Juste après ses études, ce jeune Franco-américain s'installe à San-Francisco où il crée le label digital Akwaaba, spécialisé en pop africaine. Fan inconditionnel de Hiplife (musique ghanéenne mélangeant rap et cuivres), c'est naturellement qu'il s'installe a Accra en 2011. Il revient sur ce qui a marqué son année 2011...
Arc Djébé, un musicien togolais découvert par Akwaaba Music
Quels souvenirs garderez-vous de l'année 2011 ?
L'année 2011 a d'abord été marquée par mon emménagement à Accra au Ghana. Je sillonne l'Afrique autant que possible depuis 2007, et il était grand temps de me faciliter la tache en m'installant sur place, et en m'immergeant plus encore dans le terreau musical africain.
Alors que le printemps arabe s'est répandu au Proche Orient et au Maghreb, ce n'est pas un hasard si j'ai choisi le Ghana, un pays stable, démocratique, dans lequel la scène musicale est, dans son ensemble, emportée par la forte croissance économique.
2011 a également été marquée par des voyages forts, notamment à l'est de la République Démocratique du Congo, où j'ai enfin pu voir de plus près un petit bout de ce dont on parle sans cesse dans les médias: la situation très difficile dans laquelle évoluent les populations d'une région qui vit dans l'anarchie. J'ai effectué ce voyage avec le soutien logistique de l'ONU, j'ai logé sur des bases militaires de l'ONU, j'ai voyagé avec des troupes en avion et en hélicoptère. Malheureusement, quand les gens imaginent mon quotidien en Afrique, c'est à cela qu'ils pensent, aux zones ravagées par la guerre, aux populations abusées. Au contraire j'étais à mille lieues de mon quotidien ! La vie au Ghana est paisible, et la plupart de mes voyages, au Togo, en Ethiopie, en Ouganda ou même au Liberia, sont également très paisibles.
Lungulugungu de Jumo Daddy & FOKN Bois, une découverte d'Akwaaba Music
2011 a aussi été marqué par une montée des critiques face au système financier international. Bien que je ne puisse me prétendre détaché de ce système en vivant au Ghana, j'ai néanmoins le sentiment de contribuer à une sorte de redressement de la balance, à une échelle minuscule bien sûr, mais ça reste un plaisir de contribuer au développent d'un pays comme le Ghana, d'ouvrir un compte en banque ici, de faire vivre l'économie ici.
Quels ont été vos coups de coeur 2011 en termes de musique, de livre ou de cinéma ? (question secondaire, facultative)
J'ai passé le plus clair de mon temps bien loin de salles de cinéma, donc aucune révélation de ce côté là. Par contre j'ai découvert tout récemment le film anglais The Boat That Rocked, que j'ai adoré. Déluré, musical, rigolo, c'est trop rare de tomber sur des films axés sur la musique et accessibles.
Le meilleur live que j'ai vu, c'était le Conjunto Angola 70 au WOMEX.Je suis fou de semba angolais, et c'est un plaisir rarissime de voir des musiciens de l'âge d'or du semba, les années 1960 et 1970, rassemblés en un groupe. Même à Luanda je n'avais pas vu ça ! L'étape suivante pour moi serait de voir jouer le Conjunto Merengue de Carlitos Vieira Dias, le conjungo qui est derrière un nombre vertigineux de disques de semba en Angola. Mais j'étais tout aussi satisfait en écoutant des musiciens réinventer la rumba congolaise sur leurs instruments traditionnels à Dungu en RDC.
Conjunto Angola 70 live au WOMEX Festival
Je suis en train de lire Mainstream de Frédéric Martel, un tour d'horizon assez vertigineux des industries du divertissement et des médias dans le monde. Je le recommande vivement.
Benjamin Lebrave
Propos recueillis par François Mauger. Introduction de Boris Cuisinier