoint ainsi ses maîtres Goya et Bunuel, aragonais comme lui. "Il y a peut-être trois chemins différents dans mon cinéma : des films qui racontent une histoire, des portraits d’artistes espagnols que j’admire, et des films musicaux. Io, Don Giovanni peut être vu comme une synthèse de ces trois courants". Considéré dans les années 60 comme le chef de file d’un cinéma espagnol puisant ses racines dans le néo-réalisme, en s’attaquant frontalement à la dictature, Saura s’est émancipé, avec la mort de Franco, de la représentation classique pour tendre vers un cinéma toujours plus artificiel et assumé comme tel. Mais si ses derniers films en date, Fados et Iberia, se tournaient résolument vers une mise en scène purement musicale, Io, Don Giovanni retrouve une forme narrative, très éloignée cependant de la reconstitution historique. "J’ai fait des films contre le système franquiste, mais l’Espagne a changé, j’ai changé, et donc mes films aussi. Aujourd’hui, je préfère faire des films musicaux, parce qu’ils me permettent d’expérimenter sur la lumière, la scénographie, le cadrage. Et parce que c’est un plaisir de filmer des artistes de tango ou de flamenco au travail" .
En s’attaquant au mythe de Dom Juan, Saura revisite ainsi le terreau de la culture espagnole en filmant le processus de création, comme il l’avait fait avec Carmen en 1983. Il utilise pour le coup le même dispositif, à savoir la mise en scène de la création d’un opéra, au sein de laquelle acteurs et metteurs en scène finissent par se confondre avec les personnages de la pièce. Dans ce jeu de miroir où da Ponte est le double de Dom Juan, on pourrait se demander, pour pousser un peu plus loin la mise en abyme, si ce n’est pas Saura lui-même qui transparaît derrière le personnage – le combat de da Ponte ou de Don Giovanni contre l’ordre établi rappelant fortement celui de Saura contre le franquisme avant 1975. Sur ce point, Saura se défend, amusé : "On me demande souvent si c’est moi-même derrière Don Giovanni. Mais ce n’est pas le cas : pour moi, Don Giovanni est un imbécile. Par contre, dans chaque homme, il y a un morceau de Don Giovanni, comme en chaque femme il y a du Carmen. Ils sont l’inconscient qui est présent dans chacun de nous". Cette distance à l’écart du personnage, on la comprend aisément à travers la morale que porte le film de Saura : si Don Giovanni, dans l’opéra de Mozart, refusait de se repentir et finissait en enfer, da Ponte, lui, dans Io, Don Giovanni, est sauvé par un amour pur qui le transforme et le libère de l’infidélité. "Da Ponte est le double de Don Giovanni jusqu’au moment où il tombe vraiment amoureux d’une femme. C’est une vision très romantique, mais je crois à la possibilité de sauver un personnage comme Don Giovanni par l’amour d’une femme".
Du haut de ses 78 ans, Saura prouve ainsi avec ce nouveau film que son esthétique est en constante évolution, tout comme le sens qu’il apporte à ses œuvres, Io, Don Giovanni rompant brutalement avec le pessimisme de ses films antérieurs.
Benjamin Dierstein
Et sur Mondomix.com: -La chronique de Io, Don Giovanni 01/04/2010 CINEMA FESTIVAL DU CINEMA ESPAGNOL DE NANTES CARLOS SAURA
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