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MIDEM 2010 : vive la crise du disque ?

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MIDEM 2010 : vive la crise du disque ?

27/01/2010

Depuis dimanche, des milliers de producteurs et de distributeurs de disques sont réunis à Cannes, pour le Midem. Deux livres permettent de pénétrer les coulisses de l'industrie musicale sans aller sur la Croisette. Par François Mauger (co-auteur avec Charlotte Dudignac de "La musique assiégée" (L'échappée, 2008)).


Le début de la fin de la chute ?

 

Comme chaque année en cette saison, les responsables de l'industrie musicale ont rendez-vous à Cannes, pour le Midem, le Marché International de la Musique et de l’Edition Musicale. C'est pour eux l'occasion de rencontrer des partenaires du monde entier mais aussi de s'informer des nouvelles tendances et de faire un bilan de l'année écoulée.


Justement, les premiers chiffres tombent et ils ne sont plus désespérants. La chute des ventes de disques se poursuit mais semble ralentir. Le SNEP (Syndicat National de l’Edition Phonographique) a annoncé pour 2009 une baisse totale de 3,2%, alors qu’elle était de 15% l’année précédente. Beaucoup de professionnels se prennent donc à rêver d'une stabilisation du marché à cette hauteur. Sans vouloir à tout prix briser leurs rêves, il faudrait peut-être leur rappeler que c'est la mort de Michael Jackson qui a inversé la tendance et qu'une telle émotion populaire ne se reproduira pas souvent. Les professionnels ont, de toutes façons, un autre motif de réjouissance : les ventes numériques continuent de progresser.





Les cinq ténors de l'industrie musicale

 

Dans ce climat moins morose que d’ordinaire, l'ironie du titre du livre d’Emmanuel Torregano prête à sourire. Baptisé « Vive la crise du disque », cet essai paru la semaine dernière est basé sur des conversations avec cinq ténors de l’industrie musicale : Pascal Nègre (PDG d’Universal Music France), Thierry Chassagne (directeur de Warner Music France), Stephan Bourdoiseau (fondateur de Wagram), Patrick Zelnik (responsable de Naïve) et Bernard Miyet (président de la Sacem). C’est dire si l’affiche est excitante : l’auteur nous introduit dans les coulisses, là où les décisions les plus importantes se prennent. La conversation porte sur l’impréparation de l’industrie du disque au moment où Internet est arrivé (les témoins reconnaissent avoir commis des erreurs), sur la diversification vers le spectacle ou le merchandising, sur les nouvelles formes de commercialisation sur Internet, … Le lecteur apprend ainsi que les majors cherchent désormais à acquérir le capital des nouveaux acteurs d’Internet, tels que MySpace Music. Mais, à laisser ainsi les dirigeants de maison de disque s’exprimer, Emmanuel Torregano les autorise parfois à user de mauvaise foi, voire à noyer quelques poissons peu frais. La question de la part des artistes sur les revenus digitaux, par exemple, est ravalée avant que la question ne soit réellement éclaircie.

 

Dans le brouillard

 

Au final, cet essai permet de saisir les différences entre les uns et les autres. Deux camps s’opposent assez clairement : celui des indépendants, relativement compréhensif envers les dérives qu’ont provoquées les nouvelles technologies, et celui des majors, plus soucieuses de contrôle. Mais il apporte peu de révélations. L’avenir de l’économie de la musique reste, une fois le livre clos, toujours aussi énigmatique. Et c’est bien normal : même s'ils sont brillants, ces cinq responsables de l’industrie musicale ne sont pas pour autant extra-lucides. Ils avancent dans le même brouillard que tout le monde.





Portrait de groupe

 

Dans un esprit radicalement différent, « Les Musiciens dans la révolution numérique » donne la parole à 700 musiciens. Ici, pas la moindre star. Aucun nom n’est d’ailleurs cité. Les 700 musiciens en question ont répondu anonymement à un long sondage sur leurs conditions de travail et leur rapport aux nouvelles technologies. Il en ressort un portrait de groupe contrasté.



Ce petit livre commence par rappeler que les musiciens sont rarement les mieux lotis dans notre société. Malgré un niveau d'étude supérieur à la moyenne, 25% des musiciens interrogés vivent sous le seuil de pauvreté (fixé à 9000 euros par an), alors que la moyenne nationale n'est que de 15%. Dans le domaine des musiques du monde, ce chiffre monte même à 37,4%.



Et pourtant, l'immense majorité des musiciens interrogés utilise plus souvent les nouvelles technologies que le reste de la population. 89% ont accès au haut débit, alors que la moyenne française n'est encore que de 58%. 64% disposent d'un site web pour présenter leur travail. 60% utilisent un home studio et se préparent à s'auto-produire.

 

Quel musicien êtes-vous ?

 

Si les résultats sont assez homogènes quand il s'agit de l'utilisation que les musiciens font des nouvelles technologies, les réactions à l'usage qu'en font les internautes sont plus diverses.

La majorité considère que le piratage a eu un effet négatif sur ses ventes de disques. 45% des musiciens interrogés estime que le piratage a amené plus de public à ses concerts mais le plus grand nombre pense que cette pratique ne change rien sur ce plan.

10% des musiciens dont les œuvres se trouvent sur les réseaux peer to peer affirment être ravis de cette situation. 18,5% y sont indifférents. Mais la majorité la regrette.

Globalement, les musiciens restent attaché au CD. Seuls 16% envisagent de ne plus faire circuler leur travail que sous une forme totalement dématérialisée.

Parmi les solutions possibles à la crise du disque, seuls 31,2% seraient favorables à une distribution gratuite de leur travail financée par la publicité. La fixation du prix par les consommateurs, sur le modèle de ce qu'a fait Radiohead pour « In Rainbows », est encore plus contestée : elle ne reçoit que 23,8% d'opinions favorables. La seule solution nouvelle admissible par une majorité de musiciens semble être l'abonnement forfaitaire donnant le droit à des téléchargements illimités.

 



Ce n'est qu'un début, continuons le débat

 

L'abonnement à une offre illimitée est justement l'une des solutions qui revient le plus souvent dans les discours qu’Emmanuel Torregano a retranscrits. Une pratique pour l’instant peu populaire mais qui rappelle étrangement la notion de « licence globale ». Malgré les lois qui ont été promulguées depuis, aucune solution consensuelle à la crise du disque n’a donc été trouvée. Le débat est loin d’être clos. Pour suivre ses soubresauts, il faudra s’armer du livre d’Emmanuel Torregano, qui éclaire les manœuvres des grandes entreprises, mais aussi de « Les Musiciens dans la révolution numérique », qui précise les espoirs et les inquiétudes de ceux sans qui ce débat n’aura jamais de fin, les musiciens.

 

Sources :

- Emmanuel Torregano, « Vive la crise du disque », Editions "Les carnets de l’info" , 172 pages, 21 euros.

- Maya Bacache, Marc Bourreau, Michel Gensollen & François Moreau, « Les Musiciens dans la révolution numérique », Editions Irma, 122 pages, 10 euros


Et aussi sur Mondomix :


- La musique, deuxième loisir préféré des Français

 

 


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