En 2001, un quatuor d'élégants Zimbabwéens était apparu dans le sillage du Buena Vista Social Club. La mode était alors à la gérontophilie. L'Europe et l'Amérique du Nord s'enthousiasmaient pour les retraités des tropiques. Des deux côtés de l'Atlantique, leur connexion directe avec les musiques du bon vieux temps et l'insolente vitalité des Cubains faisaient rêver des foules d'ordinaire terrifiées à l'idée de vieillir. Les Cool Crooners of Bulawayo étaient en quelque sorte leur pendant africain. Costumes millésimés, pas de danse inspirés de comédies musicales oubliées … Ils semblaient sortir tout droit des années 50, de cette période intense où l'Afrique australe, de Lilongwe à Cape Town, se réappropriait le jazz de ses cousins américains.
Zhii des Cool Crooners
Les Cool Crooners n'ont fait qu'un tour ou deux. Leur rapide disparition a donné le sentiment qu'ils n'étaient qu'une savoureuse exception vocale, dans un Zimbabwe plutôt porté sur la mbira, le piano à pouces local, et les guitares. C'était oublier que le pays ne se réduit pas à Harare, sa capitale. Avec son million et demi d'habitants, Bulawayo a sa propre identité. La ville reste marquée par l'héritage colonial, symbolisé par de nombreux bâtiments du dix-neuvième siècle, mais elle est également le cœur du pays ndebele. Cette ethnie est liée à la galaxie zoulou, dont elle s'est détachée au début du dix-neuvième siècle, sous la conduite de Mzilikazi, l'un des généraux du roi Chaka. C'est des Ndebele que venait la force des polyphonies vocales des Cool Crooners : ces Zimbabwéens chantent en toute occasion, de la naissance aux funérailles, le plus souvent a cappella.
Ungangidluli Jesu d'Insingizi
Par chance, cette tradition vocale ne s'est pas interrompue avec la retraite des Cool Crooners. Trois jeunes chanteurs, Vusa Mkaya Ndlovu, Blessing Nqo Nkomo et Dumisani Ramadu Moyo, viennent aujourd'hui prendre leur relève dans un registre plus traditionnel. Sous le nom d'Isingizi, emprunté à un oiseau tropical au chant savant, ils font le tour des scènes occidentales, entremêlant divinement leur voix et se livrant à des danses acrobatiques. Dans la compétition qui l'oppose à Harare, Bulawayo n'a pas dit son dernier mot …