Pour certains, elle était l’ambassadrice du Cap-Vert ; pour d’autres, son succès était un vrai conte de fées. Pour tous, sa voix était l’une des plus belles qu’il nous ait été donné d’entendre.
Cesaria Evora est morte le samedi 17 décembre, à l’hôpital Baptista de Sousa, sur l’île de Sao Vicente, des suites d’une insuffisance respiratoire. Deux jours auparavant, nous avions publié sur notre site internet une interview de Philippe Conrath, le créateur du festival Africolor, qui rappelait à quel point la chanteuse avait changé, au début des années 90, notre façon d’écouter les musiques d’ailleurs. A une période où nombre de chanteurs africains noyaient leurs mélodies sous des nappes de synthétiseurs ou enregistraient deux disques en parallèle, l’un destiné au public européen, l’autre à celui de leur pays, « Cize » démontra que l’on pouvait faire voyager sa musique sans la dénaturer. Avec elle, le local devint enfin réellement universel et l’authenticité le meilleur des passeports. Certes, pour danser, les Capverdiens lui préféraient la pop suave de Gil Semedo mais, au moment des fêtes, c’était le dernier Cesaria qu’ils offraient à leurs proches.
Petit pays de Cesaria Evora
La chanteuse est toujours restée proche de ses compatriotes. Elle n’avait pas fait installer de clôture sécurisée autour de sa maison. Au contraire, elle avait commandé à un menuisier une grande table de bois, qui occupait tout le trottoir. S’y asseyait qui le souhaitait. Amis, voisins, vagues connaissances venaient y discuter et déguster une assiette de katchupa rica, le plat des grands jours. Et lorsqu’un pêcheur se lamentait à propos d’un moteur en panne, Cesaria plongeait la main dans la poche de son tablier et en extirpait une poignée de petites coupures.
Lors de ses tournées, les exilés capverdiens l’entouraient, la fêtaient dans les coulisses. Mais sa garde rapprochée était constituée d’hommes. Trois générations de musiciens se sont sereinement succédé dans son orchestre : celle du clarinettiste Luis Morais, complice des années de déboire, celle du Bau, guitariste remarquable mais chef d’orchestre fantasque, et, dernièrement, celle du souriant Nando Andrade. Parallèlement, de Manuel de Novas à Teofilo Chantre, des dizaines de poètes lui ont offert leurs plus beaux vers. Cesaria y tenait. Elle qui avait dû patienter si longtemps avant d’être reconnue voulait donner immédiatement leur chance à tous ceux qui avaient du talent. C’était d’ailleurs l’objectif de l’association qu’elle avait fondée : donner aux enfants de Mindelo l’opportunité d’apprendre la musique dans de bonnes conditions.
Cesaria Evora était l’une des plus grandes voix de notre époque, mais aussi un modèle d’intégrité, de détermination et de générosité. Au moment de prendre de bonnes résolutions pour l’année qui commence, son exemple devrait nous inspirer.