NEWSLETTER     MON COMPTE  
OK
 
TOUTES LES ACTUALITES

Africolor : l'après Philippe Conrath

ACTUALITE

AFRICOLOR PHILIPPE CONRATH FEMI KUTI MAHMOUD AHMED

Africolor : l'après Philippe Conrath

22/12/2011

 Dans cette troisième et dernière partie de l'interview que Philippe Conrath nous a accordée, il révèle le nom de son successeur et la façon dont il envisage son avenir.

 

 

 

Africolor est connu pour les musiques d'Afrique de l'Ouest, de l'Océan Indien, les musiques éthiopiennes, etc. Quel bouquet voulais-tu présenter ? 
 
 
 
Philippe Conrath : Au début, il n'y avait que 3 jours de festival. Du coup, je faisais des focus. Il y avait une soirée qui pouvait sonner très Kinshasa et une autre très Sénégal, etc. Il y avait aussi toujours un rendez-vous malien, ça c'était une habitude et ça perdure, il y a au moins un concert par an, par exemple cette année il y a Boubacar Traoré, Founé Diara, Neba Solo, etc.
 
Les couleurs, ça dépend de l'actualité et de l'économie. Le budget de festival permet de faire au maximum 5-6 groupes du continent africain. Je chiffre en billets d'avion, ça fait 30 ou 40 billets chaque année.
 
Et ça dépend aussi de moi, ce que j'ai pu repérer et ce qu'on peut faire venir... Si je veux faire venir un groupe d'Afrique du Sud et qu'ils sont dix, direct ça plombe le budget, donc c'est assez compliqué. Du point de vue du goût, j'ai une ouverture absolue. J'aimerais bien faire venir des gens de n'importe où mais les nécessités financières font que l’on est obligé de renoncer. Comme je suis très engagé avec la musique malienne, je ne peux pas faire autrement que de faire venir un groupe. Cette année, on a fait venir Neba Solo, qui ne sont pas venus depuis dix ans, mais ils sont huit ! Alors, j'ai aussi voulu faire venir Zao, mais les billets d'avion de Brazzaville sont très chers, etc. Du point de vue du goût, je suis prêt à faire venir tout le monde mais, dans la réalité, c'est impossible. D'autant que je ne vais pas tout mélanger dans la même soirée. Si je fais venir un groupe éthiopien, je vais essayer de rester autour de l'Ethiopie toute la soirée. C'est la complexité.
 
 
 
 

Neba Solo
 
 
 
 
Africolor est aussi connu, depuis quelques années, pour des créations. 
 
 
Philippe Conrath : Pour désenclaver Africolor, je suis allé chercher des trucs qui ne seraient jamais passés avant dans Africolor : des ensembles baroques, des ensembles de musique contemporaine, etc. Ca correspond à l'époque et à l’ouverture générale vers ces musiques. Il y a deux mouvements : il y a ces groupes de musique contemporaine qui des fois en ont marre de tourner dans le même genre de public et sont contents de venir dans un truc comme Africolor pour aller à la rencontre d'une autre audience. Et, d'un autre côté, il y a des musiciens qui sont très contents d'aller à la rencontre d'autres musiciens. Pour l'ensemble baroque, c'était de la musique éthiopienne, pour d'autres, la musique malienne, etc. Il y a un double contenu là dedans : la dé-ghettoïsation de ces musiques, l'ouverture vers l'autre et il y a la donnée politique. Moi, je le sens comme un relais à ce cri qu'on pousse tous depuis des années, sur cette circulation qui n'existe plus. Ces musiciens vont m'aider à passer le relais. Je le vois, ils tombent à chaque fois amoureux de ces musiques. Après, ça part tout seul.
 
Par exemple Badume's bandils rencontrent Mahmoud Ahmed après ils me téléphonent pour rencontrer Selamnesh et, hop, ils partent enregistrer un disque avec elle. C'est une chanteuse formidable. Avant, elle chantait toute seule, maintenant elle a un groupe incroyable à se côtés. Voilà ! Tout ça crée du mouvement, artistique et musical mais aussi indirectement politique. Pour moi, si cette circulation n'existe plus, c'est la fin des haricots, c'est la fin du monde. C'est la fin de tout ce qu'on a voulu politiquement. C'est indispensable, c'est comme de l'eau, comme de la nourriture, c'est nécessaire.  
 
 
 

Mahmoud Ahmed
 
 
 
Demain, tu arrêtes Africolor, tu passes la main. Qu'est ce qui te garantit que ça va continuer avec le même esprit ?
 
 
Philippe Conrath : Moi je vais répondre comme Bernard Lenoir qui a dit «  Je ne veux plus continuer car ma réalisatrice ne voulait plus se coucher si tard ». Moi, je peux dire pareil : j'arrête parce que mon administratrice ne voulais plus continuer.
 
 
 
Oui mais lui son émission s'arrête, pas ton festival.
 
 
Philippe Conrath : Oui. Il y a eu une réaction enfantine qui m'a beaucoup tenté : « Je suicide Africolor, je vous emmerde, j'ai assez donné, j'arrête ». Après, il y avait un soutien très fort de la part du département, d'institutions, de sociétés civiles. Il y a un réseau de 20 salles derrière Africolor, quand même.
Moi, la raison est purement humaine : se dire à un moment donné que je suis capable de faire autre chose et se donner les moyens de le faire. Si je continue 5 ou 6 ans, je vais être plus proche des 70 ans que des 60 et, à un moment donné, je n'aurais plus le choix et je vais mourir avec le festival. J'ai envie de faire autre chose. C'est pour ça que j'arrête à un moment donné. Africolor, c'est un an de travail, pas la peine de faire un dessin.
 
Quand t'as 25 concerts dans 20 salles, ça fait 50 groupes... Faut déjà calculer le nombre de rendez-vous que ça fait! Dès qu'on a fini le festival, on fait le bilan et on prépare déjà le prochain. C'est un mouvement permanent, ça ne laisse pas le temps. Avant, j'étais journaliste, je pouvais écrire. Aujourd'hui, je ne peux plus avec les coups de téléphone permanents. Et, comme il n'y a pas de moments ou je peux faire une coupure, si ce n'est 15 jours, 3 semaines au milieu de l'été... Africolor, c'est une passion, j'ai réussi à mettre une certaine empreinte, une manière artistique. Le problème est celui de la transmission, de trouver qui va poursuivre et surtout qui saura ouvrir à sa manière. Ça fait 3 ou 4 ans que j'y pense et j'ai rencontré un type,  Sébastien Lagrave, (ancien responsable du spectacle vivant à La Courneuve) qui m'a montré qu'il avait cette ouverture, ça c'était vachement important. La première fois qu'on s'est rencontré, il m'a demandé s’il pouvait programmer Marjolaine et Rose-Marie qui chantent Alain Peters. Je me suis dit « Il est sympathique mais il est fou. Ca ne s'est passé qu'une fois et lui veut programmer ça dans une salle ». Après, il m'a parlé de Christine Salem, Casey la rappeuse,etc.
 
 
 
 

Christine Salem
 
 
 
Et, en l'écoutant, je me suis rendu compte que c'était un mec qui avait un vrai point de vue, un véritable angle de réflexion. C'est quelqu'un qui ne vient pas du tout des même milieux musicaux mais, en terme d'ouverture, il a cette connaissance, cette envie.Moi, avec mon idée de transmission, je vais rester à ses côtés pour lui parler de culture, de musiques africaines, de rencontres. Quelqu'un comme Moriba Koita, un griot, si tu ne sais pas tu peux te planter. Faut savoir lui parler, parce qu'un griot va toujours te demander le triple de ce que tu pourras lui proposer... Mais il peut aussi te donner le triple de ce que tu attends artistiquement. Voilà, c'est ça mettre en place une transmission qui va créer une transition. Professionnellement, je vais rester puisqu'on va créer une association dont je vais être le président. Aujourd’hui, l'association qui fait Africolor s'appelle « Accent Aigu » mais personne ne sait l'écrire et ça craint quand on reçoit des chèques. Donc, on va créer une association qui s'appelle « Africolor » ! Ce nom est la seule richesse que je peux céder à quelqu'un. En devenant président, je vais pouvoir l’accompagner. Sébastien Lagrave est vraiment différent de moi, c'est ce que je recherchais. A chaque fois que j’ai voulu travailler avec des amis, ça c'est mal terminé. Lui, je ne le connais pas. J'ai fait la même chose qu'on m'avait faite, j'ai téléphoné en disant « Ca te dit de monter un festival? » Il est tombé de sa chaise.
 
 
 
Tu sais comment tu vas occuper tes premiers temps libres ?
 
 
Philippe Conrath : Comme Je vais faire la programmation d'Africolor 2012 avec lui - et comme Sébastien doit terminer un boulot jusqu'au mois de mai - il ne sera pas à plein temps au début. Je pense que je commencerai à avoir du temps libre en juillet. J'ai une autre manière d'occuper mes temps libres avec la tournée de Danyel Waro, qui commence en mars et qui fait 17 concerts en 20 jours. Il y en a une autre en juillet, on va aller partout en Europe, etc. Après, on va voir ce qui va se passer au printemps, comment ça démarre. Mais j'aimerais faire un truc qui me trotte dans la tête. Depuis que je suis journaliste et que je fais Africolor, j'ai passé de longs moments à la Réunion, au Mali, mais ils n'ont jamais dépassé trois semaines, un mois, et je pense depuis à m'installer plus longtemps quelque part, jusqu'à un an. Pour partager l'ennui du quotidien. Là, quand j'y suis, c'est toujours formidable, il se passe pleins de trucs, l'enregistrement, etc. Mais quand les mecs rentrent chez eux... qu'est-ce qu'il se passe?
 
 
C'est là que ton passé de journaliste pourrait te rattraper ?
 
 
Philippe Conrath : Oui, peut-être dans l'écriture. J'ai aussi envie de faire des documentaires où tu as le temps de t'installer. C'est le problème jusque là, je suis inscrit dans le temps de la production, du concert. Maintenant, j'ai envie de m'installer dans le temps du quotidien, de la compréhension. La vie que j'ai menée, c'est quand même une vie un peu speedée. C'est bien mais à un moment donné... Un des meilleurs moment de ma vie, c'est quand j'ai écrit la bio deJohnny Clegg. C'était un mois d'interview et un mois d'écriture. Je ne faisais qu’un truc. Le soir, je ne savais même plus comment s'appelait une cuillère! J'étais tellement dans un vocabulaire particulier, sur l'apartheid, des trucs zoulou etc. C'est un moment que j'ai vachement aimé.
 
Africolor, c'est une très longue expérience, à laquelle j'ai consacré tout mon temps professionnel. D'un côté, ça enrichit mais ça appauvrit aussi. Hier (l’interview s’est déroulée le 10 novembre), je sors à Chatelet et je vois un mec qui dit « Je cherche une place » et, moi, je me dis « Putain, je ne sais même pas ce qui ce passe au Théâtre de la Ville ». Ce matin, j'écoute une chronique sur Lulu de Robert Wilson et je me dis que c'est pour ça qu'il cherchait une place... Moi, ça m'énerve parce que je n'irai pas voir Lulu. Pourtant, Lou Reed dans Lulu, ça doit être quelque chose... Moi j'ai envie de retourner voir Lulu !
 
Le premier jour d’Africolor, j'ai adoré - et on peut conclure là dessus - voir le film sur Ali Farka Touré que je n'avais pas vu. C’était une superbe introduction. Oui, Africolor me fait découvrir des trucs ! J'ai même appris que Xavier Lemaitre, directeur de Banlieues Bleues, avait aidé à faire ce film.
 
 
 
 
Propos recueillis par Benjamin MiNiMuM
 
 
 
 
 
 
 
Photo Philippe Conrath : N'Krumah Lawson Daku
 
 
Et aussi sur le web :  le site d'Africolor

 

 

 


22/12/2011
AFRICOLOR PHILIPPE CONRATH FEMI KUTI MAHMOUD AHMED


Réagir   

Share to Facebook Share to Twitter Stumble It Email This More...



TOUTES LES ACTUALITES



// LIRE AUSSI

Mondomix sur
Twitter

Facebook

Google Maps



PUBLICITÉ



Les blogs
Mondomix


TOUS LES BLOGS










Recherche par continent


Recherche par nom




mondomix.com Musiques et cultures dans le Monde. Magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète

Pour que l'aventure Mondomix continue, partagez-la encore plus avec nous.

Soutenez Mondomix