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ACTUALITEZEBDA SECOND TOUR ELECTIONS ALBUMZebda : « "Intégration" est un gros mot auquel on répond "intégrité" »24/01/2012
Après huit années d’expériences individuelles, les Toulousains de Zebda sont de retour avec Second Tour. Artistes-citoyens défendant une société du vivre-ensemble qui assumerait sa diversité, Magyd Cherfi, Mouss et Hakim Amokrane nous livrent leurs regards sur la France d’aujourd’hui.
On retrouve dans les textes de Second Tour les thématiques citoyennes qui vous sont chères, avec le sentiment que rien n’a changé depuis vos débuts. Quel regard portez-vous sur la France de 2012 ?
Magyd : Ce sont en effet les mêmes thèmes, avec des axes différents. Nos chansons d’il y a vingt ans feraient toujours sens aujourd’hui. Ce qui nous donne une impression de pédalo, de statu quo social, et même d’aggravation des choses. Notamment au niveau du regard porté sur l’immigration, avec toutes ces phrases balancées tous azimuts qu’on peut entendre ici et là. Quelque chose d’horrible flotte dans l’air du temps, comme si la « décomplexion » raciste constituait une forme de modernité.
Mouss : On constate un prolongement, voire une institutionnalisation, de ce qu’on dénonçait à l’époque. A commencer par l’ultralibéralisme. Le poids du pouvoir économique s’est considérablement accentué. Alors qu’on savait les sociétés néolibérales dangereuses, susceptibles de déconstruire des acquis sociaux, elles n’ont fait que se renforcer, jusqu’à créer des sous-catégories de précaires et d’exclus. Des oppositions entre les populations de ce pays ont été faites, dont les victimes sont souvent les personnes héritières de l’immigration postcoloniale, stigmatisées comme jamais. Et l’abandon du mouvement associatif par la démission de l’Etat provoque des catastrophes dans les quartiers populaires.
Bande annonce du nouvel album de Zebda, "Second Tour'
Second Tour sort dans un contexte politique particulier. Allezvous, à votre manière, faire campagne ? Magyd : Le fait que nous soyons tous intéressés par la chose politique nous situe presque en permanence dans une sorte d’actualité. Pour ne parler que de la période récente, nous avons vécu très intensément les révolutions arabes, puisqu’issus de ces pays par nos parents. Ce n’est donc peut-être pas un hasard si on débarque au moment des élections, avec le climat raciste et la désagrégation sociale qui vont avec. On ne détient pas la vérité absolue, on porte simplement notre parole, singulière. Nous sommes fondamentalement politisés tout en faisant gaffe à ne pas faire la confusion entre l’artiste engagé qui amène une énergie, un éclairage, et l’homme politique censé répondre à des problématiques.
Hakim : On sera en tournée au moment des élections, on va forcément prendre la parole. Il faut faire plus que s’indigner à ce niveau-là. On a envie que le pouvoir en place tombe, mais on ne donnera pas de chèque en blanc.
Mouss : Dans le marasme actuel, on a besoin de choses qui nous font du bien et la musique et l’art en font partie. L’action politique également. Mais on n’a en aucun cas l’ambition et la prétention de dire qu’on va changer le monde. On voit bien les difficultés que connaissent les militants progressistes. En tant que citoyens, il nous arrive d’être désespérés. En tant qu’artistes, jamais ! Parce que nous possédons le privilège de l’expression, que nous essayons de donner une bande originale à nos vies, ainsi qu’à celles, peut-être, d’autres personnes.
En tirant les leçons de l’aventure du mouvement Motivés, seriez-vous prêts à retenter une expérience électorale ?
Magyd : Je ne crois pas, car ce genre d’expérience est unique. On a vécu quelque chose d’exceptionnel. Un apprentissage démocratique de l’intérieur, avec toute la force et tout le danger de l’utopie. L’échéance électorale a donné de la vigueur à la troupe, mais une fois la sentence tombée, tout s’est éteint. Lorsqu’on prétend améliorer le sort des plus fragiles, on se retrouve confrontés à toutes les vicissitudes.
Hakim : On a voulu mettre un coup de projecteur sur ce mouvement, alors que les gens nous voyaient à la mairie. Mais on a profité de l’expérience pour s’initier à des causes comme le féminisme ou la lutte contre l’homophobie. On a pénétré la chasse gardée électorale de notables toulousains. Alors ces derniers ont lâché les chiens parce que, normalement, le peuple n’y a pas droit d’accès.
Clip de Zebda, "Le Dimanche autour de l'Eglise"
Pensez-vous que les quartiers populaires peuvent être le lieu de départ d’un mouvement de régénération de la citoyenneté et de la politique ?
Magyd : Pour avoir connu les mouvements Beurs, je suis très réservé. Le danger est de se retrouver entre gens issus d’une même histoire géographique et culturelle. Comment peut-on proposer une alternative fondée sur des valeurs universelles quand on est, par exemple, une majorité originaire du Maghreb ?
Hakim : Il existe un potentiel dans ces quartiers. Je ne crois pas que les jeunes se désintéressent de la politique. Mais de ceux qui la font, sans doute. Du fait de la société néolibérale, la première première idée qui circule est qu’on ne s’en sort que par l’argent. Une majorité de ces jeunes vont à l’école et ont leur petit traintrain. Mais leur code postal fait qu’ils sont discriminés.
Mouss : La problématique des quartiers populaires est indissociable de l’histoire de l’immigration postcoloniale - ce sont les populations issues de ces pays qui y vivent. La discrimination est plus grave en France que dans certains pays au modèle social pire que le nôtre. Quand des jeunes partent travailler en Angleterre ou aux Etats-Unis, pays socialement catastrophiques, ils disent : « un poids m’a quitté ». Cette problématique n’est pas considérée à sa juste mesure, y compris par la gauche, qui lui préfère la lutte des classes.
L’immigration et son héritage donnent lieu à des débats parfois indignes de notre histoire, comme celui sur l’identité nationale. De quelle société du vivre ensemble rêvez-vous ?
Magyd : Sur cette question, j’étais plutôt pour une loi au nom de la laïcité, mais je sens bien que ces mesures sont islamophobes et arabophobes. Davantage que la diversité, nous défendons la complexité, qui est un peu le raffinement de l’émancipation humaine. Est-ce qu’on peut être un bon Français sans planter un drapeau bleu-blanc-rouge sur un balcon ou sans manger de porc ? On demande le droit d’être multiple, c’est-à-dire être Français sans en avoir les attributs millénaires occidentaux. Quand on entend ce qui se dit sur le droit de vote des immigrés, on comprend mieux le message sous-jacent : le bon Français est blanc, masculin, catholique, notable, ventru et quinquagénaire. Comme à l’Assemblée nationale.
"Le chant du partisan", Les Motivés
Propos recueillis par Ludovic Tomas 24/01/2012 ZEBDA SECOND TOUR ELECTIONS ALBUM
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// REACTIONSZup 15/02/2012 Qu'est ce que ça fait d'avoir soutenu un maire qui est en train de massacrer Toulouse? Pseudo * Votre réaction (2000 caractères maximum) * Code de sécurité >> En discuter sur le forum >> |
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