Le public n’est pas encore installé qu’elles ont déjà commencé leur show. "Elles", ce sont les quatre Vénus Noires venues auditionnées pour jouer le rôle de Sara Baartman, une Africaine exhibée comme un spécimen ethnologique au 19ème siècle en Europe. Eparpillées aux quatre coins de la salle, elles bavardent, minaudent ou rient avec le public du Théâtre de la Ville. Voilà dans quel joyeux tintamarre débute la nouvelle création de Robyn Orlin intitulée …have you hugged, kissed and respected your brown Venus today ?.
Si la vie de Sara Baartman fascine en Afrique, elle est encore mal connue en Europe. Exposée dans les foires à cause de la dimension hors du commun de certains de ses membres (fesses, hanches, organes génitaux), elle fut ensuite l’objet de théories xénophobes cherchant à démontrer l’infériorité de l’homme Noir. Remémorer son histoire permet à la chorégraphe, élevée en Afrique du Sud pendant l’apartheid, d’évoquer en même temps le colonialisme, le sexisme ou la misogynie de cette région. Mais pas question de s’apitoyer sur ces problèmes : Robyn Orlin choisit de les aborder avec ironie et dérision.
Portée par cinq femmes au corps charnu généreusement mis en valeur dans des robes colorées, la création prend des allures de cabaret burlesque. Les Vénus Noires dansent, chantent, discutent, grondent, vont et viennent de la scène au public. En outre, des images d’archives sont projetées sur scène, ainsi que des vidéos du public, prises en direct . Pris constamment à parti, ce dernier se retrouve au cœur même du spectacle. La frontière public / artiste ayant totalement disparu, les rapports complexes entre Occident et Afrique du Sud sont abordés sans complexe.
Dans cette création qui relève de la performance, « la véritable question, souligne la chorégraphe, est qu’est-ce qu’être Africain ? ». A partir de l’histoire de Sara Baartman, c’est la réalité complexe des sociétés africaines qui est passée en revue.