|
|||||||
ACTUALITEINTERVIEW CINEMA D'UNE SEULE VOIX MUSIQUE PALESTINE ISRAEL XAVIER DE LAUZANNEEntretien avec Xavier de Lauzanne, réalisateur du film "D'une seule voix"19/11/2009
Témoin privilégié d’une expérience humaine exceptionnelle, qui a réunit des musiciens israéliens et palestiniens lors d’une tournée en France, le cinéaste Xavier de Lauzanne en a tiré un documentaire et gardé des souvenirs. Entretien. Comment avez-vous débarqué dans cette aventure humaine ? Xavier de Lauzanne : Par hasard. A l'origine, il était question d'un reportage pour une chaîne du câble, KTO. Je devais prendre les images d'un concert israëlo-palestinien. Et puis je rencontre ce type, Jean-Yves Labat, qui a réussi à faire sortir des Palestiniens pour qu'ils se produisent sur scène. J'étais très impressionné et, en même temps, curieux de découvrir les coulisses de ce genre d'aventures. Il m'a alors révélé qu'il avait un projet en France : emmener en tournée des chanteurs israéliens et palestiniens. Les réunir sur scène le temps d'une série de concert. La bande annonce : Drôle de bonhomme, quand même ! XDL : Oui, c'est un type assez étrange. Il était musicien, clavier pour être exact. Dans les années 1970, il a joué avec un groupe aujourd'hui tombé dans l'oubli : Utopia (projet du musicien, producteur américain Todd Rundgren ndlr). Les excès de sa carrière l'ont un peu détruit, mais il a fini par se recentrer sur l'essentiel. Son premier projet et défi aura été de reconstituer la chorale de Sarajevo. Puis il est tombé sur le problème israélo-palestinien et s'est mis en tête de faire chanter les deux communautés ensemble. De cette initiative un peu folle, est d'abord sorti un disque, Une Seule Voix, puis cette tournée en France sur laquelle je me suis greffé. Quelle est votre motivation ici ? Le conflit israélo-palestinien ? XDL : Non. La politique m'intéresse peu. D'ailleurs je ne connaissais rien du conflit. A part un avis arbitraire sur la question, comme tout le monde. Mais filmer les liens entre des gens différents, ça, c'est passionnant. Toute ma carrière, j'ai essayé de me concentrer sur l'humain, en filmant le travail d'associations humanitaires par exemple. D'une seule voix est la suite logique de ce parcours. Tout de même, avec un sujet pareil, c'est difficile d'évacuer la question du conflit. Tout du long, on assiste à des frictions entre Israéliens et Palestiniens à cause de paroles ou de gestes déplacés. La sphère politique n'est jamais bien loin... XDL : C'est vrai, mais ce n'était pas le sujet.Ou en tout cas pas l'enjeu. Je ne cherche pas à régler le problème là-bas, juste à filmer un rapprochement entre des gens qui ne se parlent plus. Blocage politique n'entend pas forcément blocage humain. C'est la grande force de l'expression artistique et, par ricochet, le message du film. Pour autant, D'une seule voix n’a pas une approche naïve ou béate. On sort de là avec un arrière-goût dans la bouche. Malgré les concerts, malgré l'expérience humaine, c'est la lucidité qui prédomine dans les paroles de chaque bord. Pas l'espoir. XDL : C'est impossible pour eux d'espérer un changement à court ou moyen terme. Alors forcément, quand ils s'expriment sur la réalité politique, ils sont amers. On ne peut pas évacuer ça. Vous savez, au départ, ce qui a motivé tous ces chanteurs, ce n'est pas l'expérience humaine, ni le message pacifiste, mais la possibilité de chanter sur scène. C'est tout. C'est au fur et à mesure que les amitiés se sont créées. Ce moment où ils dansent tous sur scène, jamais je n'aurais pu le filmer au début de la tournée. Ils l'ont fait spontanément, au bout de plusieurs semaines de cohabitation. Trois ans après cette aventure, que reste-t-il de tout ça ? XDL : Le bilan est inévitablement contrasté. Mais, en règle générale, l'expérience a laissé des traces chez ces artistes. Lorsque j'ai présenté le film en juin à Jérusalem, j'en ai profité pour aller les voir chez eux. Tous m'ont remercié de les avoir montrés sous un autre jour. J'ai alors découvert que, parmi les chanteurs, certains radicaux de droite israéliens changeaient doucement de bord. Qu'une chanteuse avait fait le choix d'éviter un paragraphe douteux sur les Arabes dans une chanson traditionnelle. Quelques groupes se voient même régulièrement pour trouver un moyen de s'accorder entre Israéliens et Palestiniens. Preuve qu'il ne faut pas sous-estimer ce genre d'initiatives. La société civile peut changer des choses. Mais ce n'est pas Hollywood non plus. Le beau couple que formaient Eti, artiste pop israélienne et Saz, rappeur arabe, ne chantent plus ensemble. Ils n'ont pas été encouragés. Saz est un jeune homme étonnant, très mature dans sa réflexion. Mais il vit une désillusion, il n'est plus dans le même état d'esprit depuis la dernière guerre du Liban. Il est fier d'avoir vécu cette expérience, mais il ne recommencera que lorsque la situation aura évolué. * La conclusion est d'ailleurs terrible. Un carton nous apprend le décès d'un des chanteurs arabes lors de cette guerre. Un choriste que l'on n'avait même pas remarqué... XDL : C'était un type charmant. Très discret. Je ne l'ai pas choisi comme personnage majeur du film, mais je n'ai aucun regret. Le bouleversement discret de sa mort en devient d'autant plus symbolique. Avec une boule dans la gorge, j'ai demandé à sa femme si elle voulait dire quelques mots du drame. Très digne, elle a simplement lâché : « J'espère juste que ça servira à quelques chose. »
19/11/2009 INTERVIEW CINEMA D'UNE SEULE VOIX MUSIQUE PALESTINE ISRAEL XAVIER DE LAUZANNE
// LIRE AUSSI
// REACTIONSPseudo * Votre réaction (2000 caractères maximum) * Code de sécurité >> En discuter sur le forum >> |
PUBLICITÉ
Les blogs Mondomix
Samarra
Cosmomix
Babel Med Music
Festival Sakifo 2011
Festival de Fès des Musiques Sacrées 2011
Le Ricaneur Masqué
Le blog à Pat
Accordéon et Accordéonistes
L'Afrique Enchantée
Puglia Sounds | ||||||
|
|||||||
Musiques et cultures dans le Monde. Magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète |
|||||||
| All rights reserved. Copy prohibited © 1998 - 2010 Mondomix Media | |||||||