Sortie Cinéma : « Les Nouveaux Chiens de Garde » de G. Balbastre et Y. Kergoat
12/01/2012
En 1932, Paul Nizan dans son essai intitulé Les Chiens de garde dénonçait la façon dont les écrivains et les penseurs de son temps protégeaient, sans vergogne, l’ordre établi. Aujourd’hui, les « prescripteurs d’opinions » ont quelque peu évolué. Ce sont tous ces journalistes, animateurs radio-télé, éditorialistes, experts médiatiques, qui grâce à leurs relations politiques ou économiques, assènent aux spectateurs une vision étrangement homogène du monde qui les entourent. Ce sont toutes ces personnes qui, au fil des années, semblent avoir oublié le triptyque déontologique essentiel : « Pluralisme, Indépendance, Objectivité », tout en prétendant le préserver. Les Nouveaux Chiens de Garde nous explique comment les actions des principaux médias, cotées au CAC 40 de la consanguinité idéologique et économique, se retrouvent entre les mains des plus offrants…
Bande annonce des "Nouveaux chiens de garde"
Le 20 avril 1963, Alain Peyrefitte, alors ministre de l’information, venait présenter au 20 heures de Léon Zitrone les nouvelles caractéristiques du journal télévisé qui sera, selon ses propres propos, dorénavant « dépolitisé ». Cette scène, datée d’une époque où les mots « censure » et « pression » étaient sur toutes les lèvres, devient le fil d’Ariane des Nouveaux Chiens de Garde. Pourquoi de nombreuses personnalités politiques et médiatiques s’affichent ensemble au Club privé Le Siècle tous les derniers mercredi du mois, sans que cela puisse poser un problème éthique à quiconque ? Pourquoi ces deux classes sont-elles intimement liées, à tel point qu’elles ont adopté au fil des années les mêmes codes et possèdent les mêmes attaches sociales ? Autant de questions fondamentales auxquelles les documentaristes Gilles Balbastre et Yannick Kergoat tentent de répondre.
Jean-Pierre Elkabbach et son patron, Arnaud Lagardère
Les Nouveaux Chiens de Garde est une sorte de pamphlet. Très bien documenté, il permet de mieux comprendre la crise actuelle des médias et les nombreux rachats de journaux par de grands groupes internationaux, comme Bolloré ou Lagardère. Ses exemples sont savoureux. A l’instar de Jean-Pierre Elkabbach pris en flagrant délit de flatterie auprès d’Arnaud Lagardère sur le plateau de Michel Drucker. Ou encore Michel Fields, pourtant révolutionnaire trotskiste durant l’époque de la plage sous les pavés, qui fait la promotion de Géant Casino… Dans le jargon journalistique, on appelle cela « faire un ménage », c’est-à-dire se faire payer des prestations extérieures pour arrondir ses fins de mois. Et il n’est malheureusement pas le seul à y recourir. Christine Ockrent, épinglée à plusieurs reprises pour ce type de conflits d’intérêts, a ouvert la voie à une pratique de plus en plus utilisée.
Michel Fields durant ses belles années révolutionnaires
Le film met à mal également la trentaine d’expert économique utilisée régulièrement par toutes les chaines de télé pour débattre d’un problème posé. « Des stakhanovistes des plateaux », rendus célèbres par les médias eux-mêmes, et qui, au grès de leur interventions, posent un véritable problème d’objectivité. Mais, pour beaucoup, l’information reste une marchandise et s’achète à n’importe quel prix. Si l’on en croit, Franz-Olivier Giesbert, star malgré lui du documentaire, « Le véritable pouvoir est celui du capital et il est tout à fait normal que le pouvoir s’exerce… ».
Les médias démocatiques sont-ils solubles dans le libéralisme ?
La contre-attaque ne s’est pas fait attendre. Selon l’un des deux réalisateurs, Yannick Kergoat, « la réaction qui revient le plus souvent, de la part des membres de la profession, c’est l’accusation de simplisme : « D’accord, mais c’est plus compliqué que ça. ». C’est la réponse classique dès lors qu’un problème est saisi par d’autres mains que celles qui en revendiquent le monopole. »A chaque fois, les chiens aboient, la caméra passe…