A Mondomix aussi nous avons été pris de vertige à l’annonce du départ bien sûr trop rapide d’Alain Bashung. Il était l’un des rares artistes français dont on pouvait assumer le statut de trésor national même loin de l’hexagone. Assurant à nos amis étrangers que s’ils connaissent aujourd’hui l’importance de Serge Gainsbourg, demain ils frissonneront sans doute en évoquant le nom d’Alain Bashung.
Enfant breton et kabyle d’Alsace, auteur de l’hymne anti raciste « Touche pas à mon pote », il parlait la langue du rock sur la grammaire du coeur. Si au long de sa carrière, il a rendu hommage à Gainsbourg, Trenet, Nino Ferrer, Christophe ou Gérard Manset, Bashung a surtout allumé son feu intérieur aux étincelles des grandes figures américaines, Elvis, Hank Williams, Buddy Holly ou Dylan dont il a offert des reprises souvent dignes des originaux. Mais cet oiseau racé a pris son envol sur le dos de ses propres œuvres, les tubes « Gaby » ou l’album « Roulette Russe » avec l’arrivée sur l’hexagone du punk rock et de la new wave des années 80. Il conjuguait le cuir et les riffs avec une rare intelligence et une profonde poésie, développant au fil des ans un phrasé jamais mis à défaut d’expressivité. Moins obsédé par l’absolue paternité de son œuvre qu’un Gainsbourg, avec qui il travailla le temps de "Play Blessures", Bashung a su, tout au long de sa carrière, trouver des alter égos pour grandir son univers, mais en en fixant lui-même les cadres. Des paroliers, Boris Bergman Jean Fauque avec qui en jouant, il malaxait la langue jusqu’à lui faire cracher des images uniques et rendre caduque l’impossibilité congénitale des francophones à créer du rock dans leur langue natale. Les musiciens aussi venaient apporter en partenaires leur savoir faire, ou parfois rendre ce qu’il leur avait été inspiré par les audaces et l’exigence de l’artiste. Hommes de l’ombre ou de la lumière Rodolphe Burger, Link Wray, Marc Ribot, Stéphane Belmondo, Joseph Racaille, les Valentins, Gaétan Roussel de Louise Attaque et même Gainsbourg, tous, quelque soit l’intensité ou l’épaisseur de leur personnalité, ne faisaient que servir le dessein et le destin de ce pionnier des grands espaces, de ce chanteur immense. Toujours sur la ligne blanche, son œuvre n’a jamais cédé à la facilité pas plus qu’elle n’a largué les amarres, d’une démarche forte et éternelement élégante. Affinant sans cesse son art sur disque, intensifiant à chaque concert sa présence sur scène. Jusqu’au bout, jusqu’à ce « Bleu Pétrole » couvert de Victoires à quelques heures de son dernier souffle. Daltonien, il préférait la vie en noir et blanc mais nous donnait de quoi mettre des couleurs sur nos bleus a l'âme. Fou, il brouillait les symboles comme les pistes, jamais surpris deux fois sur la même figure imposée. Sage, il nous aidait à supporter les montagnes de questions où subsistent encore son écho (la nuit je rêve) ou encore les doutes sur la notion de longévité (le secret des banquises). Mais, lui parti, on sait que son nom, sa gloire et notre amour ne sont pas en péril, qu’ils brilleront aussi pour les générations futures. Benjamin MiNiMuM
"Résidents de la république" (sessions acoustiques 2008) :
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