La sélection BD d'Angoulême : "Jakolass", "Atsuko", "Le chanteur sans nom"
24/01/2012
Mondomix a pioché dans la sélection officielle du prochain Festival International de la BD d'Angoulême et vous présente les albums qui ont retenu son attention... avec des coups de coeur mais aussi quelques déceptions. Les héros emblématiques sont à l'honneur ici avec le nouveau « Jonathan » de Cosey, la relecture de Valérian par Manu Larcenet et Le Chanteur sans nom de Arnaud Le Gouëfflec...
Le chanteur sans nom de Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balezl (Glenat)
Véritable personnage et authentique artiste, le Chanteur sans nom a côtoyé Edith Piaf, Marcel Cerdan ou Charles Aznavour. Ils les a souvent amusés et tous un peu arnaqués. De 1936 à 1945, masqué d’un loup noir, Roland Avellis a vécu une carrière de music-hall de second ordre que ce réjouissant album imagine autant qu’il fait revivre. Au fil d’une enquête qui sert de moteur au récit, on croise des témoins, des fantômes, des vedettes, des proches du héros et une poignée de chansons. On découvre un joyeux vivant, séducteur, poivrot et roublard, qui ne pouvait avancer dans la vie que caché derrière des artifices. Les zones d’ombres et de lumières du personnage sont rendues grâce à un dessin clair, élégamment mis en couleurs. Les clins d’œil graphiques et astuces visuelles, savamment utilisés, renforcent la sympathie que l’on porte à ce super-héros de la loose.
Valérian, L'armure du Jakolass de Manu Larcenet (Dargaud)
Mythe incontournable du 9ème art français, le personnage de Valérian, créé en 1967 par Christin et Mézières, se voit aujourd'hui offrir une cure de jouvence grâce aux éditions Dargaud, qui lancent une nouvelle série sous le titre « Valérian vu par... ». Pour le premier tome, c'est Manu Larcenet (qui a débuté chez Fluide Glacial avant de devenir un auteur respecté avec Combat Ordinaire) qui se charge de revisiter l'univers baroque et spatial du héros. Alors, cadeau empoisonné ou belle opportunité ? En tout cas, Larcenet n'y va pas avec le dos de la cuillère. Valérian, aventurier charismatique aux traits parfaits, devient ici un pilier de bar idiot, à la trogne et au nez violacés. Sa quête inter-galactique l'amènera à essayer de retrouver son apparence normale, en débusquant celui qui lui a jeté ce sort : le terrible Jesperiank. L'humour est au cœur de la relecture de Larcenet : potache, décalé, tout en auto-dérision, il est difficile de ne pas esquisser un petit sourire à la lecture de l'album. Le scénario, captivant et recherché, regorge également de trouvailles qui instaurent un rythme soutenu, empêchant à l'ennui de poindre. Quant aux dessins, ils sont eux aussi partie intégrante de la réécriture de Larcenet, qui délaisse les traits rigoureux de Mézières pour jouer avec les courbes et les formes disgracieuses. La question reste de savoir si les fans du Valérian original seront réceptifs à cette interprétation...
Atsuko, Tome 15 de la série « Jonathan » de Cosey (Le Lombard)
Il est parfois difficile pour un auteur de vieillir tandis que le héros qu'il a crée reste, lui, figé dans le temps. Après une relation de plus de 30 ans, le dessinateur suisse Cosey a-t-il encore quelque chose à faire dire à son emblématique Jonathan, qui a déjà traversé tant d'aventures ? Il semblerait que oui, puisque le tome 15 de la série est paru en 2011, sous le titre de Atsuko. Dans ce récit, le ténébreux Jonathan est embarqué par la jeune Atsuko dans la quête d'une mystérieuse poignée de cheveux censée appartenir à Bouddha. Un voyage prenant sa source dans la moiteur birmane et se finissant sur les sommets enneigés de Takayama, au Japon. Cosey est, et restera, un très grand créateur d'ambiances, il le prouve une nouvelle fois. Jouant sur la dualité jour/nuit, il s'attache particulièrement aux lumières et crée de superbes planches aux tons doux et envoûtants. Sa peinture des paysages neigeux est empreinte de lyrisme, à tel point qu'on se croirait parfois dans une estampe. Mais, parallèlement, la trame narrative de l'album souffre d'un manque d'originalité et il est difficile de trouver un réel intérêt à la quête des deux protagonistes. On a parfois l'impression d'être un spectateur passif, tout comme Jonathan, qui fait presque figure de faire-valoir ici. Dommage donc que le fond ne suive pas tout à fait la forme.