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Lindigo : le maloya a toujours 20 ans

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LA REUNION MALOYA FIXI LINDIGO

Lindigo : le maloya a toujours 20 ans

22/02/2012

Tout a commencé dans une voiture. En 2009, pendant le festival Sakifo, à Saint Pierre de la Réunion, Olivier Araste, le leader de Lindigo, fait monter Fixi, multi-instrumentiste et accordéoniste de Java, pour une petite balade. Dans le poste, l’afrobeat, dont le Réunionnais est fan, les réunit : Fixi a travaillé avec Tony Allen, le parrain nigérian de ce groove révolutionnaire. Tous deux jouent également de l’accordéon et improvisent quelques heures plus tard, sur la petite scène de France ô, quelques morceaux maloya-musette devant un public du Sakifo médusé. Deux ans plus tard, les voilà réunis sur un disque, Maloya Power, composé par Olivier Araste et réalisé par Fixi. Un disque qui ose donner au maloya des accents ouest-africains, afrobeat, samba ou dub.

 

 

 

 

 

 

 Lindigo, "Afrikindmada"

 


 

 

 


En digne héritier de ses aînés, Olivier Araste s’est d’abord attaché à jouer du maloya comme il se pratique chez lui, à Paniandy, à quelques kilomètres de Bras Panon, à l’est de l’île de la Réunion. Sans sonorisation, en pagne, torse nu, en famille, autour d’un rougail cuit au feu de bois. Enfant, dans les champs de canne, près de Grand-Bois, avec son père, il comprend que chanter donne du coeur à l’ouvrage. Pendant les servis malgas, les cérémonies d’hommage aux ancêtres malgaches, où son grand père joue de l’harmonica, il découvre que les rythmes ternaires du maloya font tomber en transe les amis de la famille et les voisins.

 

 

 Né en 1983, deux ans après la levée de l’interdiction de la pratique du maloya à la Réunion, Olivier apprend adolescent que les tambours, le roulèr et le kayamb, représentent pour les générations précédentes les symboles de la lutte pour l’identité créole. Il fonde Lindigo en 1999 et décide d’y amener son histoire, qui est aussi celle de beaucoup de Réunionnais : le métissage. Enfant, sa grand-mère maternelle, née au Mozambique, lui chante des airs d’Afrique de l’Est ; de l’autre côté, son grand-père malgache ne parle pas un mot de français. Olivier Araste vit ce métissage « kaf » comme une fierté et revendique son appartenance malgache. Il introduit dans le maloya l’accordéon diatonique et l’harmonica, deux instruments très présents sur l’île Rouge. Son deuxième album, Zanatany (« les enfants du pays », en malgache) vend 10 000 copies, un score énorme à l’échelle de la Réunion et de ses 840 000 habitants. Les chansons de Lindigo passent à la radio et se jouent en discothèque. Les jeunes se reconnaissent dans son « maloya-20 ans », cette nouvelle approche de la culture créole, pas moins roots, mais moins militante que celle des aînés, et plus festive.

 

 

 

 

 

 

 

 Olivier Araste

 

 

 


Depuis, les musiciens de Lindigo sont allés au Brésil, au Mali, au Burkina Faso, ont ramené des instruments. Maloya Power témoigne de cette ouverture. La rencontre avec Fixi tombait donc à pic : « Olivier attendait depuis longtemps quelqu’un d’un autre univers musical que le sien. Il avait envie d’emmener le maloya un peu ailleurs, analyse Fixi, en ligne depuis La Réunion. De mon côté, j’ai découvert avec Lindigo exactement ce que je cherche en musique : un socle, des racines, un ancrage dans l’histoire, qu’il faut détourner, malaxer pour en faire quelque chose de moderne. C’est ce qu’on a fait avec Java, McAnuff ou même Tony Allen ». A partir des maquettes de Lindigo qui introduisent déjà l’afrobeat, le kamélé n’goni, le balafon, Fixi pousse le bouchon un peu plus loin, accompagne les mélodies, rajoute quelques effets… Dans les années 80, le maloya s’ouvrait au monde à grands coups de guitares électriques et de synthétiseurs ; en 2011, l’inspiration se cherche en Afrique, au Brésil : « Ce n’est pas si novateur, relativise Fixi. Alain Peters, ce génie réunionnais, l’a fait dans les années 80, avec trente ans d’avance et complètement à contre-courant, en introduisant le guembri, la basse gnawa, dans ses morceaux… » D’ailleurs, Loy Ehrlich, qui avait justement ramené d’Essaouira le fameux guembri à Peters à l’époque des Caméléons, apparaît sur Lamour, planante déclaration d’amour à la famille, au maloya, aux ancêtres.

 

 

 

 

 

Lindigo

 

 

 

 

Malgré son respect pour le maloya des anciens, Lindigo incarne la réappropriation de la culture réunionnaise par les générations post-1981, celles qui n’ont pas eu à lutter pour être créoles mais se battent aujourd’hui pour le rester. Jeune homme, Olivier Araste a refusé d’aller tenter sa chance en métropole : il a préféréétudier le vieux créole des granmouns et assister aux profondes  mutations de l’île, pour les accompagner et préserver ce qui pouvait l’être. Il épouse la cause créole par amour et milite en musique pour un maloya vivant, reconnu patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2010, mais surtout pas une pièce de musée. Hymne volcanique à l’énergie de La Réunion, Maloya Power sonne comme un manifeste d’une mondialisation heureuse, comme un joyeux passeport métisse.

 

 

 

Eglantine Chabasseur


22/02/2012
LA REUNION MALOYA FIXI LINDIGO


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