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Loué soit Krishna !

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KRISHNANATTAM INDE FESTIVAL DE L'IMAGINAIRE

Loué soit Krishna !

03/03/2010

Subtil, délicat et raffiné, l’art du Krishnanattam, un théâtre rituel dansé originaire du Kerala, ouvre la 14ème édition du festival de L’Imaginaire, du 3 mars au 25 avril à Paris.

 

S’il fallait élire le dieu le plus populaire parmi toutes les divinités vénérées dans l’indouisme, sans aucun doute, ce serait Krishna le gagnant. Chaurasia, l’illustre guru de la flûte bansuri, lui a même fait édifier un temple sur la terrasse de sa maison. La vie de Krishna a valeur d’épopée. Elle se raconte à travers le Krishnanattam, un spectacle dévotionnel dédié à ce héros peu ordinaire.

 

Chant, musique, danse et poésie

 

Le Krishnanattam s’apparente à un genre d’opéra dans lequel se mêlent chant, musique, danse et poésie en sanskrit, la langue des lettrés. Les premières traces du Krishnanattam remonteraient à 4000, voire 5000 ans, mais dans sa forme actuelle, c’est au XVIIème siècle qu’il est apparu. " La montée du bouddhisme, ajoutée à la présence sur la côte du Kerala de communautés juives et chrétiennes, déstabilisaient le système des castes de l’indouisme explique Françoise Gründ, ethno-scénologue et cofondatrice de la Maison des Cultures du Monde. Dans l’idée de revaloriser celui-ci, le petit roi de Calicut décide de prendre l’histoire de Krishna pour en faire une sorte de rituel exemplaire. Il sera joué alors uniquement dans le temple de Guruvayur, situé à une trentaine de kilomètres de Thrissur (la capitale culturelle du Kerala, NDR). " Si, par la suite, d’autres troupes se sont emparées du Krishnanattam, aujourd’hui, celle du temple de Guruvayur est la seule à présenter ce théâtre rituel. " Le spectacle est uniquement financé par le temple, qui lui-même vit des aumônes des fidèles ", précise Françoise Gründ. Si des associations ou des comités d’entreprises achètent du Kathakali, la plus côtée des formes scéniques de l’Inde du Sud, ce n’est pas le cas pour le Krishnanattam, moins accessible du fait de l’utilisation du sanskrit. Un temple a du mal à entretenir une troupe dédiée à cet art, pour lequel il faut compter une douzaine d’années d’éducation rigoureuse avant d’en maîtriser les différents aspects.

 

Masques et démons

 

Le Krishnanattam est caractérisé par le maquillage des acteurs, proche de celui du Kathakali, et par le port de masques. Les démons, les méchants, portent des masques de bois peint et la mère de Krishna un masque ventral. En Inde, le Krishnanattam dure toute une nuit. Il se déroule le mois de la naissance de Krishna (équivalent à juillet en Occident), sur une période de huit nuits, chacune correspondant à un chant. Tous les rôles sont tenus par des hommes ou des jeunes gens, entrés dès l’âge de six ans dans le temple. Il n’y a jamais de femmes dans les drames dansés du Kerala et de l’Inde en général, rappelle Françoise Gründ, qui propose une explication à cette absence : " Le fait de jouer un rituel ou de faire du théâtre est une sorte de défi vis-àvis des forces d’un autre monde. Souvent, ces formes théâtralisées aboutissent à des états de conscience modifiée. " Il y a donc un risque pour l’acteur, qui se met en danger au cours de ce « voyage ». La femme assure la survie et la pérennité du groupe par l’enfant qu’elle porte, donc elle ne doit pas être exposée. " On protège cette espèce de matrice globale que représentent les femmes. Seuls les hommes peuvent prendre le risque de ne pas revenir indemnes. "

 

Patrick Labesse


03/03/2010
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