C'est avec un immense tristesse que nous avons appris la disparition de la chanteuse américano-mexicaine Lhasa de Sela. Elle s'est éteinte à Montréal dans la nuit du 1er janvier 2010 à l'âge de 37 ans suite à un cancer du sein. Retour sur la carrière d'une artiste exceptionnelle disparue trop tôt.
Lhasa de Sela naît saltimbanque, pendant sept années, ses parents ne cessent de sillonner les Amériques dans un autobus transformé en école de la vie. Cette perpétuelle mobilité inspire à Lhasa de Sela des histoires qu’elle chantonne le nez collé à la vitre en regardant s’envoler la route. Sa sensibilité trouve sans doute sa source au confluent du Mexique de son écrivain de père et de l’Amérique de sa mère, photographe. D’eux, elle a hérité le sens des mots et des images (elle écrit ses textes et dessine ses pochettes de disque). Elle a développé son talent vocal limpide en chantant, dès l’âge de 13 ans, dans les petits cafés grecs de San Francisco, les rengaines mexicaines et les plaintes de Billie Holliday. Son inspiration vient peut-être de l’écoute répétée de ses maîtres, Chavela Vargas, Tom Waits, Cuco Sanchez, Maria Callas, Victor Jara et Jacques Brel, mais son univers s’est cristallisé au contact du multi-instrumentiste canadien Yves Desrosiers, qui signe avec elle les chansons de son premier album, "La Llorona". L’ancien acolyte de Jean Leloup est également responsable des arrangements et de la réalisation artistique de ce disque qui entre en lévitation et se vend à près de 500 000 exemplaires. Ce qui est un phénomène naturel pour une artiste qui porte le nom de la capitale du Tibet.
La pression du succès devient telle que la jeune artiste prend du recul avec sa carrière. Ses obligations scéniques terminées, elle rejoint ses sœurs en Bourgogne et renoue avec la vie nomade de leur enfance en montant un spectacle de cirque. Sur la piste Lhasa chante et enchante. Le spectacle terminé elle se joint à toute la troupe pour démonter le chapiteau avant de reprendre la route. Un an après, l'aventure se termine et elle s'installe à Marseille pendant trois ans, petit à petit les chansons s'accumulent. En automne 2002 elle entre en studio avec des musiciens français dont Vincent Segal et Cyril Attef, mais le rythme de travail dans un studio parisien ne lui convient pas. Tout coûte trop cher pour ne pas aller trop vite. Elle cesse l'enregistrement conserve quelques idées d'arrangements et retourne à Montréal finir "The Living Road" à un rythme qui lui convient davantage. François Lalonde et Jean Massicotte, complices déjà présent lors de la productions de La LLorona habillent les chansons écrites en trois langues, espagnol, anglais et français, avec inventivité et délicatesse. Ils réussissent si bien à retranscrire l’univers de Lhasa qu’elle présente «The living road» comme une étant une collection de musiques traditionnelles de son imaginaire.
En 2009, la chanteuse publie son ultime album, "Lhasa". Seule responsable de la réalisation de cet album, la chanteuse a favorisé l’instant partagé et s’est mise à nue, mais il apparaît très vite que son monde n'a rien perdu de sa singularité. Elle a pris soin d’y injecter les quatre éléments essentiels à la vie : le tempo terrestre de la section rythmique, les envolées aériennes de la pedal steel guitare, les ondulations aquatiques de la harpe et surtout le feu sacré de sa voix. Ainsi ont pu éclore et s’épanouir ses chansons fragiles, conçues dans l’apesanteur des rêves. Par cousinage, plus que par imitation, il est possible, ici et là, de penser à d'autres artistes : Nico pour la plainte élégiaque de What kind of heart, ou David Lynch pour le côté orchestre d’hôtel chic et fantôme sur The lonely spider ou Love came here. Les réverbérations marécageuses de la guitare dans A thousand and one nights peuvent, quant à elles, évoquer La Nuit du Chasseur de Charles Laughton. Mais ces clins d’œil, volontaires ou non, sont du meilleur goût et ne brouillent en rien la personnalité envoûtante de ce disque qui complète avec force la discographie sans faute d’une artiste majeure de notre époque.
oh non!! c'est pas possible!! quelle tristesse; putain de crabe, pourquoi elle?? Impossible de réécouter ses disques aujourd'hui sans avoir une grosse boule dans la gorge... mais la force de ses chansons, de sa voix se patineront de douceur et de profondeur avec le temps (qu'elle savait prendre!) elle nous laisse au moins ça. Chao Lhasa; une pensée pour sa famille, ses proches... Les petites filles sages vont au paradis, les autres ou elles veulent! ou es tu aujourd'hui Lahsa?
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