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Jacques Schwartz-Bart, sur les ponts de l'inconscient

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JACQUES SCHWARTZ-BART GNAWA JAZZ EROL JOSUE HAITI

Jacques Schwartz-Bart, sur les ponts de l'inconscient

13/12/2011

S’il vous parle de hasard, ne le croyez pas. Jacques Schwartz- Bart s’efforce secrètement, obstinément, de réunir une famille, celle que les navires négriers avaient dispersée. Jusqu’à présent, cette ligne directrice était peut-être difficile à percevoir. Chacun des disques du saxophoniste, du très antillais Soné Ka-La au soyeux Rise Above, aborde un univers différent. Mais la liste des artistes qui ont fait appel à lui ressemble à l’annuaire d’une Great Black Music contemporaine Erykah Badu, Tabou Combo, Me’shell Ndegeocello, Roy Hargrove, Guy Konkèt, D’Angelo… C’est surtout son nouveau projet, Jazz Racines, qui devrait dévoiler la profondeur du sillon qu’il creuse depuis des années. Il s’est en effet associé à deux hougans, deux maîtres du vaudou : le très charismatique Erol Josué et le plus percussif Jean-Baptiste Bonga. Ensemble, ils ravivent le jazz en le plongeant dans les ancestrales polyrythmies d’Haïti, la première république noire de l’histoire, l’île dont la révolte a provoqué la loi d’émancipation des esclaves de 1794 et qui, depuis, ressemble par endroits à un vivant musée des premiers temps de la présence africaine dans les Caraïbes.

 

 

 

 

 

Live de "An Ba Mango La", Jacques Schwarz-Bart

 

 

 

 

 

Un épisode récent est révélateur des filiations que Jacques affectionne : avec cette nouvelle formation, il a été invité à participer au Festival gnawa d’Essaouira. Une première rencontre a été organisée avec Hassan Boussou, l’un des mâalems les plus talentueux de sa génération, en tout cas l’un des ardents défenseurs de cette culture issue de la traite africaine. A peine trois jours plus tard, musiciens marocains, antillais, haïtiens et afro-américains donnaient sur la place Moulay Hassan un concert d’une cohésion confondante. Le Guadeloupéen explique cette soudaine complicité ainsi : « Je me suis retrouvé moi-même dans cette musique gnawa, que je n’étais pas censé connaître mais qui, quelque part, je pense, fait partie de mon inconscient. » Confronté au destin des Gnawa, réduits en servitude puis déportés au Maroc, il est contraint de reconnaître : « Sans avoir choisi de façon consciente de jouer des “musiques d’esclave”, je ne peux que constater que c’est là-dedans que je baigne. En fait, c’est comme si j’essayais inconsciemment de créer des ponts entre ces différentes musiques qui m’habitent. »

 

 

 

 

 

 

 Jacques Schwarz-Bart au festival de Vaulx-en-Velin

 

 

 

 

Fils d’un brillant romancier d’origine juive polonaise, prix Goncourt 1959, et d’une romancière guadeloupéenne, le saxophoniste admet : « Ayant la chance de pouvoir regarder tout cela à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, je vois, je sens, j’entends dans ces musiques leur origine commune ». Comme d’autres souffleurs avant lui, de l’Art Ensemble of Chicago à Archie Shepp, Jacques Schwartz-Bart est devenu à son tour un remonteur de temps, un rebrousseur de chemin, un inverseur de courant. Et il n’y a rien là qui relève du hasard.

 

 

 

François Mauger

 

 

Et aussi sur Mondomix.com :


- La bibliothèque familiale de Jacques Schwarz-Bart


- Jacques Schwartz-Bart et l'esprit vaudou


13/12/2011
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