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Yvan Le Bolloc'h :

Yvan Le Bolloc'h : "Le flamenco c'est l'héritage de tout un peuple, tu ne peux pas en jouer impunément, ça t'engage trop".

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14/09/2009

Après le succès de la série TV Caméra café, le comédien Yvan Le Bolloc'h s'est lancé dans une aventure musicale placée sous le signe de la rumba flamenca. Depuis quatre ans il fait danser les scènes de l'hexagone avec son groupe Ma guitare s'appelle revient. Snobé par la presse (et oui la rançon du succès TV), le breton n'a pas lâché l'affaire et est revenu cet été, en production indépendante cette fois-ci, avec un second album "Fiers et susceptibles". Rencontre avec un fou de musique flamenco.


Comment as-tu rencontré la musique dans ta vie ?
J’ai plus de quarante ans et d’aussi loin que je me souvienne, chez moi il n’y avait pas de chaîne stéréo. Je présume donc que la première approche que j’ai eu de la musique a dû passer par la radio parce que dans les années 60, il n'y avait pas encore beaucoup d’émissions ni de chaînes musicales en France, c’est donc vraisemblablement par la radio que j’ai été sensibilisé à la musique. Heureusement, après je me suis acheté un mange-disques et j’ai pu passer ma musique. Après il y a eu l’achat de la chaîne stéréo, puis le vol de la chaîne stéréo - parce qu’on l’a volé - pour pouvoir passer les trois ou quatre premiers disques qu’il y avait à la maison.


Quels étaient ces disques ?
Je me souviens qu'il y avait Les cœurs de l’armée rouge, Jean Ferrat, et après les premiers disques que j’ai achetés, Dark side of the moon et Animal des Pink Floyd et aussi les Rubetts... On peut pas toujours être parfait, les Rubetts c’est un groupe de variété super "don-bi" du milieu des années 70, les mecs avaient des costumes blancs avec des bérets qui leur vomissaient un peu sur le côté du visage... Après, ça a changé évidemment avec l'explosion musicale des années 70 et le "flower power". On commence à voir arriver des trucs qui viennent de Woodstock, Jefferson Airplanes, Hendrix, les premiers Bob Marley, Carlos Santana... C'était vraiment une période où la musique représentait quelque chose d'important. Mais on va dire que très vite mes goûts se sont métissés, j'en suis venu à écouter de la "musique de sans-papier" ! En fait, je crois que la porte d’entrée, ça a été Willy DeVille. Lui et son groupe, Mink DeVille, m'ont fait passer du rock au bayou, aux influences mexicaines et espagnoles. Sa version de Hey Joe, c'est quelque chose. Il a été la transition entre le rock et le latino, aidé en cela par Carlos Santana. Là il y a un truc "world music" qui m'a plu et qui m'a touché.


Quand as-tu acheté ta première guitare ?

La première guitare que j’ai eue, je l’ai volée ! Je suis rentré dans un magasin, j’ai poussé la porte, il n'y avait personne, je l’ai prise et j’ai couru pendant deux heures pour pas qu’on me suive. Comme tous les branleurs, je me suis dit « je vais la brancher et elle va jouer toute seule »...et quand je l'ai enfin branchée c’était juste une catastrophe et j'ai rapidement abandonné.


Quand as-tu véritablement commencé à jouer de la musique ?
J'avais 28 ans. Lorsque j’ai rencontré ma femme qui était une chanteuse de jazz, il y a eu un choc. En face de moi, il y avait quelqu’un qui avait une grande connaissance du jazz, musique extrêmement enrichissante et très pointue, et moi j'étais une espèce de sportif un peu mal dégrossi. Pour partager quelque chose avec elle, je me suis dit « on va faire de la musique » et j'ai pris des cours de guitare. Je voulais absolument faire l’intro de Stairway to Heaven (de Led Zepplin NDLR). J’aimais bien les Innocents aussi pour la guitare électrique, et surtout Hey Joe, enfin tous les trucs de Willy DeVille. J’allais aussi voir des potes qui jouaient dans les « frigos ». Ils jouaient mal mais ils connaissaient les fondamentaux du blues et pour un néophyte ça sonnait, ça me faisait envie. Du coup le fait d’avoir ces deux moteurs là, jouer avec ma femme et écouter mes potes qui martyrisaient leurs guitares, je me suis dit « pourquoi pas moi ? » et je me suis mis à bosser.


Pas trop difficile de commencer l'apprentissage d'un instrument à 28 ans ?
C’était dur car j’étais arythmique quand j’ai commencé la musique, comme quoi pour les gens qui vont lire cette interview, rien n’est perdu et puis c'est pas parce qu’on abandonne qu’on n’y revient pas. Je prenais une heure par semaine pour travailler mais en une heure par semaine, je travaillais cinq minutes par jour, donc j’avançais pas. Mais, quand même, avec Joe Groove et son orchestre (son premier groupe NDLR) on faisait des reprises et on a même fait quelques fêtes de la musique. Mais la musique que j’avais vraiment envie de jouer, que j’ai découvert au début des années 80, c’était les Gipsy King.


Peux-tu nous parler des Gypsy King ?
A cette époque j’étais journaliste à Europe 1. Je les ai vu débouler avant Bamboleo, mais ça faisait déjà 20 ans qu’ils étaient dans l’histoire. Leur père, Jose Reyes, travaillait avec Manitas De Plata, véritable monstre de la musique gypsy. Dans les années 60, Reyes et Manitas sont allés jouer au Carnegie Hall à New York. Lors de leur voyage, en bateau, ils ont rencontré Salvador Dali qui est devenu fou de leur musique. C'est à travers toute cette histoire que j’ai découvert les Gipsy King. Je les ai fait donc venir à Europe 1 lorsque j'y animais une émission musicale et je suis tombé en amour de leur musique. Ca aussi été la bande originale de mon histoire d’amour avec ma femme, nous écoutions que ça. Les Gipsy King c'est très romantique et à la fois très violent. Enfin si tu écoutes Volare, ça va infirmer mon propos, mais si tu écoutes les premiers albums où il n’y a pas de batterie et où il n'y a que des grattes, les palmas et les voix, "ça tabasse mémé à coup de jambon" !


Tu t'es donc dit qu'il fallait que tu joues du flamenco...

J’écoutais mais je voyais absolument aucune ouverture, c’était un fantasme, c’est comme si d'un seul coup tu te disais « je vais jouer comme Carlos Santana » - et encore Santana c'est plus facile car avec beaucoup de travail c'est possible, alors que la musique gitane requiert tout un travail technique souterrain. Bon aujourd'hui c'est peut être un peu plus facile d'y accéder car il y a des sites internet formidables comme celui de Frankie Flamenco (
http://www.flamenco-rumba.com/), qui donne des cours de rumba. Mais à l’époque, tu écoutais et tu te demandais « comment ils font ? ».


C’est vrai que pour le jeu de guitare flamenco, comme pour le swing manouche, il y a une technique particulière...

Les joueurs de flamenco pincent les cordes de la guitares, mais - comme ils n'ont pas de ronds pour avoir des percussionnistes !- ils tapent aussi sur la table de la guitare avec un mouvement très particulier du poignet sur la caisse. Et si personne ne te l’explique et ne te le montre, tu ne peux pas le choper. Si tu croises pas un gitan qui est bien disposé, de bonne humeur et qui va te dire « Assieds-toi là, je vais te prendre dix minutes, je vais te décomposer le mouvement aller-retour de la main qui fait la rythmique » et bien tu n'y arrives pas. Ce mouvement c'est le compas. Après eux, ils appellent ça « le ventilateur » parce que ta main fait une espèce de ventilateur. Après des compas il y en a plein d’autres, soit avec le pouce soit avec la paume, ou encore avec ce qu’on appelle le « golpe », ils font résonner la caisse. C’est pour ça que quand les Gipsy King vont aux USA, tu as tous les plus grands guitaristes comme Clapton qui vont les voir et qui leur disent : « Mais, c’est quoi ? Comment on fait ? ».

Quand et comment commences tu l'apprentissage de la rumba flamenca ?
Au début j'ai essayé avec une guitare acoustique et un médiator mais pour le coup, j’étais tellement loin de ce qu’il fallait faire ! A ce moment, je tournais la dernière saison de Caméra café. J'étais dans un bureau de prod et puis, en passant comme ça, je vois un mec avec un disque à côté de lui en train de discuter avec une autre personne. Il avait une guitare sur les genoux et je lui ai demandé s’il pouvait m’apprendre le secret du compas. Cet homme - il s'est avéré que c’est un grand joueur de flamenco qui s’appelle Jean-Philippe Bruckman - me dit qu'il le ferait mais que ça prendrait beaucoup de temps. Je lui ai répondu que je devais finir de tourner les 300 derniers épisodes de Caméra café et que l’année prochaine, je l’appellerais. Il s'est dit « oui oui c’est ça ». Un an plus tard je le rappelle et je déboule chez lui, mais avec une guitare folk qui ne faisait pas l’affaire car les rumberos jouent avec des guitares qui frisent. Pour eux, ce qui est pratique c’est quand les cordes ne sont pas loin de la caisse pour le fameux mouvement du ventilateur. On a alors commencé par démonter le sillet. Puis quand j'ai sorti mon médiator et il m'a demandé : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ?». Je lui dis que c’est pour faire les chorus. Là il a pris le médiator et l’a jeté par la fenêtre en me disant « ça c’est terminé, t’oublies !». De là je me suis mis à bosser, et c'est devenu mon obsession. J’ai pris une année sabbatique pour me consacrer exclusivement à l'apprentissage de la guitare.


Comment arrive le projet de monter ton groupe Ma guitare s'appelle revient ?

Quand tu deviens instrumentiste, ta guitare c’est ton sac à main et tu te sens mal quand tu joues pas une journée, tu culpabilises, enfin surtout moi. Un moment on m’appelait même Joe-tendinite tellement je me crispais. Bref, je descends avec ma gratte dans le sud de la France pour le tournage du 284e film de Jean-Pierre Mocky, « Le Bénévole ». Sur place, je dis au directeur de prod : « là on est quand même à Béziers, c’est quand même une terre de flamenco, tu peux me faire rencontrer deux trois « Tanges » ?». Il a accepté et a invité mes deux petits gitans avec "leurs guitares en contre-plaqué", Yannis et Patrick, qui vont devenir respectivement, l'un des chanteurs de Ma Guitare s’appelle revient et le guitariste soliste du groupe. C’est plein d’aventures mais grosso modo, je les rencontre et là je peux enfin expérimenter, apprendre avec des gens qui sont nés dedans. Ces mecs ils n'ont pas la télé, ils savent pas qui je suis, donc ça met les choses bien à plat. On fait l’émission de radio, on fait un petit bœuf et on boit des verres, quatre, cinq... Après, ils me demandent ce que je fais le soir, et moi je leur réponds que je vais mener ma vie d’acteur célibataire, retourner à l’hôtel et me caler devant la énième rediffusion de Plus belle la vie ! Là, ils me poussent à l'arrière d'une merco et je me retrouve encadré par deux gros tanges. On a fait la tournée des grands ducs, les pizzerias, les bodegas, jusqu’à quatre heures du matin et on finit avec une bonne bagarre générale. C’était le kif quoi. Le lendemain j’appelle ma femme, mes gosses, je leur raconte que je suis tombé sur des gitans formidables et je vais les chercher. Nous passons alors la fin de l’été avec eux, à faire les campings et moi, je jouais tous les soirs, avec une moustache, personne ne me repérait et j’étais heureux.

En fait c’est une histoire d’amitié, c’est des nouveaux potes ?
De toute façon un groupe c’est une histoire d’amitié, c’est même plus que ça, c’est une histoire de famille. C’est-à-dire qu’après, tout le monde se tient. Après c’est les joies et les souffrances mais c'est évidemment une famille parce que c'est tellement difficile, et c'est pas parce que je m’appelle Yvan Le Bolloc'h que c’est pavé de roses. Au début on peut se le dire mais très vite tu déchantes. Tu te prends la réalité en pleine face et tu te dis « la musique c'est ça, c’est vraiment un métier de crève-la-faim » !


Comment s'est passé la signature de votre premier disque ?
Comme je te le disais, je sors de mon été avec les tanges. La rentrée arrive, chacun rentre chez soi et voilà, on a passé un bon moment mais c'est tout. Pour la fête de fin du tournage du film, j'ai les invite à revenir, on branche les grattes et on fait deux trois chansons. Et ça le fait ! Je me dis alors qu'il faut quand même faire une maquette. Je fais venir Yannis, on se filme sur quelques morceaux et on met ça de côté. Trois mois après je reçois un coup de fil de Stéphane Bern qui me dit « Yvan, je suis dans la merde, j'ai un chanteur qui s'est désisté. On n’en trouve pas d’autres, est-ce que tu peux me sauver la mise ? ». Je lui réponds : « Pas de soucis, mais je viens avec des gitans et on fera de la musique ». Il me dit « nous c’est en direct » et je lui réponds « mais attends, tu crois quoi toi ? ». En fait j’y vais au bluff, je lui dis que nous ne sommes pas des amateurs. J’appelle et fait venir Yannis avec sa chanson Mi café déjà enregistrée. On monte donc une formation rapide et ça déchire. Public debout et tout. Je me décide donc à aller pousser la porte des maisons de disques pour tenter notre chance. Je fais la tournée. Warner est intéressé mais seulement pour un single. Mais moi je fais pas ça pour faire un single. Après quelques refus, je finis avec Valérie Michelin de Columbia. Je veux lui faire voir le DVD mais elle me répond : « non non, moi je fais de la musique pas de la télé donc j’écoute ». Elle écoute la maquette, me dit que c’est intéressant mais qu'elle veut en écouer plus. Alors elle me dit : « vous revenez dans 15 jours avec le groupe et vous me faîtes l’album dans mon bureau. Vous êtes prêts de toute façon ? ». Ben ouais, bien sûr, tout au bluff. Et là j’appelle les gars et je fais « Ramène ta fraise, faut qu’on marne ». A fond pendant 10 jours dans la cave, chez moi, je fais venir Yannis de Béziers et là, il y avait des embryons de chansons, on en développe quatre, cinq sérieusement et quinze jours après on va dans le bureau de Michelin et on lui fait les titres dans son bureau. Elle écoute, elle va vers le frigo, sort une bouteille de champ' et me dit « bravo, vous avez signé chez Colombia ». La classe !


Le 9 juillet avec Ma guitare vous avez sorti votre deuxième album, Fiers et susceptibles. Vous êtes bien rôdés maintenant ?

Avec Ma Guitare, ça fait quatre ans maintenant qu’on existe et on a dû faire 200 concerts. Par rapport au premier album, la différence c'est qu' il est autoproduit. On fait donc ce qu’on veut. Remarque sur le premier on faisait aussi ce qu’on voulait mais là, c’est différent parce que c’est notre argent, donc nous essayons de l’utiliser intelligemment et de le mettre là où il faut. Maintenant on n’a plus aucun complexe. Au début, j'en avais des complexes, je n'avais pas encore mis "les couilles sur la table" et quatre ans après, je sais que la musique qu’on fait, à défaut d’être excellente parce que ça serait présomptueux, je sais qu’elle tient la route. On peut jouer devant 30 à 40 000 personnes comme on l’a fait à Brest il y a deux ans où il y a quelques jours à la course du Figaro devant 8 000 personnes, tout ce que je sais, c'est que lorsqu'on arrive sur scène, on envoie le boulet et on fait danser les gens ! J’ai pris confiance en moi et dans le groupe. Surtout, tu vois, chemin faisant, parce que faut pas se leurrer, le premier album, personne dans la presse, hormis la presse spécialisée, n’a pris le soin de l'écouter. Ils se sont dit « ouais il fait Mi café, il fait une série qui s’appelle Caméra Café, donc il tire sur la ficelle. Ca lui passera, il reviendra à la pêche au maquereau ». Mais non, le breton il est super têtu, et moi je le suis tu peux pas imaginer, je suis un pitbull, je suis nourri au yaourt, c’est-à-dire quand je mords, je mords pour manger, et je lâche plus après. Tout ça pour dire que là je sais que l’album est bon.


C'est aussi pour ça le titre, Fiers et susceptibles...

J’ai trop de fierté et les gitans ont trop de fierté pour faire de la merde. Cette musique là, c’est l’héritage de tout un peuple, tu ne peux pas en jouer impunément, ça t’engage trop. Derrière, les mecs ils sont là, dans les caravanes ils t’écoutent et c’est pas rien parce que quelque part, ça fait partie de mes objectifs aussi de pérenniser cette musique. Et puis aujourd'hui on a les voyageurs, les gens du voyage, les gitans, qui viennent sur Internet. Ils sont derrière nous et se reconnaissent dans cette musique. Ils ne sont pas là en train de dire « c’est un Payo ! », c’est-à-dire un non gitan. Aujourd’hui je suis un peu comme un porte parole et d’une certaine façon donc je joue un peu avec un bâton de dynamite. Il faut donc que ça tienne la route.

Propos recueillis par Jean-Sébastien JOSSET


Ma guitare s'appelle revient, Fiers et susceptibles, Kenavo Productions
Concert lundi 14 au Réservoir, retransmis en direct sur France Bleue Ile de France.
Ma guitare sur le Web :
http://www.yvanlebolloch.com/v2/



 

 

 

 

 

 

 


14/09/2009

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