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DUCH RITHY PANH CAMBODGE CINEMA CANNES KHMERS ROUGES

Sortie cinéma: "Duch, le maître des forges de l'enfer" de Rithy Panh

18/01/2012

Pendant quatre années, de 1975 à 1979, Duch, de son vrai nom Kaing Guek Eav, est à la tête d’une des plus effroyables machines de mort du régime Khmers Rouges : le centre S-21. Premier haut responsable du régime à être présenté devant les tribunaux en 2009, il est au cœur du documentaire de Rithy Panh : Duch, le maître des forges de l’enfer. Un film choc où le bourreau se livre avec une sincérité glaciale.

 

 

 

 

 

La bande annonce

 

 

 

 

 

C’est à travers un rayon de soleil, perçant les barreaux d’une minuscule cellule d’emprisonnement, que Duch apparaît. On découvre un vieillard frêle, en train de faire sa gymnastique quotidienne avec rigueur. Mais ce qui frappe le plus, c’est son regard : alerte, vif, profond… Le genre de regard qui attise instantanément la curiosité.

 

 

Le film de Rithy Panh n’est pas un portrait de Kaing Guek Eav, encore moins un énième récit historique de l’épisode Khmers Rouges. Le réalisateur a préféré axer la quasi-totalité de son œuvre sur les entretiens qu’il a tenus avec Duch, parallèlement à son procès. L’ancien directeur du S-21 revient alors sur son rôle à l’intérieur de l’établissement et livre, au compte-goutte, ses ressentiments.

 

 

 

 

Duch se raconte

 

 

 

 

Il est question ici d’un véritable livre-filmé, à la mise en scène statique, où c’est la parole du bourreau qui structure l’image. Si le pari du film-entretien peut paraître osé, Panh le réussit remarquablement. D’une part parce que le poids des mots mis en scène est si pesant qu’il se suffit à lui-même. On reste ainsi sidéré devant la décontraction et le recul avec lesquels Duch revient sur ce qu’il a pu faire pendant quatre ans : interrogatoires à tour de bras, tortures, expériences, etc. D’autant que l’horreur est livrée dans un écrin de savoir et d’amour du verbe, puisque Duch, en homme éclairé, ponctue sans cesse ses phrases de citations d’Alfred de Vigny et autres grands auteurs français dont il est familier.

 

 

D’autre part,  le film ne s’appuie sur aucun mécanisme émotionnel. Le réalisateur s’efface entièrement et ne vient pas polluer le monologue de ses prescriptions. Et c’est tout aussi efficace. Car au fur et à mesure que Duch se raconte, il en vient à se contredire lui-même. En homme appliqué, il est ainsi fier de la machinerie qu’il a pu mettre en place, toujours portée à l’aune de l’idéal communiste, mais il n’hésite pas, par ailleurs, à se dédouaner de ses actes et de se réfugier dans la posture du simple exécutant.

 

 

 

 

Duch face à ses victimes

 

 

 

 

Duch, le maître des forges de l’enfer est donc un film éprouvant mais nécessaire. Tant pour le témoignage historique qu’il représente, que pour sa peinture de la banalité du Mal et de son incarnation. On ne peut ainsi s’empêcher de faire le parallèle avec l’ouvrage de Robert Merle sur Rudolf Höss (officier SS), La Mort Est Mon Métier. Deux œuvres qui ont la même démarche : apprivoiser le Mal,  pour que celui-ci apparaisse dans toute sa monstruosité.
 

 

 

 

 

 

Boris Cuisinier


18/01/2012
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