Le festival Etonnants Voyageurs fait escale en Haïti
30/01/2012
Ils se l'étaient juré en janvier 2010 … La terre venait de trembler en Haïti, deux cent mille femmes et hommes y avaient laissé la vie. Bien évidemment, l'édition haïtienne du festival Etonnants Voyageurs, qui devait se tenir quelques jours plus tard, avait été annulée. Mais, au moment où le premier d'entre eux – Danny Laferrière – avait été rapatrié, ses organisateurs se l'étaient promis : le festival aurait bien lieu sur l'île.
Deux ans plus tard, ils tiennent parole. L'équipe du festival n'est pas restée inactive entre temps. Rentrant d'Haïti via les Antilles françaises, l'écrivain Michel Le Bris y a découvert les couvertures de la presse française. Se souvenant de la dignité et de la solidarité que manifestait en ces circonstances le peuple haïtien, il s'est presque étranglé en voyant le mot « pillages » repris dans tous les gros titres. Depuis, il s'est employé à faire entendre d'autres voix, celles des auteurs : toutes les rencontres qui avaient été prévues en Haïti ont finalement eu lieu à Saint-Malo, le berceau du festival. L'année suivante, l'instabilité politique a, à nouveau, empêché la rencontre d'avoir lieu. Deuxième retour à la case Saint-Malo.
En cette fin de mois de janvier 2012, toutes les conditions sont enfin réunies pour célébrer ce que Michel Le Bris nomme « l'extraordinaire créativité littéraire de l'île ». L'enjeu ? Lyonel Trouillot (en photo ci-dessus), romancier, poète et essayiste d'expression à la fois française et créole, mais surtout cheville ouvrière de cette étape des Etonnants Voyageurs, le résume ainsi : faire en sorte que le monde entier « sache que la littérature haïtienne ne se réduit pas aux deux ou trois auteurs qu'on connaît à l'étranger » et « amener le savoir, amener la connexion avec le monde littéraire aux jeunes Haïtiens qui ont envie d'écrire ».
Franketienne dans un film de Charles Najman, Une Etrange Cathédrale dans la Graisse des Ténèbres
Sur ce plan, les futurs hommes de lettres de l'île ont une chance peu commune. Ce sont quelques uns des plus grands auteurs francophones qui enchaîneront les rencontres dans les écoles, les radios et les cénacles de la « perle des Antilles » : le prix Nobel J.M.G. Le Clézio, l'essayiste Régis Debray, l'ethnologue Stéphane Breton, les romanciers Alain Mabanckou et Yahia Belaskri, le poète Yvon Le Men, … Les enfants du pays ne seront pas en reste, avec notamment le dramaturge Syto Cavé, les co-organisateurs Danny Laferrière et Lyonel Trouillot, les jeunes poètes Bonel Auguste, Coutechève Lavoie Aupont et James Noël, le romancier Louis-Philippe Dalembert et les vétérans Franketienne et Georges Castera. Un hommage particulier sera rendu à ce dernier, qui publiera deux recueils en même temps, l'un en français, l'autre en créole.
Inspirera-t-il Arthur H? Le dégingandé chanteur à la voix rauque sera de la partie, pour offrir aux Haïtiens son Or Noir, montage de textes d'Aimé Césaire, Edouard Glissant, James Nöel ou Daniel Maximin, préparé en compagnie du guitariste Nicolas Repac. Le spectacle sera-t-il ensuite illustré par Ernest Pignon Ernest ? Ce n'est pas impossible, puisqu'il sera lui aussi présent, à moins que le plasticien, qui aime tant faire de la rue sa galerie, ne préfère lors de la représentation aller à la rencontre des peintres de Port-au-Prince, qui vendent leur production en plein air …
Première présentation de l'Or Noir d'Arthur H au festival Voix Vives
Toujours très impliqué, Michel Le Bris explique que « sans une littérature forte, sans une culture forte, on ne peut pas avoir une grande idée de soi ». Le cadeau qu'avec ses confrères il fait aux jeunes Haïtiens est donc la plus belle des formes de réparation.