Entièrement enduit de noir sur un plateau d’une blancheur immaculée, le danseur et chorégraphe nîmois Rachid Ouramdane fait son entrée sur la scène du Théâtre des Abbesses. Né de parents d’origine algérienne, il articule sa nouvelle création autour d’une réflexion sur l’identité, un thème qui lui est cher.Exposition universelle évoque plus spécifiquement le poids de la propagande nationale sur l’esthétique du corps. Mais, malgré la force du propos, la pièce souffre d’une mise en scène alambiquée.
Pourtant, les effets visuels basés sur le contraste du noir et blanc sont fascinants. Exposés à la lumière éclatante quasi-clinique des projecteurs, les éléments du décor méticuleusement ordonnés sur le plateau se dédoublent dans leur ombre. Un projecteur tournoie seul en lévitation au centre de la scène. Entrainé dans ce mouvement circulaire, le danseur bouge différemment selon sa couleur de peau. Travesti en homme noir, son corps se raidit et répète inlassablement le salut fasciste. Redevenu Blanc, il entre en état d’apesanteur avant d’être rattrapé par l’attractivité du sol. Jean-Baptiste Julien, et sa pléthore d’instruments aux sonorités électro-acoustiques, participe en direct aux métamorphoses du danseur.
Le visage blanc, noir, bariolé des couleurs de la France ou cagoulé, Rachid Ouramdane joue sur le sens métaphorique « d’exposition universelle ». A chaque personnage exposé, correspond une gestuelle, comme si le corps était guidé par une idéologie différente selon son identité. Des airs d’hymnes nationaux viennent rappeler la force du pouvoir inscrit dans l’esthétique des corps. Par un jeu de masque, il démasque les abus de pouvoir afin de faire voler en éclats les modèles de représentations. En même temps, il dénonce les expositions universelles considérées comme des « rapports de domination des cultures », où « il s’agit d’afficher sa supériorité ».
Malgré le fort intérêt de son propos, Rachid Ouramdane perd parfois celui de son public en route, le laissant seul face au tic-tac monotone d’un métronome posé au centre du plateau. Bref, à l’image du manichéisme noir et blanc de la création, les impressions sont contrastées: Exposition universelle manque parfois de fluidité mais reste visuellement - et intellectuellement - brillant.
Retrouvez le spectacle "Exposition universelle", le 17 janvier à Nantes et du 25 au 27 avril à Grenoble.