Bembeya au Festival Panafricain : "Je ressens l'âme de Makeba encore un peu ici, à Alger"
23/07/2009
1969-2009 : quarante ans après une première édition mythique, le deuxième festival Panafricain d’Alger, qui a réuni pendant deux semaines les artistes de 43 pays d’Afrique se termine ce soir. En 1969, le Bembeya Jazz National était à l’aube de son apogée et faisait partie de l’importance délégation guinéenne… Le guitariste virtuose Sékou « Diamond Fingers » Diabate est le seul vétéran du groupe à avoir connu cette époque. Quarante ans après, à Alger, il se rappelle de la genèse d’un des morceaux majeurs de la musique africaine contemporaine « Regard sur le passé », qui avait valu en 1969 au Bembeya une médaille d’argent dans la catégorie orchestre moderne.
« D’abord, c’était la première fois que le continent africain se retrouvait pour la même cause, la culture et l’indépendance d’esprit en général. Il y avait de l’ambiance un peu partout ! C’est un grand souvenir. En 1969, la Guinée a ramené beaucoup de prix : les Ballets Africains, l’Ensemble Instrumental de Guinée, et le Bembeya ont ramené un prix ! Nous avons eu la chance de remporter la médaille d’argent avec « Regard sur le passé », qui est disons, une épopée musicale mandingue. C’est l’histoire de l’almamy Samory Touré, une figure historique majeure du continent, qui a vaillamment combattu les colons. En fait, pour revenir à l’histoire de ce titre, il faut remonter deux ans auparavant en 1967. Sékou Touré, avait alors lancé auprès des orchestres nationaux une compétition qui avait pour thème Regard sur le Passé, pour accueillir les reliques de plusieurs grands héros de l’histoire mandingue, dont l’empereur Samory Touré. Avec notre morceau de 35 minutes, sur l’empereur Samory Touré et à la fin un hommage à notre président Sékou Touré, nous avons remporté le premier prix devant L’Horeya Band, Keletigui et ses Tabourinis et Balla et ses Baladins. Mais ce n’était pas une composition ! C’était, aussi étonnant que cela puisse paraître, des textes que les Blancs avaient écrit à propos de la superbe de l’empereur Samory, de son courage, etc…Je suis issu d’une lignée de djéli (griot), depuis tout petit, mon père jouait ce morceau là. Je m’en suis rappelé, mais seuls les vieux connaissaient ça ! Donc j’ai proposé l’idée aux copains du Bembeya, puis je suis allé voir les anciens de l’Ensemble Instrumental. J’avais un magnéto à l’époque, avec des grosses bandes, un Grundig, et j’ai enregistré ce qu’il nous ont joué. J’ai fait les arrangements et nous avons ajouté un morceau à la gloire de Sékou Touré. Nous avons enregistré « Regard sur le Passé » sur vinyle à notre retour d’Alger. Mais un autre grand souvenir de l’édition de 1969, c’était le concert de Miriam Makeba. En fait, je répétais avec elle à Conakry, mais c’était la première fois que je jouais à l’extérieur du pays avec elle. Je n’ai jamais enregistré avec elle… Après ce voyage on a fait une petite tournée, et puis on est rentrés à Conakry, à ce moment là elle tournait beaucoup et le Bembeya aussi…On n’arrivait pas à combiner les deux. J’ai gardé mon activité de soliste au Bembeya. Au Panaf’, nous avons pu jouer ensemble et c’est un concert qui a marqué l’édition de 1969 : la preuve tout le monde m’en parle encore. Je ressens l’âme de Makeba encore un peu ici, à Alger. »