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Vanuatu, le paradis invisible

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vOYAGES VANUATU PEIRUA REPORTAGE

Vanuatu, le paradis invisible

20/02/2012

Tout est tranquille. Dans l’aéroport de Luganville, l’atmosphère semble paisible et détendue. Les gens se parlent doucement, sans éclats de voix. Après 39 heures de voyage pour arriver de l’autre côté de la Terre, ce calme, ce silence, cette chaleur douce et humide font du bien. Emmanuel Broto, documentariste et producteur de cette aventure, et moi-même pensions nous arrêter à Port-Vila, la capitale du Vanuatu, et y rester deux semaines pour enregistrer les Peirua, un groupe de string band. Mais le groupe est resté sur son île, Espiritu Santo ( plus communément appelée Santo ) au nord de l’archipel. Nous décidons de les rejoindre pour faire le même boulot avec les quelques micros que j’ai emportés, sans l’aide du Centre culturel et de son studio équipé tout confort…
 

 

Les communications entre les îles de ce grand archipel du Pacifique, situé à près de 500 km au nord de la Nouvelle-Calédonie, sont difficiles. 81 îles, parfois fort distantes les unes des autres, dont trois seulement sont équipées d’un réseau électrique. Plus d’une centaine de langues pour environ 240 000 habitants : la plus grande densité linguistique au monde, dont le Centre culturel de Port-Vila, la capitale, tente d’entretenir la vivacité. Le bislama, un pidgin mixant anglais, français et langues locales, sert de langue commune à cette incroyable diversité de peuples. C’est, avec le français et l’anglais, l’une des trois langues officielles de l’archipel.

 

 

 

 

 

 

 

 

Luganville, sous les nuages

 

 

 

 

 

 

 

Arrivés à Santo, nous ignorons où se trouve le groupe. Mais ici, tout le monde se connaît. Et les gens qui viennent de la côte ouest sont tout de suite repérés par les habitants de Luganville, la plus grande bourgade de l’île avec ses 16 000 habitants. En moins d’une heure, nous pouvons enfin leur serrer la main. Nous sommes installés à côté du marché, mais à part les aboiements de quelques chiens errants, tout est calme ici aussi. Dans cette vaste halle ouverte de
tous côtés, les femmes viennent vendre le fruit de leurs récoltes. Elles y restent parfois plusieurs jours, dormant la nuit allongées sur des cartons, sous des étals de bois. Puis, leur stock vendu, elles retournent au village s’occuper de leur famille et préparer le prochain marché.

 

 

Il faut dire que la nature est très généreuse ici. Chaque Ni-Vanuatu (nom des habitants du Vanuatu) sait que si par malheur il perdait son boulot à la ville, il pourrait toujours revenir dans son village et vivre de ce que la nature lui donne. Même s’ils ne sont pas riches, voire très pauvres pour ceux qui vivent en zones rurales, ils savent qu’ils ne mourront jamais de faim. Et le climat est suffisamment clément pour, dans le pire des cas, passer l’année dans des abris de fortune.
 

 

 

 

 

 

 

 

La Family House dans le quartier de Pepsi

 

 

 

 

 

 

Les Peirua sont logés dans la Family House, dans le quartier de Pepsi, un peu à l’écart du centre-ville, un endroit spécialement prévu pour que les gens de la côte ouest puissent venir et séjourner quelque temps à Luganville sans avoir à payer. De simples cabanes de quelques mètres carrés, sans eau courante ni électricité, sans portes ni fenêtres, recouvertes de tôle ondulée ou de branchages, plus efficaces contre la chaleur. A côté, au milieu d’une végétation luxuriante, une grande rivière, le Sarakata, coule doucement. C’est là que les musiciens se lavent et se rafraîchissent. Pour boire, ils recueillent l’eau de pluie ou vont au besoin en demander à leurs voisins plus fortunés. Plusieurs fois, ils me parleront de leur village, si lointain et si difficile d’accès que les touristes n’y mettent jamais les pieds. Wunavay, coincé entre la mer et une chaîne montagneuse couverte d’une forêt primaire difficilement pénétrable, n’est accessible que par voie de mer. Là-bas, seulement quelques panneaux solaires, des terres gérées par le droit coutumier, pas de voitures, une économie peu monétarisée et la nature, omniprésente.

 


Les agences de tourisme présentent le Vanuatu comme « the Untouched Paradise »
: des plages de rêve, des fonds marins sublimes, un climat idéal, une hospitalité sans faille, des dizaines de cultures ancestrales... Nous ne verrons rien de tout cela. En tout cas, pas de cette manière. Nous passons notre temps à travailler le répertoire du groupe, jour après jour, dans ce quartier de Luganville, au bord du monde, afin que les enregistrements soient aussi beaux et variés que possible. Ma seule escapade sera une visite à l’ancien hôpital américain, dont il ne reste que les dalles de béton au sol, comme un temple perdu au coeur de la forêt tropicale. Aménagé par un sculpteur, ce site à l’atmosphère mystérieuse, hors de la ville et des circuits touristiques, me permettra de faire quelques enregistrements de chants d’oiseaux et d’ambiance forestière.
 

 

 

 

 

 

 

 

Le Peirua String Band, avec Emmanuel Broto, Roy Sela à sa droite

et Laurent Pernice à l'opposé

 

 

 

 

 

Les Peirua sont neuf, dont cinq guitaristes, et, comme beaucoup de Ni-vans, d’une timidité extrême, au moins de prime abord. Seul Roy, le compositeur des chansons, parle anglais. C’est aussi le seul qui ait travaillé en ville et soit sorti de Santo. Les autres sont tout à fait paniqués à l’idée de prendre l’avion. Notre projet étant de les faire venir en France pour une série de concerts l’été prochain, nous faisons tout notre possible pour les rassurer.

 

 

 Afin de préparer les Peirua à jouer face au public, nous avons prévu d’organiser un mini-concert vers la fin de notre séjour. Pas de salle de concert sur l’île de Santo. Ici, les musiciens jouent uniquement à l’occasion de mariages ou de fêtes locales. Ils se mettent en cercle autour du bushbass, l’instrument emblématique du string band, et jouent pour ainsi dire entre eux, s’écoutant les uns les autres, tournant le dos au public qui danse tout autour. Nous improvisons tant bien que mal une scène, avec quelques solides bancs mis côte à côte, dans le Nakamal, une vaste construction d’inspiration traditionnelle où les chefs de village se réunissent pour parler des affaires communes. C’est là que, la nuit tombée, leur musique a jailli, puissante et vibrante, devant un public plutôt sage mais ravi.

 

 

 

 




Peirua string band en concert improvisé

 

 

 

 

 

Pour fêter ce premier concert « à l’occidentale », nous finissons notre séjour avec… une tournée de kava. Très répandue depuis quelques années dans tout le Pacifique, cette boisson à base de racine de poivrier broyée était autrefois réservée à certaines cérémonies coutumières du Vanuatu. C’est aujourd’hui l’apéritif le plus apprécié des Ni-Vans. Plutôt amer, sans alcool, provoquant parfois des haut-le-coeur assez sonores, le kava a des propriétés calmantes, voire anesthésiantes, qui rendent l’esprit assez paisible et libèrent la parole. Peut-être le secret de cette étrange impression de calme et de sérénité que dégage le Vanuatu ?

 

 

 

 

Texte : Laurent Pernice


Photographies : Emmanuel Broto


20/02/2012
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