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ACTUALITEPOLITIQUE CULTURE JEAN-MICHEL LUCAS UFISCJean-Michel Lucas : "Sommes-nous condamnés à être des épiciers culturels ?"20/02/2012
Culture et développement durable … Avec un titre pareil et un tel éditeur (l’Irma, l’indispensable pourvoyeur d’informations pratiques sur l’économie des musiques populaires), on imaginait un texte sur les gobelets recyclables et les toilettes sèches. C’était compter sans l’envie d’en découdre de Jean-Michel Lucas et sans l’étonnant sous-titre de l’ouvrage : « Il est temps d’organiser la palabre ». Bien sûr, l’auteur, brillant universitaire nantais, évoque les démarches écologiques des festivals mais il n’y consacre pas plus d’un paragraphe.
Jean-Michel Lucas tient plutôt à nous entraîner dans la jungle des accords internationaux qui ont accompagné l’essor du « développement durable ». Il les décortique et examine attentivement l’idée que leurs rédacteurs se font de la culture. Elle est généralement bien mesquine, comparée à celle que l’essayiste s’en fait. Il en tire de nouvelles raisons de se battre, appelant à un sursaut éthique au nom de la « dignité ». Il nous explique pourquoi …
Pour vous, la clé, la valeur qui prime sur toutes, c’est la « dignité des personnes ». Le concept traverse tout votre livre. Vous essayez de faire résonner la colère des Indignés dans le champ culturel ?
Jean-Michel Lucas : D'une certaine façon, il est un peu triste qu'il faille attendre que des indignés se manifestent pour s'intéresser aux enjeux de dignité des personnes. Car ce sont bien des enjeux qui s'imposent à tous puisqu'ils apparaissent dès l'article 1 des Droits de l'Homme, (Déclaration Universelle de 1948). Reconnaitre chaque personne dans sa dignité et donc la respecter dans son identité culturelle est un impératif collectif, auquel nul ne peut se soustraire, pas même les autorités politiques. L'enjeu culturel n'est plus alors une affaire de secteur spécialisé mais l'affaire de tous et de chacun puisque nul ne peut revendiquer sa liberté culturelle (ou artistique), condition de sa pleine dignité, s'il porte préjudice à la dignité d'autres personnes humaines. Or, dans la société de liberté à laquelle nous tenons, cette exigence de l'égale dignité réciproque n'est jamais acquise d'avance ; les libres paroles des uns blessent les autres, les musiques d'ailleurs insupportent les habitués des musiques d'ici et ceux que l'on appelle les artistes poussent le bouchon au delà des normes de dignité admises ... L'exigence de dignité réciproque est donc synonyme de discussions, de polémiques, de "débats" permanents sur le sens et les valeurs acceptables. C'est là l'autre volet qui m'intéresse dans l'impératif de la dignité culturelle : le volet du dissensus nécessaire et accepté qui demande que les autorités publiques favorisent par l'espace public la confrontation des différentes et multiples manières d'oeuvrer pour sa liberté culturelle, sa liberté artistique mais néanmoins pour faire humanité ensemble ! J'ai voulu montrer que la politique culturelle devrait en priorité organiser les espaces et temps de "palabres" sur la diversité des valeurs des arts et des cultures. Cette priorité, il est vrai, n'est pas largement partagée et, aujourd'hui, les élus et le ministère préfèrent compter la quantité de publics de l'offre artistique et doser leur soutien en fonction de l'attractivité et du rayonnement des produits culturels de leur territoire, plutôt qu'en fonction du mieux faire humanité ensemble dans la diversité de nos libertés culturelles. D'ailleurs, il suffit de lire Olivier Poivre d'Arvor pour voir la caricature de cette approche de la culture par le service après vente du rayonnement culturel. ( '"Allant de pair avec une ouverture exceptionnelle aux créateurs et savants du monde entier sur le sol américain, cette nouvelle donne contribuera de manière décisive à construire l'hyperpuissance américaine dans les trois domaines que sont les industries culturelles, l'ingénierie intellectuelle et scientifique et le marché de l'art. On connaît le résultat : après avoir inventé et contrôlé Internet, dont ils captent près d'un tiers des revenus mondiaux, les Américains disposent de ces puissants monopoles financiers que sont Google, Facebook, Twitter, YouTube, Apple, Amazon, iTunes, Yahoo... Il serait plus que temps, en France comme en Europe, d'inventer d'intelligentes ripostes et d'investir dans les industries numériques", dans Le Monde du 2 février 2012). Il est vraiment urgent d'éviter cette dérive de la culture vue uniquement comme "secteur d'activités" où s'affrontent les plus forts contre les plus faibles. De ce point de vue, je suis persuadé que l'enjeu culturel public aurait une légitimité moins boiteuse si les acteurs culturels et les élus acceptaient de prendre comme référence première de leur politique culturelle la nécessité de respecter le principe de l'égale dignité des personnes ( "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits" : article 1 de la déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948). Au moins, le bien fondé de cette politique culturelle ne pourrait être niée que par ceux qui refusent toute portée universelle à l'éthique des droits humains !
Vous faites une lecture assez critique de l’accord signé par 173 Etats lors du « Sommet de la Terre », à Rio, en 1992. La « diversité culturelle » y semble une simple variable d’ajustement et le « développement durable » lui-même le cache-sexe des échanges marchands. Tout était vraiment si mal embringué dès le départ ?
Jean-Michel Lucas : Le sommet de Rio est un point de départ très correct qui pose l'enjeu culturel public comme enjeu de dignité. Il admet, en effet, que la réussite du développement durable nécessite la reconnaissance des personnes dans leur identité culturelle, notamment les plus pauvres et les plus vulnérables. Mais il considère aussi que le développement durable nécessite un élargissement du libéralisme économique. Il ya donc des règles de compromis à trouver entre le respect de l'égale dignité culturelle des personnes et le développement de la marchandise. Ce que j'ai observé, c'est que ces règles de compromis n'avaient pas été posées et donc encore moins dosées, et notamment dans le texte de l'Agenda 21 de la culture. Dans ce texte, les droits culturels des personnes fondent comme neige au soleil et ce qui est privilégié, c'est l'idée de l'offre de biens culturels ou artistiques par un secteur professionnel. On ne perçoit plus que le droit de produire et de vendre de la "culture", ce qui est quand même bizarre quand on place l'enjeu de dignité au coeur du développement du monde. Tout ne peut quand même pas s'obtenir par un achat, surtout lorsqu'il s'agit, avec l'art et la culture, de relations sensibles, intersubjectives, entre les personnes.
Vous analysez également une note de l’ONU et des textes européens qui présentent la culture comme « un capital économique énorme » et « une source de créativité et d’innovation ». En quoi est-ce un piège ?
Jean-Michel Lucas : Le milieu de l'art et de la culture oublie souvent que nous vivons, heureusement pour nous, dans un Etat de droit qui fixe des règles formelles qui s'imposent à tous. Or, aujourd'hui, les règles formelles européennes ne font place à la culture qu'à travers ses expressions (c'est le terme en usage aussi à l'Unesco), c'est à dire sous ses formes de "biens et de services" culturels, produits, vendus, achetés ! J'ai voulu rappeler aux porteurs de projets artistiques et culturels qu'ils sont, pour ces règles formelles communes, de simples organisateurs d'activités économiques, qu'ils le désirent ou non. Lucratifs ou non, ils sont alors soumis aux règles communes du "marché intérieur", donc au respect de la règle concurrentielle dans les échanges marchands. Je ne fais rien d'autre, ici, que de redire ce qu'a décidé la Cour européenne de Justice et, dans le livre, j'ai simplement détaillé les références à ces textes réglementaires. Ainsi, chaque porteur de projet peut avoir la conviction qu'il porte des valeurs culturelles d' émancipation, d'épanouissement, de dialogue, de tolérance, de partage, de solidarité, mais, au bout du compte, à son corps défendant, il se verra appliquer les mêmes taux d'imposition, le même droit du travail, la même comptabilité que le business man. On en arrive même à calculer le travail des bénévoles du festival en équivalent temps plein de salariés ! Chacun peut déclarer sa solidarité et sa générosité avec d'autres musiques et jouer à France Culture du matin au soir. Mais aucune de ces convictions n'a été jusqu'à présent traduite dans l'Etat de droit. C'est là le piège : il n'y a pas de règles spécifiques qui rendent "normaux" les projets où la relation musicale entre des personnes prime sur l'objet produit et vendu ! La règle générale est que la culture est un "produit" (rentable dans l'idéal ou non rentable par exception). C'est quand même dommage que l'on en soit là, pour les passionnés des arts qui construisent des relations intersubjectives "fortes" entre les personnes, plus qu'ils ne comptent les recettes des "produits" qu'ils "fabriquent ". Certes, avec les juristes, il y a toujours des moyens de s'en sortir ( j'ai appelé cela le "braconnage culturel", puisque, parait-il, les lois sont faites pour être détournées !). Mais, quand on lit les explications de la Commission européenne sur le droit de financer avec de l'argent public la création théâtrale en pays basque, on tombe de sa chaise et on se dit qu'au lieu d'attendre le nouveau titulaire de la Rue de Valois, les acteurs culturels feraient bien de lire plus souvent ces textes qui font l'éloge du ghetto culturel. Par exemple, cette explication de la commission européenne qui devrait faire scandale mais qui n'a pourtant fait aucun buzz ! Dans le cas des productions de théâtre basques, il a été considéré que le financement de ces productions n'affectait pas les échanges entre Etats membres, dans la mesure où il s'agissait des productions à petite échelle de micro ou petites entreprises d'une nature locale, leur audience potentielle était limitée à une région géographique et linguistique spécifique, et elles ne pouvaient pas attirer un tourisme transfrontalier. Soyez petit et enfermé dans votre sphère linguistique et alors vous aurez droit à une subvention publique ! Ce texte officiel signe vraiment un mauvais gag !
Vous ne sentez pas parfois un peu seul quand vous lisez ces documents abscons ? Qui, en dehors de vous, les lit ?
Jean-Michel Lucas : Je ne suis pas seul à les lire puisque ce sont les textes négociés par notre démocratie. Tous les juristes et comptables les connaissent et essayent de trouver des solutions pour chaque projet singulier. Je dis seulement que ce sont des textes qui imposent leurs exigences pratiques à tous, car pour ne pas être hors la loi, il faut les respecter. Les porteurs de projets culturels sont ainsi condamnés à être des épiciers culturels, publics ou privés, qui mettent leurs produits à la disposition de consommateurs libres. On connait les bons côtés de cette affaire : je choisis la musique que je veux et beaucoup de porteurs de projet s'en satisfont, soutenus maintenant par les politiques d'économie créative ! Mais cela signifie que la valeur culturelle collective est fixée par les conduites des consommateurs individuels, ce qui devrait interroger les politiques et les acteurs sur la manière de faire culture ensemble!
J'ai simplement voulu dire qu'en partant des droits culturels, on pouvait élaborer d'autres règles communes et soumettre la règle concurrentielle à une exigence supérieure : celle du respect de la relation de dignité entre les personnes. Quand un artiste se lance dans son projet et qu'il n'a comme perspective que la vente de ses productions artistiques, sans autre considération collective, il y a une forme de cruauté et d'inhumanité dès que le marché le laisse sans consommateurs. C'est pourtant cette voie imprudente que les politiques d'économie créative des territoires ont engagé faute d'affirmer haut et fort leur volonté de donner priorité à l'éthique de dignité en mettant en place des dispositifs de reconnaissance solidaire des libertés artistiques, comme premières valeurs d'humanité.
Vous rejetez la « démocratisation de la culture », dont vous niez le fondement réellement démocratique. Il est facile de comprendre ce qui vous gêne dans cette démarche qui consiste à confronter des citoyens qui, bien souvent, n’ont rien demandé à des œuvres choisies par des professionnels du monde des arts. Mais vous n’êtes pas plus tendre avec les projets participatifs qui entendent faire jouer un rôle au citoyen dans l’acte de création. Pourquoi ?
Jean-Michel Lucas : Dans les projets participatifs, les professionnels des arts apportent leur compétences avec beaucoup de bonne volonté et tout le monde devrait être content ! Sauf que, dans ce type de projet, la valeur culturelle de référence est fixée uniquement par l'équipe artistique. Elle aime faire participer les "gens", comme on dit, qui sont sollicités sympathiquement sur tout. Toutefois, qui reste le maître des valeurs ? Dans la plupart des cas, la personne n'est pas appelée à participer légitimement aux choix artistiques qui donnent sa valeur au projet. Il manque trop souvent cette dimension délibérative sur les valeurs. Pour pouvoir passer du participatif au délibératif, il faut au préalable affirmer que le projet respecte les balises fixées par les droits culturels. Cette exigence de respect des droits culturels des personnes s'est un peu perdue avec l'idée qu'il revenait aux professionnels du secteur culturel de prendre par la main les gens pour leur montrer le "bon" chemin de la "bonne" émancipation. C'est là que je place ma critique de l'agenda 21 de la culture : il est clair que les professionnels des arts ont un rôle à jouer, essentiel certes, mais surtout pas en considérant qu'ils sont seuls maitres des vraies valeurs pouvant faire sens pour les personnes. Eu égard aux droits humains fondamentaux, c'est la personne qui donne sens à sa vie, fait circuler le sens, fait, donc, culture pour elle et les autres. Les professionnels ne peuvent se substituer à elles dans le choix des valeurs. Ils ne peuvent avoir le culot, même sélectionnés par l'Etat ou la mairie, de croire qu'ils ont le monopole de l'accès à La culture !I Je plaide plutôt pour qu'ils soient des "références" pour de multiples accès à de multiples cultures revendiquées par la personne pour son émancipation. La personne en dignité au centre, plutôt que" la conquête de nouveaux publics", où l'on rejoue à gauche comme à droite, la vieille carte des territoires à civiliser. Ceci dit, de plus en plus d'élus sont disposés à prendre les droits culturels comme balises de leur politique culturelle, au lieu de soutenir la discrimination qui accompagne les projets "d'accès à la culture".
Vous pensez que la culture ne devrait pas faire l’objet d’une politique spécifique. Faut-il supprimer le Ministère de la Culture et le remplacer par des cellules culturelles dans tous les autres ministères (des Finances, de l’Intérieur, …) ?
Jean-Michel Lucas : Il faut surtout réécrire les finalités publiques du ministère et des services culturels des collectivités. Il suffira de reprendre l'article 2 de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle (Unesco 2001), pour donner un nouveau souffle à l'action de milliers d'acteurs artistiques qui ne demandent qu'à être plus libres dans leurs pratiques artistiques et leurs relations avec ceux qui se passionnent pour leur art. Imaginez un ministre ou un élu à la culture dont la mission publique serait "d’assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles à la fois plurielles, variées et dynamiques. Des politiques favorisant l'inclusion et la participation de tous les citoyens sont garantes de la cohésion sociale, de la vitalité de la société civile et de la paix. Ainsi défini, le pluralisme culturel constitue la réponse politique au fait de la diversité culturelle. Indissociable d'un cadre démocratique, le pluralisme culturel est propice aux échanges culturels et à l'épanouissement des capacités créatrices qui nourrissent la vie publique" . Notre pays a validé cette mission culturelle publique. Pourquoi a t-il oublié de la mettre en pratique au nom des droits humains ?
Ne craignez-vous pas de désarçonner les acteurs actuellement en exercice (dans le domaine du spectacle, du disque, du film, du livre, des expositions, …) avec une vision de la culture très idéaliste ?
Jean-Michel Lucas : Désarçonner, je l'espère bien,en tout cas pour ceux qui se contentent de compter les identités bancaires de leur clientèle ! Idéaliste, ce n'est pas le bon mot, car je ne fais que dire sur quelles bases communes (et de force publique) notre vie pratique est constituée. Les acteurs devraient se rappeler que nous sommes dans une société de liberté, pas dans une société totalitaire. Défendre les droits culturels est donc normal et ne peut pas passer pour idéaliste. Ou alors, c'est que l'acteur culturel ne sait plus ce qu'est la liberté d'expression artistique. Mais je ne crois pas que l'on en soit là. J'observe plutôt que les porteurs de projets culturels sont démunis et qu'ils ne trouvent pas dans la politique publique les dispositifs leur permettant de légitimer la richesse de leurs apports aux relations sensibles entre les êtres d'humanité. Je crois que les élus devraient leur dire que leur part d'intérêt général est de contribuer à plus de dignité des personnes. Cette mission ne leur est pas encore reconnue pleinement alors que le Traité de l'Union Européenne en fait pourtant un objectif majeur pour l'Europe. Il y a, là, un retard à combler entre le principe et ses règles d'application.
Vous écrivez que l’une des solutions au règne de la rentabilité dans le champs culturel pourrait être de réécrire les traités européens en y accordant plus de place à la notion de « dignité ». Pour mémoire, en 2005, les Français ont tenté de dire « Non » à un texte européen qui a été adopté tout de même. Est-ce la solution la plus réaliste ? Ou avez-vous un « plan B » ?
Jean-Michel Lucas : La négociation politique n'est pas si difficile puisque la règle du respect de la dignité des personnes est déjà acquise dans le Traité de l’Union Européenne (article 2). De plus, les directives européennes reconnaissent la légitimité publique d'organiser des services d'intérêt général garantissant la dignité des personnes. Donc, le chemin d'une politique de dignité est tracé pour les élus. Il ne reste qu'à inclure les relations culturelles de personnes à personnes dans ces services d'intérêt général, au nom du respect des droits culturels. L'Ufisc a déjà acté cette perspective dans le manifeste "l'art est public" : "Nous devons rompre avec les politiques publiques enfermées entre les dogmes du marché concurrentiel et de l'académisme administré. La culture est, avant tout, une affaire de personne, de dignité et d'humanité". Et si l'Ufisc le dit, je ne peux pas me sentir isolé ! De plus, les échanges entre associations culturelles se poursuivent entre réseaux européens. Je suis confiant, mais il ne faudrait pas que les porteurs de projets culturels soient les premiers à nier leur rôle dans la construction des dignités ( je pense par exemple aux acteurs qui sont au coeur des échanges de musiques venant du monde entier). Il ne faudrait pas qu'ils se contentent de vouloir "vendre" leurs produits, même artisanaux, en comptant les "acheteurs" de leurs billets, ou en voulant adhérer au CNM sans défendre au préalable les valeurs des droits culturels de la personne.
Propos recueillis par François Mauger
A lire : Culture et développement durable de Jean-Michel Lucas aux éditions Irma 20/02/2012 POLITIQUE CULTURE JEAN-MICHEL LUCAS UFISC
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