On reproche parfois à RFI d'être « la voix de la France ». L'accusation est injuste : si elle se fait parfois l'écho des positions officielles de l'hexagone, c'est dans un souci constant de pluralisme, de débat, incarné par la très populaire émission de Juan Gomez, « Appels sur l'actualité ».
Il faudrait plutôt savoir gré à la radio d'être « les oreilles de la France ». Sans elle, sans ses opérations « Découvertes » qui ont révéléTiken Jah Fakoly, Rokia Traoré etIdrissa Soumaoro, sans sa programmation musicale résolument mondiale, combien d'artistes nous auraient échappé ?Aux côtés de celle d'Amobé Mévégué et, autrefois, de Claudy Siar, l'une des émissions emblématiques de cette ouverture est celle de Laurence Aloir. On a pu y entendre récemment des artistes commeAziz Sahmaoui,Ray Lema ou encore Anoushka Shankar.
L'un des récents invités de l'émission de Laurence Aloir : Tomas Gubtisch
Mais aujourd'hui l'avenir de la radio est incertain. Le projet de fusion avec la chaine de télévision France 24 est sur le point d'être entériné et un plan social est d'ores et déjà initié. Une situation précaire qui dure déjà depuis quelques années.
De la réforme Sarkozy sur l'audiovisuel français de 2009, on a surtout retenu la disparition de la publicité sur France Télévision. Des débats qui ont mis de côté une des portées principales du texte : la refondation de l'audiovisuel extérieur. Ce "serpent de mer", comme on a pu souvent le lire, s'est d'abord concrétisé par la création de l'Audiovisuel Extérieur de la France (l'AEF, sous la présidence de Alain de Pouzilhac), une société holding, propriété de l'État, qui a absorbé France 24, TV5 (à hauteur de 50 %) et donc RFI.
Les premières mesures de l'AEF concernent la mise en place d'un plan social (suppression de 206 postes, sur la base de départs volontaires) dont la conséquence est la disparition de certaines rédactions (Allemagne, Laos, Turquie, Pologne). Tout s'accélère en 2011 quand le projet de fusion entre France 24 et RFI se met en marche, provocant des nouvelles grèves. A l'aube de l'année 2012, le processus se concrétise, malgré la résistance des salariés.
Crée en octobre 2011, "Le rendez-vous RFI" est une émission commune à France 24 et RFI
Marc Thiébault, délégué syndical CFDT de RFI, se fait fataliste : « On attend encore que le Conseil d'État se prononce. Mais du côté de la direction on a passé la surmultipliée. Ils ont prévu une assemblée générale le 13 février, pour tout finaliser. » Deux camps se sont formés au sein de la radio, ceux qui sont opposés au principe même de fusion et les autres, comme Marc Thiébault, qui voient ce rapprochement comme l'opportunité de partir sur de nouvelles bases : « Sur le principe, on est favorable à la fusion. C'est en quelques sorte rassurant, on va partir sur un groupe stable de 1200 salariés. Le problème, c'est la manière dont c'est fait. On nous a endormi pendant plusieurs années, la réforme aurait dû être faite bien avant. Là, c'est brutal et, du côté de la direction, c'est n'importe quoi, il n'y a qu'à regarder le cahier des charges qui a été déposé. Là, on est dans du politique. Nous, ce qui nous intéresse, c'est les conditions et celles-ci sont très floues. » Plus que la fusion en elle même, c'est le plan social l'accompagnant, qui préoccupe le syndicat. En effet 126 postes pourraient être de nouveau supprimés sur l'ensemble des filiales, basés encore une fois sur le volontariat.
Est-ce pour autant la mort de RFI ? « Pour la société oui, mais la marque RFI va perdurer », ajoute Marc Thiébault. « Quand France 24 est arrivée en 2006, on a senti venir le truc, il font la même chose que nous. On a fusionné moralement avec eux. Ils sont jeunes et dynamiques, nous très expérimentés, le cocktail ne peut être qu'encourageant. Pareil pour le déménagement [dans ne nouveaux locaux à Issy-les-Moulineaux, dès mars, NDLR], il fallait que l'on s'émancipe de Radio France », analyse-t-il avant de conclure « L'audiovisuel public fonctionne par cycle. En voilà un nouveau, dommage qu'il ne parte pas sur de bonne bases. »
Reste à savoir quelles seront les conséquences pour les auditeurs, dont on rappelle qu'ils vivent pour la plupart à l'étranger ...
Cela fait plaisir de voir qu'un média, au moins, se soucie de la musique sur RFI. Mais le papier laisse à penser que le rôle de la musique sur la radio internationale serait menacé par la nouvelle structure, née de la fusion avec France 24. C'est oublier que la musique a été sacrifiée il y a quinze ans déjà, lorsque la radio généraliste s'est transformée en "tout actu". De 8h30 par 24h dans les années 80 et 90, la part de la musique sur la radio mondiale est brutalement passée en 1996 à 1h37/ 24h. Elle est légèrement remontée depuis, mais RFI a totalement perdu le caractère découvreur et novateur qui était le sien auparavant. Les erreurs stratégiques et éditoriales de positionnement sont hélas bien antérieures à l'AEF, dont les errances et l'amateurisme n'ont bien sûr rien arrangé.