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Israël Galván: la révolution flamenca

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FLAMENCO NIMES ISRAEL GALVAN DANSE

Israël Galván: la révolution flamenca

20/01/2012

Le Théâtre de Nîmes a accueilli La Curva, la nouvelle création du génial danseur Israël Galván. Compte-rendu à chaud.
 
Quand l’obscurité se fait, ils sont quatre à traverser la scène  en file indienne, pour se figer au centre, dos au public. La lumière revient et l’on découvre le décor, ou du moins l’installation faite au cœur du plateau laissé en l’état. Sans rideaux pour dissimuler le fond ou les côtés de la scène, câbles et tuyauteries apparents, échelle et accessoires pratiques de la vie de ce côté-ci du spectacle intégrés à la scénographie. 
 
 
Le maître du rythme Bobote et la pianiste Sylvie Courvoisier rejoignent le piano stationné à jardin, Israël Galván s’éloigne vers le mur du fond. Au passage, il fait tomber une tour de chaises de fer empilées. Le fracas provoqué complète le rythme des pas. Le danseur empoigne une chaise, en fait grincer les pieds sur le sol, tout en respectant le tempo. Lorsqu’il l’immobilise, il lève un bras en direction d’Inès Bacan, qui, à son tour, traverse la scène et vient s’asseoir sur cette chaise devenue trône. Là, l’immense chanteuse gitane peut observer aux premières loges la révolution permanente qu’elle cautionne et que le jeune  danseur sévillan imprime à la danse flamenca depuis des années. 
 
 
 
 
 
Alors que le piano préparé de l’improvisatrice suisse laisse résonner ses sortilèges déstructurés, le danseur embrasse et embrase l’espace. Rapides moulinets du bras, silhouette cassée, mains tendue vers l’infini, Galván déroule une grammaire novatrice. Les clichés de la danse andalouse sont pulvérisés, les symboles réduits à leur essence. La gestuelle du danseur est stylisée, graphique et pleine d’humour. Rapide et virtuose, il sait tirer profit de sa silhouette élancée et angulaire. Il surprend par ses audaces, mais séduit par sa gracieuse maîtrise et son joyeux sens de la dérision. 
 
 
 
 
 
 
 
Sur ce spectacle, La Curva (la courbe), Israël Galván rend ouvertement hommage à ses ainés Antonio el Bailarin (1921-1996) et Vicente Escudero (1888-1980), comme pour prouver qu’il s’inscrit aussi dans une lignée de danseurs flamenco novateurs, qu’il n’est pas un monstre et que la révolution gronde depuis des lustres. Maintenant, Bobote a rejoint la chanteuse autour d’une table situé à cour. Alors que la gitane laisse monter sa voix si expressive et poignante, lui maintient le rythme à coups de talons et du plat de sa main sur la surface du meuble dont plus tard le danseur fera son terrain de jeu. Le danseur  grimpe dessus, fait tanguer la table. Elle se retrouve sur deux pieds puis retombe bruyamment, elle aussi est devenue percussion. Chez Galván, même les silences sont musiques et lorsqu’il laisse seule la pianiste s’attendrir en une sonate néo classique, son immobilité est aussi un peu de la danse. 
 
 
 
 
 
 
Au centre de la scène, 20 kilos de farine ont été déversés en un rectangle blanc. Le monticule cache un large couvercle de bois qu’à l’aide d’un pied Galván traîne le long de la scène en dessinant  une blanche diagonale, comme le ferait un chasse neige. Lorsqu’il s’en saisit, l’objet devient bouclier  puis percussion sans timbre. Il fait tomber la pile de chaises en bois, se saisit de l’une d’entres elles, la porte autour du cou tel un carcan d’esclave, puis la déplie face à la chaise en fer. Tour à tour, il s’assoit sur l’une et l’autre entamant un dialogue avec lui-même. 
 
 
 
 
 
 
 
Il retourne au centre, fait voler la farine en tous sens. Elle devient brouillard de cendre ou sable d’arène lorsque le danseur tombe sur le dos et paraît se débattre comme un taureau blessé. A moins qu’il ne s’agisse d’une autre poudre aux dangereuses promesses qui attaque son centre nerveux. 
Maintenant blanchi des pieds à la tête, Israël Galván retourne en fond de scène, il ôte ses chaussures et s’assied. Il écoute immobile les derniers échanges musicaux. Piano mélodieux et interjections vocales de Bobote, Inés entonne un ultime chant triste et sublime. A sa fin le danseur se lève, rôde auprès du piano rejoint la table de la chanteuse, entraîne le percussionniste en un tour de piste ironique sur fond d’air cubain. Leurs manteaux pliés sur leurs avant-bras, les deux hommes  marchent, comme deux clowns singeant des notables et disparaissent de chaque côté de la scène. La dernière pile de chaise s’effondre, la pianiste traverse le plateau. Sur scène, un instant, Inés Bacan est seule. La première, elle récolte un triomphe, mérité et partagé par tous et qui souligne le rôle prépondérant de chacun dans l’art flamenco actuel.
 
 
 
 
Texte : Benjamin MiNiMuM
 
Photos : JL Duzert
 
 
 
Et aussi sur le web :
- le site du Théâtre de Nîmes

 


20/01/2012
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