Le 25 novembre dernier, la foule s'est massée devant le palais de justice de Bonanjo où Lambo Sandjo Pierre Roger devait passer en cours d'appel pour sa responsabilité dans les émeutes de février à Mbanga, l'un des fiefs de la contestation sociale au Cameroun. Aussi connu sous le nom de Ndinga Man (l’homme-guitare), le chanteur Lapiro de Mbanga, qui a pour habitude de tirer à boulets rouges sur les politicards véreux, purge depuis le 26 septembre une peine de trois ans de prison ferme pour un chanson intitulée "Constitution constipée".
Régulièrement entendu par les autorités camerounaises au lendemain des évènements violents qui ont secoué une bonne partie du Cameroun, le leader d’opinion avait jusque-là été relâché après chaque audition. Mais cette fois ci, on le tient pour responsable du mouvement. Selon le quotidien camerounais Mutations, le procureur de la République lui aurait déclaré qu'il y avait trop de témoignages le désignant comme l'instigateur des manifestations.
Les raisons de son emprisonnement sont plutôt obscures et nombre de témoignages qui dédouanent Lapiro n'ont pas été pris en compte par la justice. Des habitants du centre ville s'accordent pourtant à dire qu'il a « joué de sa popularité pour calmer les manifestants extrêmement en colère après la vie chère ».
Dans l'entourage du chanteur, on soupçonne le double single La constitution constipée d'être à l'origine de cet emprisonnement. En effet, dans les allées du pouvoir, on considère cet opus comme un des éléments déclencheurs des soulèvements populaires dont les paroles « Libérez big Katika libérez repé ndos. Le pater est fatigué foutez lui la paix » font une allusion à peine voilée à la modification de l'article 6 alinéa 2 qui lève la limitation du mandat présidentiel. Assurément, ce n'est pas une coïncidence si l'arrestation de Lapiro de Mbanga est survenue 48h avant la séance plénière qui devait adopter le texte portant révision de la Constitution de 1996.
Ce genre de dérive autoritaire est devenue chose courante pour le gouvernement camerounais et le pouvoir du président Paul Biya se manifeste par une répression accrue. Déjà en mars, l'artiste peintre Joe La Conscience était incarcéré pour son militantisme. Il avait programmé une longue marche de Loum à Etoudi à Yaoundé, pour porter au chef de l'Etat, le millier de signatures enregistré à travers le pays contre la révision de la Constitution. L'artiste avait confectionné une pancarte qu'il portait à son cou avec la mention " Touche pas à ma Constitution ".
En attendant sa libération, voici une vidéo de l'irréductible Lapiro qui a l'art de faire danser ses paroles en colère sur des rythmes terriblement entraînants.
C'est une atteinte direct à la liberté d'expression ! quel genre de régime ils ont au Cameroun ? un régime totalitaire ? ça me rappel une triste période de l'histoire de notre Europe ... En tout cas son incarcération est totalement injustifié !
Je ne pensais pas que le métier d'artiste était si dangereux! Ce qui me scandalise le plus, c'est que ça se passe de cette façon dans beaucoup d'autres nations (pas forcément totalitaire d'ailleurs). C'est la loi du plus riche, on se fiche pas mal de l'avis du peuple.
C'est tout simplement honteux :( Allez peuple du Cameroun, levez vous et allez piétiner ces "preneurs d'otages"!! L'oppression ne dure qu'un temps et la raison gagne toujours, alors courage!