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Africolor : la genèse du festival

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AFRICOLOR PHILIPPE CONRATH NAHAWA DOUMBIA MARQUIS DE SADE OUMOU SANGARE

Africolor : la genèse du festival

09/12/2011

Philippe Conrath a créé le Festival Africolor en 1989. Aujourd’hui, cet ancien journaliste et producteur se met en marge pour satisfaire d’autres passions. Alors que la 22ème édition bat son plein nous l’avons rencontré pour revenir sur l’histoire de cet évènement essentiel pour les musiques africaines en France. Première partie d’un passionnant entretien.

 

 

Dans quel état d'esprit as-tu initié Africolor ?

 

Philippe Conrath : En 1989 je venais de quitter Libération et je remontais le label (Cobalt) que j'avais créé dix ans avant. J'avais envie de m'engager un peu plus. Un ami très cher, Francis Kertekian (producteur-éditeur-manageur de Rachid Taha, Femi Kuti, les Têtes Raides…ndlr)  m'avait dit « mais pourquoi tu continues à être journaliste alors que tu pourrais produire des trucs ? »
 
J'ai quitté Libé parce que j'avais envie de quitter Libé et de m'engager auprès d'artistes et de produire. Quand on m'a proposé de monter le festival, j'étais dans l'état d'esprit « Ouais! J'ai trouvé du boulot ». Sauf que le directeur du théâtre Gérard Philippe m'a dit « Non, moi je ne te payes pas! Tu produis et tu dégages ton salaire sur ta production ». Donc, mon d'état d'esprit, ça a été de très vite apprendre un nouveau boulot et de découvrir complètement ce que c'était la programmation. Quand j'écrivais, j'étais tellement persuadé que ce que je faisais avait de l'importance que, là, j'ai pu voir le résultat. Il y a un fossé  entre l'enthousiasme que peut avoir le critique et la réalité de « comment se déplace un public, qu'est-ce-que c'est un public, comment il vient etc. ». J'ai mis du temps à comprendre ça. Au début, je me disais « Si c'est bien, les gens vont venir ». Mais ça ne se passe pas comme ça, il en faut beaucoup plus pour les faire venir. Cette découverte a été passionnante, c'était un vrai apprentissage. Pour terminer, je dirais que la Seine-Saint-Denis m'a rattrapé, là-dessus. Je suis parisien et bien sûr je connais la Seine-Saint-Denis, mais je n'y avais jamais habité.
 
Au début, j'ai fais une programmation pour les passionnés de ces musiques, une programmation de journaliste, quelque part. J'ai amené la chanteuse que j'adore, Nahawa Doumbia, elle n'était jamais venue. Pour son concert, on s'est retrouvé avec 500 Maliens dans la salle. Là, je comprends que je n'y suis strictement pour rien, c'est l'humilité qui commence : c'est Nahawa Doumbia qui y est pour tout. C'est elle qui avait téléphoné et avait fait venir les 500 Maliens. Je m'aperçois donc que je suis dans un endroit particulier, la Seine-Saint-Denis, et surtout que je suis avec des artistes particuliers, qui ont un public très fort qui n'est pas forcément le public français. Le boulot c'est d'amener le public d'ici à la rencontre de ces artistes, de ces communautés. Il fallait créer un festival de convivialité et de rencontres. C'est ce qui définit le festival depuis 22 ans.
 
 
 
 
Portrait vidéo de Nahawa Doumbia
 
 
 
Ton label produisait du rock, tu suivais la new wave française, avec Marquis de Sade, etc. Qu'est ce qui t'as donné envie de te resserrer sur les musiques africaines ?
 
 
Philippe Conrath : La schizophrénie! En 89, quand j'ai relancé le label, j'ai continué à travailler avec Double Nelson, Forget me not (le groupe de la chanteuse Claire Diterzi). Donc, oui, j'ai sorti des groupes de rock expérimental français. Le festival commençait à prendre de l'ampleur et, parallèlement, je sortais des disques de Tony Allen, Sorry Bamba, Yehuda Poliker. A un moment donné, ça a été extrêmement compliqué, on ne s'adressait pas aux mêmes personnes. Il fallait téléphoner aux journalistes de rock et après aux journalistes de musiques du monde... A un moment donné, je devenais un peu cinglé! Il fallait engager des attachés de presse qui allait faire la promotion de Forger Me Not, Double Nelson, et moi de mon côté je devais faire exister Tony Allen et Sorry Bamba. D'un point de vu économique, ce n'était plus viable, les ventes ne le permettaient pas. J'avais monté un festival, j'avais un label de disques, économiquement il fallait essayer de monter des tournées pour les artistes, etc. Donc, malgré la passion que j'avais pour le rock, j'ai décidé de m'appuyer sur Africolor et simplifier les choses. L'image est déjà tellement large que je ne pouvais plus produire les disques de Double Nelson, etc.
 
 
 
 
 
Ce n'était donc pas par facilité, c'était surtout ta passion pour les musiques africaines ?
 
Philippe Conrath : C'est simplement qu'une journée fait 24 heures et que je ne pouvais plus bosser correctement. C'était d'ailleurs très frustrant parce que j'adorais les Double Nelson et Forget Me Not mais je n'arrivais pas à bosser dessus le temps nécessaire. Il y avait vraiment un hiatus. A la limite, j'aurais du développer une aile du label qui s'occupe du rock. Et, comme j'avais déjà compris à l'époque que pour faire exister ces musiques, il fallait les mettre sur la scène, ça devenait trop compliqué. Déjà que, pour la promotion, on avait du mal à s'en sortir auprès des journalistes rock. Il aurait fallu travailler avec les programmateurs rock et parallèlement avec ceux de musiques du monde... Ce n'était plus possible. En plus, on n'était que deux ...
 
 
 

Marquis de Sade Wanda's Loving Boy (1981)

 

 

Il y avait peut-être une passion plus forte, plus de choses à faire, plus de nouveautés?
 
 
Philippe Conrath : Ça correspondait plus à mon histoire aussi. Le rock pour moi, c'était des rencontres, je n'avais peut-être pas la même capacité critique de dénicher des groupes que dans le monde des musiques africaines, où j'avais vraiment un point de vue, où j'arrivais vraiment à défendre certaines choses. Sur le rock, j'avais moins le temps, notamment d'aller à des concerts. Je n'arrivais pas à me diviser à ce point là.
La musique africaine suivait plus mon histoire, notamment avec la rubrique hebdomadaire que je tenais dans Libé, Noir, où je chroniquais la soul, la musique africaines et la musique caribéenne. Je n'étais pas chroniqueur rock ! Et puis, pour moi, le rock c'était quelque chose de précis, comme Alan Vega, pas celui qui se vend le plus.
 
 
 
Premier événement fondateur, donc, le concert de Nahawa Doumba. Quels ont été les points importants, à travers ces 22 ans, de l'histoire du festival, et de ses musiques ?
 
 
Philippe Conrath : Il y a eu un moment très important pour moi dans la compréhension de ces musiques, c'est quand j'ai monté la tournée de Oumou Sangaré, après qu'elle ait joué au festival. Là, j'ai compris beaucoup de choses en termes de travail professionnel avec les artistes, en termes de rapports économique. Il faut savoir qu'à la fin des années 80, quand on dealait avec un artiste africain, on pouvait ne s'occuper de rien. Tu payais l'artiste et tu te disais que les musiciens allaient être payés. Sauf que la plupart des artistes africains mensualisaient leurs musiciens, ça a donc crée quelques catastrophes, quelques tensions.
 
La plus belle étant avec, on peut en parler maintenant, il est mort, Zani Diabate et le Djata band. Ça c'est un souvenir absolument épique! Ils viennent au festival d'Angoulême, après il y a une petite tournée qui se monte, ils arrivent alors au Grand Rex. Ils sont dans un bus, Zani Diabaté sort mais les musiciens restent assis dans le bus. Le régisseur de la tournée se renseigne et apprend que les musiciens ne jouent pas. « On a discuté avec des musiciens français et ce que nous donne Zani Diabate pour le mois, c'est ce que eux touchent en un concert. On sait combien vous lui donnez mais lui ne nous reverse que 500 francs par mois ». C'est très intéressant, c'est le début du travail professionnel avec les groupes. Moi, très vite, à Africolor, dès la deuxième édition, j'allais discuter avec les artistes. Je leur disais « Combien? » et je rajoutais « Moi les musiciens je les gère », pour qu'ils aient au moins un minimum syndical, sinon ils n'avaient rien.
 
 
 


 

Oumou Sangaré, bande annonce d'un dvd de clips maliens inédits 

 
 
C'est pour ça que cette tournée d'Oumou Sangaré était très intéressante à pleins de titre, parce qu'elle posait des problèmes économiques et des problèmes artistiques. Quand Oumou est arrivée, elle n'avait pas répété une fois avec le groupe. Elle s'est servie de la tournée pour faire une répétition et allait enregistrer le disque de World Circuit. Tout ça, on l'apprenait sur le tas. Les 6 ou 7 premiers concerts de la tournée, elle était presque tout le temps de dos parce que ses musiciens se plantaient. Heureusement, à l'époque on avait une première partie, les malgaches de Salala. C'est eux qui ont sauvé la tournée! C'était un point important pour moi, parce que c'est un moment où tu commences à apprendre le sens de ton métier.
 
 
A suivre...
 
 
Propos recueillis par Benjamin MiNiMuM
 
 
 
 
 
 
 
 
Photo Philippe Conrath : N'Krumah Lawson Daku
 
 
Et aussi sur le web :  le site d'Africolor
 
 
 

 

 
 
Et aussi sur le web :
 
- le site d'Africolor


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