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Kalahari Surfers raconte la musique sud africaine contestataire sous l'Apartheid

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MUSIQUE INTERVIEW MONDOMIX UK KALAHARI SURFERS AFRIQUE DU SUD APARTHEID

Kalahari Surfers raconte la musique sud africaine contestataire sous l'Apartheid

13/01/2010

Nos amis de Mondomix UK ont rencontré Warrick Sony, alias Kalahari Surfers, l’avant garde de la musique engagée sud- africaine, en prévision du prochain African Souls Rebels tour au Royaume Uni, auquel participera aussi Oumou Sangare et l’Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou.

 

“Je suis un Africain mais je suis aussi un esprit rebelle. C’est donc évident qu’il faut que je participe à cette tournée ». Warrick Sony parle simplement et doucement, mais sa voix masque mal une personnalité angoissée en complexe. Ce pionner Sud-Africain du non conformisme a toujours été sensible aux opinions politiques qui l’entourent, absorbant le meilleur de ce qu’il entend et défiant le pire. L’éducation musicale du fondateur des Kalahari Surfers s'est faite pendant l’Apartheid, une période au cours de laquelle la loi était dictée par une élite politique raciste, farouchement chrétienne et fortement anti-communiste.

 

“Ce que je fais est très éclectique”, dit il, faisant référence à sa musique, avec son accent sud-africain pensif et mélodieux. Ses phrases semblent flotter. Lorsque j’ai l’impression que sa voix se pose et que je m’apprête à poser une question, il se lance à nouveau dans de nouvelles réflexions. « J’ai grandi avec l’idée de la guitare” dit il. Il prend une autre pause. « Le rock était la norme en musique. Puis j’ai grandi à Durban, une ville qui avait la plus grande communauté indienne du monde hors de l’Inde. J’ai été très influencé par la culture et la musique indienne. Je prenais des leçons à l’école Hindou. J’ai appris la tabla et découvert la musique sunnite. Et j’ai aussi été influencé par la manière dont les Zoulous jouent et par le Shanga du Mozambique ».

 



Sony parle de l’époque où il était membre de la section des cuivres d’un groupe de l’armée, jouait de la corne B- Flat (l’euphonium) et pendant laquelle il a appris la batterie en autodidacte. Il a été finalement libéré du service militaire obligatoire au terme d’une grève de la faim de 30 jours pendant laquelle il n’absorbait que de l’eau. «Et puis le punk est apparu. On était en 1977 » ajoute t’il de manière abrupte. « Mon père est revenu de Londres avec un tas de disques de punk; The Pistols, The Clash, The Boomtown Rats et du reggae…Le Reggae a marqué un tournant. Je pratiquais la basse en pensant que je pourrais être Stanley Clarke et puis j’ai réalisé que je pourrais le faire à l’Africaine, c’est à dire que moins tu joues, plus tu es puissant. »

 

Son premier album “Own Affairs” est sorti en 1984 grâce à Recommended Records, le label londonien radical de Chris Cutler. “Leurs éléments punk et Africains ont eu un grand impact. Mais ils m’ont aussi beaucoup influencé au niveau politique. Ces gars étaient de sérieux communistes, des Trotskystes même…” Ensemble, ils ont produit le second album de Sony, Living in the Heart of the Beast en 1985, acclamé par la critique. Les Kalahari Surfers aspirent alors à utiliser l’attitude radicale du mouvement punk pour lutter contre un régime politique ultra conservateur. Prenant comme modèle les premiers albums de Frank Zappa, Sony commence à couper des tapes et à reformuler des enregistrements de discours politiques, offrant ainsi à la jeunesse du pays des commentaires sociaux ironiques voir virulents. “A l’époque, ceux qui contrôlaient les medias contrôlaient les esprits” raconte Sony. Il lance alors son propre mouvement contestataire. Quel en a été l’impact ? “Une éclaboussure et une petite vague” dit il. “En Afrique du Sud à l’époque, peu de gens parlaient ouvertement. J’ai crée un précédent légal pour un de mes albums qui a été censure.” Sony fait ici référence à son album Bigger Than Jesus, produit en 1989. Le titre est un clin d’œil aux déclarations controversées de Lennon en 1966. Le chanteur des Beatles a été assassiné en 1980. En 1989, Salman Rushdie, menacé par une fatwa pour ses Versets Sataniques, a été interrompu pendant un discours qu’il tenait à Cap Town à cause d’une alerte à la bombe. “J’étais choqué à la fois par la censure et par le fait que l’on puisse mourir pour l’art.” raconte Sony.

 

Bien que présenté comme un collectif, Kalahari Surfers est en fait l’alias perso de Sony depuis longtemps, le protégeant contre tout type de persécution de la part des autorités Sud Africaines. Mais Warrick Sony a cherché bien plus que de provoquer à travers les années, en s’engageant auprès de nombreux artistes sur scène et par le biais de collaborations musicales, avec par exemple le poète de Soweto Lesego Rampolokeng, dont les contributions ont donné à Sony une substance lyrique qu’il recherchait et qui l’accompagnera lors de sa prochaine tournée. Leur travail en commun confirme les premiers dires de Sony : les Kalahari Surfers sont de véritables esprits rebelles africains.

 

African Soul Rebels 2010 UK tour Avec: Oumou Sangare, Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou et Kalahari Surfers avec Lesego Rampolokeng

Tout le programme sur: www.musicbeyondmainstream.org.uk/

  

 Harry Johnstone

 
 

  •  A voir aussi sur Mondomix.com :


- 2010 : année de l'Afrique du Sud

- Afrique du Sud : Entre dièses et bémols

 

 


13/01/2010
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