Scratch my Back, « gratte mon dos » : le nouvel album de Peter Gabriel propose des reprises de Lou Reed, Bon Iver, Paul Simon, Regina Spektor, Arcade Fire ou Radiohead, parées de somptueux arrangements orchestraux. C'est aussi un échange de bons procédés, puisque Gabriel a demandé à ces artistes de chanter à leur tour une de ses chansons, pour un disque à sortir courant 2010. Un bon prétexte pour sonder la matière musicale qui décida de son parcours hétéroclite.
Le premier disque que tu as acheté ? Le premier album des Beatles, avec "Love Me Do".
La première cassette ? Je me souviens juste de la première que j’ai enregistrée enfant. C’était Red River Rock de Johnny & The Hurricanes.
Le premier CD ? Aucune idée ! En revanche, je me rappelle parfaitement mon premier son sur un walkman : l’album "Music in a Doll’s House" du groupe Family. Puis "Quadrophenia" des Who.
Quels artistes t’ont donné envie de faire de la musique ? Ils sont innombrables ! J’aime tellement la musique ! Otis Redding et Nina Simone étaient mes chanteurs préférés, mais j’aimais aussi la Beat Music à ses débuts, avec les Beatles, les Stones, les Who, Small Faces, Yardbirds… C’était vraiment une période géniale, les balbutiements du rock, sa révolte contre les règles établies. J’écoute aussi de la musique classique, impressionniste, parfois même des hymnes religieux.
Quels artistes t’ont convaincu de devenir producteur ? Dès les premières années de Real World, nous avons travaillé avec des musiciens sensationnels comme les Sabri Brothers, Geoffrey Oryema, Ayub Ogada, Nusrat Fateh Ali Khan… Ils m’ont donné la flamme !
Lequel de tes albums conseillerais-tu à quelqu’un qui ne connaît pas ton travail ? La compilation Hit (2003) reste une bonne porte d’entrée.
Si je te dis « Afrique », à quel son/artiste penses-tu en premier ? Youssou N'Dour.
L’Amérique du Sud ? Si je ne devais en citer qu’un parmi tous ceux que j’affectionne, ce serait Caetano Veloso. Et puis Victor Jara pour ses engagements en faveur des Droits de l’Homme.
L’Europe ? Je ne sais pas. Pour tout vous dire, je ne suis pas pour la classification géographique des artistes, et c’est d’autant plus difficile en Europe qu'il y a énormément de brassage et de différences.
Quels artistes vivants ou morts rêverais-tu de réunir pour un projet ? Otis Redding, car c’est probablement le meilleur concert que j’ai vu de ma vie ; un compositeur anglais, Vaughan Williams, que j’adore ; Picasso ferait l’affaire, Fellini aussi, parce que je suis un grand fan. Enfin, j’aimerais convier le comique britannique, Spike Mulligan, dont je raffole.
Quels furent tes plus grandes réussites en tant que producteur ? Sans aucun doute le groupe The Elders, cofondé avec Nelson Mandela et l’homme d’affaire Richard Branson. Ses membres : Kofi Annan, Jimmy Carter, Mary Robinson, Lakhdar Brahimi*… Là, tu ne penses plus « musique » pure, mais il s’agit bel et bien d’un groupe. Une aventure passionnante !
Quel disque récent as-tu particulièrement aiméproduire ? Je ne l’ai pas produit, seulement réédité, mais j’adore le groupe Speed Caravan ! Je trouve leur musique géniale !
Quelles musiques te poussent à continuer l’aventure Real World ? Il y a plein de bons sons en ce moment, comme le Vertigo Quartet, Charlie Winston... Et puis Joseph Arthur !
Qu’écoutes-tu en ce moment-même ? Deux choses. Un nouvel artiste, qui souhaite qu’on le produise. Il s’appelle Aurelio, et sa musique est excellente. Et puis la Tibétaine Yungchen Lhamo.
Propos recueillis par Anne-Laure Lemancel
*The Elders : groupe indépendant de dirigeants influents, rassemblés entre autres par Nelson Mandela, qui partagent leurs expériences pour construire la paix, lutter contre les souffrances, et propager les grands intérêts de l’humanité.